La phrase suivante, profondément performative (c’est l’époque), correspond à l’état du moment : Annie Ernaux m’a redonné l’envie d’écrire. « De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R., les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur. » Ainsi Annie Ernaux présente-t-elle son Journal du dehors (1993), qui à mes yeux correspond à la forme la plus pure de l’écriture. Écrire pour témoigner sa curiosité, écrire pour observer, vivre et se rappeler.
J’ai transmis ce Journal du dehors à Leïla, persuadé qu’il inspirerait des sujets et des écrits futurs du magazine pour lequel nous travaillons (je crois que ça lui a plu). Aux dernières nouvelles, il est actuellement entre les mains de Coline, à qui Leïla a pris l’initiative de le prêter. Tant mieux, je souhaite à ce livre de connaître une infinité de tables basses.
Ces lettres reprennent enfin ce premier dimanche de février, alors que l’OM vient d’achever l’une des pires semaines de mon histoire de supporter, que le rêve de Novak Djokovic était un peu trop grand à Melbourne et que, pour une fois, je ne termine pas ma semaine sur les Reels algorithmés d’Instagram. À la Nouvelle Étoile, lieu de confort de la rue des Pyrénées, dans le 20e arrondissement de Paris, MDMA revient pour la neuvième fois.
PSA : Substack est mort
Les huit premières éditions de la Missive du Monde Actuel ont été publiées sur Substack, à qui nous disons ce soir au revoir. Suivant l’exemple historique d’Opulent Tips, newsletter rédigée par la visionnaire Rachel Tashjian, MDMA s’émancipe enfin de Substack pour devenir une publication libre.
Dans un essai écrit pour System Magazine en 2022, Rachel Tashjian expliquait les raisons de la création de sa newsletter mode Opulent Tips. En marge de la vague massive de journalistes qui martelaient fièrement « je viens de faire un Substack ! », celle qui est désormais la Madame Mode de CNN (après l’avoir été successivement chez GQ, Harper’s Bazaar et au Washington Post) avait privilégié l’artisanat d’une newsletter privée envoyée en entrant chaque destinataire à la main en Cci, gardant dans le même temps sa liberté de prose et son travail à GQ.
« Les articles sur la mode sont aujourd'hui souvent empreints d'excuses ou d'équivoques, et les jeunes ont rarement suffisamment accès à l'information ou suffisamment confiance en eux pour écrire avec autorité et panache. »
Rachel Tashjian, System Magazine 19
Rachel est un exemple rare, dans l’océan de Substack qui a inondé les boîtes mails ces cinq dernières années. Notre génération voit émerger de plus en plus de journalistes qui sont devenus leur propre média et qui, par conséquent, ont pu monétiser leur image personnelle, délaissant l’industrie délicate du journalisme et ses conditions de travail précaires.
Dans Médianes, Marine Slavitch décrit la désillusion du rêve d’émancipation incarné par la plateforme. Elle analyse : « son modèle économique inégalitaire » ; « le marketing externalisé » ; « le manque de protection sociale » ; « son infrastructure propriétaire » ; sa modération douteuse.
Aussi, Substack n’est pas réellement si différent d’Instagram, X ou TikTok et a même complètement pris le virage de leur ressembler. Flux vidéo vertical, Substack Notes, posts et stories. Sur téléphone, le scroll de Substack ressemble à n’importe quel feed de ses cousins numériques.
Enfin, pas plus tard que cette semaine, le CEO de Substack, Chris Best, a annoncé l’arrivée d’une application permettant aux « créateurs de newsletters de proposer désormais des vidéos et des diffusions en direct à leurs abonnés via Apple TV et Google TV ».
Analyse MF™ pour mes premiers lecteurs ici : je pense désormais que les pages Instagram à succès vont progressivement migrer vers Substack pour y trouver l’Eldorado d’une audience « plus qualitative », s’extirper de l’océan rempli de comptes similaires sur leurs plateformes d’origine, tout en produisant le même contenu, à l’exception peut-être de quelques paragraphes de plus.
Substack a hautement bénéficié de la lassitude progressive de notre génération pour les réseaux sociaux. Comme l’explique Alexandra Klinnik dans un article dédié, le « désengagement progressif des réseaux sociaux » a favorisé ce « repli vers des formats plus fermés ». Qu’en est-il lorsque la plateforme de l'émancipation devient une pâle imitation des réseaux sociaux dont elle devait nous libérer ?
Mention affective aux Substacks de Temalapaire et de mon collègue Paul Vernet chez Views avec son Cheval de Bataille. Autant de liens que de bonnes newsletters.
OG de la newsletter, l’ancien journaliste de The Verge Casey Newton a abandonné Substack à la fin de l’année 2024 pour publier sa lettre Platformer depuis Ghost, CMS open source également utilisé par Médianes pour son offre d’accompagnement à la création de newsletters indépendantes. Newton cite, parmi les raisons de son exil, l’absence de réponse à une lettre, Substackers Against Nazis, co-signée par 247 auteurs de la plateforme.
L’idée n’étant pas ici nécessairement d’entrer dans une analyse approfondie de pourquoi vous devriez détester Substack, je vous invite à lire :
J’ai contemplé l’idée d’imiter Newton et de basculer MDMA sur Ghost, mais cette newsletter n’ayant jamais été imaginée avec une perspective mercantile, autant rester aussi libre et naïf que possible.
L’exemple de Rachel Tashjian correspond certes à quelqu’un de suffisamment installé dans le paradigme médiatique pour se permettre des fantaisies littéraires numériques sur la mode, mais il incarne surtout la beauté de ce qu’est vraiment une lettre : l’écrit sincère adressé personnellement à quelqu'un, sans questionnement tiers de ce que la démarche peut apporter à son auteur.
Les archives de cette newsletter seront regroupées sous la forme de Google Documents. Comme le dit la chercheuse et designeuse Mindy Seu dans le prochain numéro de Views Magazine, « tous les chemins mènent à Google Sheets », où seront rassemblées les archives de MDMA.
Concentrez-vous !
Étude cette semaine dans The Atlantic qui constate que les étudiants en cinéma n’arrivent plus à se concentrer sur la durée entière d’un film. « La crise de l'attention ne se limite pas à l'écrit », relate l’article qui se base sur les observations de vingt professeurs de cinéma répartis aux États-Unis, dont certains expliquent qu’il est désormais une épreuve laborieuse pour un étudiant de traverser un film sans regarder son téléphone. Une quantité croissante d’étudiants rejette l’idée des projections en présentiel au profit de devoirs à la maison, pour ainsi streamer depuis leur chambre universitaire. La salle de cinéma du campus est désormais perçue comme une contrainte.
« Les étudiants qui arrivent aujourd'hui à l'université n'ont aucun souvenir d'un monde avant le défilement infini. À l'adolescence, ils passaient près de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, consacrant une grande partie de ce temps à passer d'une courte vidéo à l'autre. »
Les professeurs ne blâment pas ces étudiants, mais l’évolution d’un monde numérique qui heurte considérablement notre capacité à rester attentif aux longs formats.
Chase Infiniti n’a pas été nommée parmi les cinq finalistes pour l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans Une bataille après l'autre (2025)
Enfin, quittons-nous sur cette belle œuvre, dont mon oncle professeur d’arts plastiques Vincent dit « qu’elle semble être du Magritte avant Magritte », découverte lors d’une visite « speedrun » au Musée van Gogh d’Amsterdam.
Degouve de Nuncques, William. Lake Como. 1897, pastel sur papier sur carton, 111,3 cm x 151,5 cm, Musée Van Gogh, Amsterdam.
Description du tableau : Pelsers, L. (2012, 30 juin). Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum.
À bientôt !
The following sentence, deeply performative (sign of the times), sums up where I’m at right now: Annie Ernaux made me want to write again. “From 1985 to 1992, I transcribed scenes and words caught on the R.E.R., in hypermarkets, in the shopping centre of the New Town where I live. I think I wanted to hold on to something of the era, and of the people we cross paths with just once, whose existence passes through us, stirring up unease, anger or pain.” That’s how Annie Ernaux introduces her Exteriors (1993), which to my mind is writing in its purest form. Writing to bear witness to your curiosity, writing to observe, to live and to remember.
I passed my copy of Exteriors on to Leïla, convinced it would inspire future stories and pieces for the magazine we work for (I think she liked it). Last I heard, it’s now in Coline’s hands, since Leïla took it upon herself to lend it to her. All the better: I wish this book an infinity of coffee tables.
These letters are finally back this first Sunday of February, as OM wraps up one of the worst weeks in my entire history as a fan, as Novak Djokovic’s dream turned out to be a little too big for Melbourne, and as, for once, I’m not ending my week on Instagram’s algorithm-fed Reels. From La Nouvelle Étoile, my comfort spot on rue des Pyrénées in Paris’s 20th arrondissement, MDMA returns for the ninth time.
PSA: Substack is dead
The first eight editions of the Missive du Monde Actuel were published on Substack, to which we say goodbye tonight. Following the historic example of Opulent Tips, the newsletter written by the visionary Rachel Tashjian, MDMA is finally breaking free of Substack to become an independent publication.
In an essay written for System Magazine in 2022, Rachel Tashjian explained why she created her fashion newsletter Opulent Tips. Steering clear of the huge wave of journalists proudly hammering out “I just started a Substack!”, the woman who is now CNN’s Madame Fashion (after holding that title in turn at GQ, Harper’s Bazaar and the Washington Post) opted for the craft of a private newsletter, sent by entering every recipient by hand in Bcc, all while keeping both her freedom of prose and her job at GQ.
“Fashion writing today is often steeped in apology or equivocation, and young people rarely have enough access to information, or enough confidence, to write with authority and panache.”
Rachel Tashjian, System Magazine 19
Rachel is a rare example in the ocean of Substacks that has flooded our inboxes over the past five years. Our generation is watching more and more journalists become their own media outlets and, as a result, monetise their personal brand, leaving behind the fragile journalism industry and its precarious working conditions.
In Médianes, Marine Slavitch describes the disillusionment with the dream of emancipation the platform embodied. She breaks down: “its unequal business model”; “outsourced marketing”; “the lack of social protection”; “its proprietary infrastructure”; its dubious moderation.
Also, Substack really isn’t all that different from Instagram, X or TikTok, and has in fact gone all in on looking just like them. Vertical video feed, Substack Notes, posts and stories. On your phone, scrolling Substack feels like scrolling any feed from its digital cousins.
And finally, just this week, Substack CEO Chris Best announced the launch of an app allowing “newsletter creators to now offer videos and livestreams to their subscribers via Apple TV and Google TV.”
MF™ analysis for my early readers here: I now think successful Instagram pages are going to gradually migrate to Substack in search of the El Dorado of a “higher-quality” audience, escaping the ocean of lookalike accounts on their home platforms while producing the exact same content, give or take a few extra paragraphs.
Substack has benefited hugely from our generation’s growing fatigue with social media. As Alexandra Klinnik explains in a dedicated article, the “gradual disengagement from social media” fuelled this “retreat towards more closed formats.” So what happens when the platform of emancipation becomes a pale imitation of the very social networks it was supposed to free us from?
Fond shout-out to the Substacks of Temalapaire and of my colleague Paul Vernet at Views with his Cheval de Bataille. As many links as there are good newsletters.
Newsletter OG and former The Verge journalist Casey Newton ditched Substack at the end of 2024 to publish his letter Platformer on Ghost, an open-source CMS also used by Médianes for its programme supporting the creation of independent newsletters. Among the reasons for his exile, Newton cites the lack of any response to a letter, Substackers Against Nazis, co-signed by 247 of the platform’s writers.
Since the point here isn’t necessarily to launch into an in-depth analysis of why you should hate Substack, I invite you to read:
I toyed with the idea of copying Newton and moving MDMA over to Ghost, but since this newsletter was never conceived with any commercial ambitions, I might as well stay as free and naive as possible.
Sure, Rachel Tashjian is someone established enough in the media landscape to afford herself digital literary flights of fancy about fashion, but above all her example embodies the beauty of what a letter truly is: sincere writing addressed personally to someone, without a second thought about what the exercise might bring its author.
The archives of this newsletter will be gathered as Google Docs. As researcher and designer Mindy Seu puts it in the next issue of Views Magazine, “all roads lead to Google Sheets,” which is where the MDMA archives will live.
Focus, people!
A study this week in The Atlantic finds that film students can no longer stay focused for the full length of a movie. “The attention crisis isn’t limited to the written word,” reports the piece, which draws on the observations of twenty film professors across the United States, some of whom explain that getting through a film without checking their phone has become a painful ordeal for students. A growing number of students reject the idea of in-person screenings in favour of watching as homework, so they can stream from their dorm rooms. The campus cinema is now seen as a chore.
“Students arriving at college today have no memory of a world before infinite scroll. As teenagers, they spent nearly five hours a day on social media, much of that time flicking from one short video to the next.”
The professors don’t blame these students, but rather the evolution of a digital world that is seriously damaging our ability to stay focused on long formats.
Chase Infiniti was not nominated among the five contenders for the Best Actress Oscar for her role in One Battle After Another (2025)
Finally, let’s part ways on this beautiful work, which my uncle Vincent, an art teacher, says “looks like Magritte before Magritte,” discovered during a “speedrun” visit to the Van Gogh Museum in Amsterdam.
Degouve de Nuncques, William. Lake Como. 1897, pastel on paper on cardboard, 111.3 cm x 151.5 cm, Van Gogh Museum, Amsterdam.
Painting description: Pelsers, L. (2012, June 30). Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum.
Réveille-toi chérie un nouvel épisode de Nardwuar est tombé. Joyeux Noël à ceux d’entre vous qui l’ont fêté !! La huitième édition de MDMA devait initialement être consacrée à Vogue et une longue exploration de ses éditions internationales, mais certaines actus ont déjà périmé alors je me suis concentré sur la bombe culturelle d’hier. À l’année prochaine Vogue.
Tournons-nous ensemble vers le présent et cette étape de la majestueuse tournée presse de Timothée Chalamet pour son biopic de Bob Dylan. Bienvenue dans la huitième édition de Missive du Monde Actuel.
🎤 Nardwuar vs. Timothée Chalamet
Quelques jours après son interview de Doechii, Nardwuar est resté en Californie pour interviewer Timothée Chalamet dans le cadre de sa promotion pour le film A Complete Unknown, dans lequel il incarne le rôle de Bob Dylan. Né à la fin des années 60, Nardwuar the Human Serviette est un musicien du groupe “Evaporators” ainsi qu’un journaliste qui commence sa carrière avec des interviews de politiques de passage dans son Canada natal.
Si son béret, ses chemises audacieuses et ses courses désespérées derrière Lil Uzi Vert et Playboi Carti font de lui un personnage loufoque, Nardwuar est un journaliste bluffant. “C'est l'une des interviews les plus impressionnantes que j'ai jamais vécues de ma vie. Sérieusement,” confie Pharrell Williams à l’issue d’un échange au cours duquel le journaliste canadien mentionne “Rump Shaker”, le tout premier morceau enregistré auquel Pharrell a contribué. Son compatriote Drake dira aussi de son interview avec lui qu’elle est la meilleure qu’il a jamais faite.
Dans ses interviews, Nardwuar initie des phrases que ses invités complètent, bien souvent hilares. “J’ai un cadeau pour toi !” est devenu sa signature. Grâce à une veille folle, il offre des livres, vinyles, CDs ou objets si rares qu’ils éblouissent encore plus les artistes à qui il s’adresse. Ainsi, il crée une complicité unique avec eux, avec une bonhomie amplifiée par son extrême crédibilité. Ce lien brise alors tous les garde-fous minutieux de ces artistes ultra-protégés que sont les agents, RP, labels et entourage, et lui permet dans la plupart des cas d’aborder l’intimité de ses invités sans que l’intention ne paraisse malsaine.
Revenons à Timothée Chalamet ! Du point de vue d’un amateur de notre bonne vieille Ligue 1 McDonald’s, même s’il est de coutume que Chalamet parle de son amour pour Saint-Étienne, il était toutefois particulièrement surprenant de voir Dimitri Payet, Bafé Gomis ou Willy Sagnol être namedroppés au micro de Nardwuar au beau milieu de Record Surplus, une boutique californienne de vieux vinyles.
En 2017, Chalamet avait parlé de Nardwuar lors d’une interview avec le célèbre critique cinéma Peter Travers consacrée à Call Me By Your Name, décrivant “ce gars, qui fait remonter des trucs du passé de ses invités, qui réagissent toujours en mode : “wow, d’où t’as sorti ça ??””. Full circle moment, comme dirait @filmstvculture sur X.
📚 Le Masque et la Plume
Je ne sais pas comment je suis tombé là-dessus, mais quelle découverte ! Sur Tumblr, le lieu de toute la culture que j’aime, la page Cinematic Literature est une merveille ! En gros, la page recueille toutes les occurrences de livres dans des films. À chaque fois, la capture d’écran du film est accompagné du film en question, mais aussi du titre de l’ouvrage et de son année de publication.
Donc si vous voyez un livre dans un film, que vous n’arrivez pas à identifier exactement, il y a une chance substantielle que Cinematic Literature puisse vous aider.
🗑️ Poubelle médiatique
Il y a quelques mois, j’ai vu passer un tweet plutôt cool sur des visuels non-utilisés de Wimbledon. Intéressant pour plusieurs raisons. Globalement, lorsqu’il s’agit de faire un post sur une actualité sportive, la réactivité entraîne souvent la performance du post. À Roland-Garros, j’avais préparé en oiseau de mauvais augure un visuel sur la défaite de Rafael Nadal au premier tour de ce qui sera son dernier à Paris, pour qu’il puisse être publié sur Views au moment exact du dernier point du match.
Ainsi, pour être vif, il faut créer en amont. Pendant les Jeux Olympiques, je pense qu’on a facilement créé une vingtaine de visuels trahis par la dure loi du sport. Il y a, malgré la frustration, un côté poétique à cette fiction visuelle qu’on imagine, à mi-chemin entre la manifestation d’une issue souhaitée et le pragmatisme d’une conclusion attendue. Dans le cas de Sean Davies, ces visuels semblent avoir été abandonnés à cause de décisions artistiques, mais son post m’a fait pensé à ce reflet de cette non-réalité.
Le 22 septembre dernier à Singapour, Daniel Ricciardo courait ce qui semble être le dernier Grand Prix de sa carrière. À cette occasion, CANAL+ a publié une belle vidéo de la relation entre le journaliste F1 Laurent Dupin et le pilote australien, qui illustre avec candeur les liens sincères que peuvent nouer les journalistes avec les personnes qu’ils suivent, tout en conservant un professionnalisme exemplaire.
Ces extraits d’Interview Mag et cette phrase de Charli XCX dans une interview à Vulture : “Mentir, c'est tellement amusant, c'est tellement brat. Qui a établi cette règle selon laquelle, en tant qu'artiste, vous devez être sincère et honnête dans la presse ? La presse n'est qu'un outil.”
Enfin, quittons-nous sur cette œuvre d’art de Constantinople au coucher de soleil :
👨🎨 Alexey Petrovich Bogolyubov 🖼️ Moonlit Evening in Constantinople (1884)
À très vite 🫂 Matthieu
Wake up babe, a new Nardwuar episode just dropped. Merry Christmas to those of you who celebrated!! The eighth edition of MDMA was originally supposed to be all about Vogue and a long deep dive into its international editions, but some of that news has already gone stale, so I focused on yesterday’s cultural bombshell instead. See you next year, Vogue.
Let’s turn together to the present and to this stop on Timothée Chalamet’s majestic press tour for his Bob Dylan biopic. Welcome to the eighth edition of Missive du Monde Actuel.
🎤 Nardwuar vs. Timothée Chalamet
A few days after his interview with Doechii, Nardwuar stayed in California to interview Timothée Chalamet as part of the promo run for A Complete Unknown, in which he plays Bob Dylan. Born in the late ’60s, Nardwuar the Human Serviette is a musician in the band “Evaporators” as well as a journalist who started his career interviewing politicians passing through his native Canada.
His beret, his bold shirts and his desperate sprints after Lil Uzi Vert and Playboi Carti may make him a goofball character, but Nardwuar is a mind-blowing journalist. “That’s one of the most amazing interviews I’ve ever had in my life. Seriously,” Pharrell Williams said at the end of a conversation in which the Canadian journalist brought up “Rump Shaker”, the very first recorded track Pharrell ever worked on. His fellow Canadian Drake would also say that his Nardwuar interview was the best he’d ever done.
In his interviews, Nardwuar starts phrases that his guests finish, very often in stitches. “I have a gift for you!” has become his signature. Thanks to insane levels of research, he hands out books, vinyl, CDs or objects so rare that they dazzle the artists he’s talking to even more. That’s how he builds a unique rapport with them, with a good-natured warmth amplified by his extreme credibility. This bond breaks through all the meticulous guardrails around these ultra-protected artists — agents, PR, labels and entourage — and in most cases lets him get into his guests’ private lives without the intention ever feeling creepy.
Back to Timothée Chalamet! From the point of view of a fan of our good old Ligue 1 McDonald’s, even if Chalamet talking about his love for Saint-Étienne has become a tradition, it was still especially surprising to hear Dimitri Payet, Bafé Gomis and Willy Sagnol get namedropped on Nardwuar’s mic right in the middle of Record Surplus, a California shop selling old vinyl.
Back in 2017, Chalamet had talked about Nardwuar in an interview with famed film critic Peter Travers about Call Me By Your Name, describing “this guy who digs up stuff from his guests’ past, and they’re always like: “whoa, where did you get that??””. Full circle moment, as @filmstvculture put it on X.
📚 Le Masque et la Plume
I have no idea how I stumbled onto this, but what a find! On Tumblr, home of all the culture I love, the page Cinematic Literature is a marvel! Basically, the page collects every appearance of a book in a film. Each time, the film still comes with the name of the film in question, plus the title of the book and its year of publication.
So if you spot a book in a film and can’t quite identify it, there’s a solid chance Cinematic Literature can help you out.
🗑️ Media dumpster
A few months ago, I came across a tweet that was pretty cool, about unused Wimbledon visuals. Interesting for a few reasons. Generally speaking, when it comes to posting about sports news, speed often drives how well a post performs. At Roland-Garros, playing the prophet of doom, I had prepared a visual about Rafael Nadal’s defeat in the first round of what would turn out to be his last one in Paris, so it could go up on Views at the exact moment of the match’s final point.
So, to be quick, you have to create ahead of time. During the Olympic Games, I think we easily made around twenty visuals that were betrayed by the cruel law of sport. Frustration aside, there’s something poetic about this visual fiction we dream up, halfway between manifesting a hoped-for outcome and the pragmatism of an expected result. In Sean Davies’ case, those visuals seem to have been dropped because of artistic decisions, but his post got me thinking about this reflection of a non-reality.
On September 22 in Singapore, Daniel Ricciardo ran what looks to be the last Grand Prix of his career. To mark the occasion, CANAL+ put out a lovely video about the relationship between F1 journalist Laurent Dupin and the Australian driver, which candidly shows the genuine bonds journalists can form with the people they cover, while keeping their professionalism exemplary.
These excerpts from Interview Mag and this line from Charli XCX in an interview with Vulture: “Lying is so fun, it’s so brat. Who made this rule that as an artist you have to be sincere and honest in the press? The press is just a tool.”
2017年,柴勒梅德在接受著名影评人Peter Travers采访时就聊到过Nardwuar,那次采访的主题是《请以你的名字呼唤我》,他形容Nardwuar是“这么一个家伙,会把嘉宾过去的老底翻出来,而嘉宾的反应永远是:‘哇,你从哪儿挖出来的??’”。Full circle moment,正如X上的@filmstvculture所说。
En novembre 2022, MDMA 0006 commençait exactement pareil ! Et puis ça a à nouveau disparu, car l’apparition et la disparition d’Éclectique s’est accentuée depuis le passage à la vie adulte, l’obtention d’un vrai travail et l’abandon des 10 - 15h de l’École de Journalisme d’Aix-Marseille.
En 2022, dans l’émission de France Culture “Les Chemins de la Philosophie” de la série “Joyeux Anniversaire Molière”, Francis Huster initie une diatribe sur l’actualité ukrainienne comme s’il était Alceste, personnage du Misanthrope(1666). Sorti de son contexte, l’extrait avait été repris par CNews dans l’émission L'heure des Pros de Pascal Praud, accompagné du bandeau “Ukraine : le coup de sang de Francis Huster”.
Jamais John Fitzgerald Kennedy n’aurait laissé faire ça.
🧱 Columbus, Indiana
Parlons d’architecture. J’ai eu le plaisir récent de retrouver la Miller House, déjà mentionnée dans le deuxième archibeau de l’histoire d’Éclectique, grâce au film américain Columbus (2017), réalisé par Kogonada. Le film, qui se déroule dans la ville éponyme, évoque comment l’architecture nous procure des émotions profondes, à travers la relation que nous pouvons développer pour des bâtiments, la philosophie qu’ils dégagent et les moments que nous y associons.
À 45 minutes d’Indianapolis, Columbus existe dans le Midwest américain comme un emblème d’une ville construite autour de l’architecture. Classée comme la sixième ville des États-Unis en terme d’innovation architecturale et design par l’American Institute of Architects, cette ville de 47 000 habitants a été façonnée par des architectes tels que Eliel Saarinen, son fils Eero Saarinen, Kevin Roche, I.M. Pei (la pyramide du Louvre c’est lui), Harry Weese ou Deborah Berke.
Ainsi, Columbus est devenu un festival à ciel ouvert de cerveaux visionnaires qui ont révolutionné l’apparence des bâtiments civils (banques, églises, préfecture, mairie ou école) pour façonner sur la 5ème Rue ce qu’on appelle désormais l’Avenue des Architectes.
☎️ Envoyez “SAARINEN” en réponse de ce mail si le film vous intéresse mais que vous galérez à le trouver ☎️
💌 Hymne à l’amour
Depuis jeudi, L’Hymne à l'amour chanté par Céline Dion lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques est disponible sur les plateformes de streaming. Grâce à mon ami Julien, j’ai découvert cet été l’histoire et le destin de cette belle chanson.
Écrite par Edith Piaf pour son amoureux Marcel Cerdan, qu’elle rencontre en 1948 lors d’un concert à New York, la chanson est composée par son amie Marguerite Monnot, qui s’inspire elle-même de la Lied Frühlingsnacht de Robert Schumann. Le 14 septembre 1949, Piaf interprète pour la première fois L’Hymne à l’amour devant le public new-yorkais du cabaret Versailles. Un mois et demi plus tard, Piaf demande à Cerdan de la rejoindre à New York, où elle chante encore le 28 octobre.
Avant de pouvoir se réunir, Cerdan perdra la vie à 33 ans dans le Lockheed Constellation du vol Air France 009, en chemin pour retrouver son grand amour. Le soir-même, Edith Piaf chante L’Hymne à l’amour, entonnant : “Si un jour, la vie t’arrache à moi / Si tu meurs, que tu sois loin de moi / Peu m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrais aussi (…) / Dieu réunit ceux qui s’aiment.” Le morceau sera enregistré l’année suivante avec l'orchestre de Robert Chauvigny.
Aussi. En écrivant le titre de cette lettre, je me suis questionné quant à savoir si lorsque nous accompagnions un point d’exclamation d’un point d’interrogation, lequel se mettait en premier. Visiblement, le point d’interrogation se met avant.
Mais connaissiez-vous le POINT EXCLARROGATIF ‽‽‽‽ Selon ce que j’ai pu trouver sur le sujet (Wikipedia), le point exclarrogatif (‽) sert “à ponctuer une phrase qui est interrogative et exclamative à la fois, sans prédominance”. Visiblement, la ponctuation a été inventée par l’Américain Martin K. Specter, directeur d’une agence de publicité, en 1962.
Par la suite, le point exclarrogatif a pris le nom d’interrobang, mêlant dans cette appellation l’interrogatio latin et le jargon anglais bang, qui désigne chez les imprimeurs le point d’exclamation. Même s’il fut intégré en 1966 dans la police de caractère “Americana”, le point exclarrogatif n’est jamais devenu un signe de ponctuation standard.
Back in November 2022, MDMA 0006 opened in exactly the same way! And then it vanished all over again, because Éclectique’s habit of appearing and disappearing has only gotten worse since I stepped into adult life, landed a real job and left behind the 10 - 15 hours a week at the Aix-Marseille School of Journalism.
In 2022, on the France Culture show “Les Chemins de la Philosophie”, in a series called “Joyeux Anniversaire Molière”, Francis Huster launches into a rant about the news from Ukraine as if he were Alceste, the lead in The Misanthrope(1666). Taken out of context, the clip was picked up by CNews on Pascal Praud’s show L'heure des Pros, with the on-screen banner “Ukraine: Francis Huster blows his top”.
John Fitzgerald Kennedy would never have let this happen.
🧱 Columbus, Indiana
Let’s talk architecture. I recently had the pleasure of reuniting with the Miller House, already featured in the second archibeau in Éclectique history, thanks to the American film Columbus (2017), directed by Kogonada. Set in the city of the same name, the film explores how architecture can stir deep emotions in us, through the relationships we build with buildings, the philosophy they give off and the moments we tie to them.
Forty-five minutes from Indianapolis, Columbus stands in the American Midwest as the emblem of a city built around architecture. Ranked sixth in the United States for architectural innovation and design by the American Institute of Architects, this city of 47,000 people was shaped by architects such as Eliel Saarinen, his son Eero Saarinen, Kevin Roche, I.M. Pei (yep, the Louvre pyramid guy), Harry Weese and Deborah Berke.
And so Columbus became an open-air festival of visionary minds who revolutionized the look of civic buildings (banks, churches, county offices, city hall, schools), shaping along 5th Street what is now known as the Avenue of Architects.
☎️ Reply “SAARINEN” to this email if you’re interested in the film but can’t track it down ☎️
💌 Hymne à l’amour
Since Thursday, L’Hymne à l'amour as sung by Céline Dion at the Olympic Games opening ceremony has been available on streaming platforms. This summer, thanks to my friend Julien, I discovered the story and the fate of this beautiful song.
Written by Edith Piaf for her lover Marcel Cerdan, whom she met in 1948 at a concert in New York, the song was composed by her friend Marguerite Monnot, who herself drew on Robert Schumann’s Lied Frühlingsnacht. On September 14, 1949, Piaf performed L’Hymne à l’amour for the first time, in front of a New York crowd at the Versailles cabaret. A month and a half later, Piaf asked Cerdan to join her in New York, where she was singing again on October 28.
Before they could be reunited, Cerdan lost his life at 33 aboard the Lockheed Constellation of Air France Flight 009, on his way to see the love of his life. That very evening, Edith Piaf sang L’Hymne à l’amour, with the words: “If one day life tears you away from me / If you die, if you are far from me / It matters little if you love me / For I would die too (…) / God reunites those who love each other.” The song was recorded the following year with Robert Chauvigny’s orchestra.
Also. While writing the title of this letter, I found myself wondering, when you pair an exclamation mark with a question mark, which one goes first. Apparently, the question mark goes first.
But did you know about the INTERROBANG‽‽‽‽ According to what I could dig up on the subject (Wikipedia), the interrobang (‽) is used “to punctuate a sentence that is both interrogative and exclamatory, with neither taking precedence”. Apparently, the punctuation mark was invented in 1962 by American Martin K. Specter, head of an advertising agency.
Later on, it came to be known as the interrobang, a name blending the Latin interrogatio with the English slang bang, printers’ jargon for the exclamation mark. Even though it was added to the “Americana” typeface in 1966, the interrobang never became a standard punctuation mark.
2022年,在法国文化电台的节目“Les Chemins de la Philosophie”的“生日快乐,莫里哀”系列里,Francis Huster就乌克兰时局发表了一通慷慨激昂的抨击,活像阿尔赛斯特附体——也就是《恨世者》(1666)的主人公。这段话被断章取义后,CNews在Pascal Praud主持的节目L'heure des Pros里又播了一遍,还配上了横幅字幕:“乌克兰:Francis Huster怒发冲冠”。
可两人还没来得及重逢,年仅33岁的塞尔当就在奔赴挚爱的路上,殒命于法航009号航班的洛克希德“星座”客机。当晚,伊迪丝·琵雅芙照样演唱了《爱的颂歌》,唱道:“Si un jour, la vie t’arrache à moi / Si tu meurs, que tu sois loin de moi / Peu m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrais aussi (…) / Dieu réunit ceux qui s’aiment.”第二年,这首歌与Robert Chauvigny管弦乐团合作录制成唱片。
Il y a un an, j’écrivais à Aix-en-Provence la toute première missive du monde actuel pour Éclectique dans le cadre d’un projet étudiant. Lors de mon oral, j’avais promis à mes professeurs M. Hert et M. Matéo que je continuerai la MDMA après les études. Toutefois, lors de la quatrième édition de cette missive, j’affirmais que la lettre était “un énorme succès national” et “qu’elle continuerait après l’évaluation” de ce projet. Désolé de vous avoir menti jusqu’ici sur la deuxième affirmation.
Grâce à cette page, vous fantasmerez des emplacements oniriques où vos yeux pourraient se poser sur les plus belles lignes imaginables, pour encore mieux vous évadez dans les rêves que permettent la littérature. Ces univers vous rappelleront peut-être lemondemerveilleuxdeséventailsdumagazinedesinspirations (cliquer sur chaque mot de cette fin de phrase vous emmenera dans un éventail différent).
Où savoir lire, c’est bien, mais que lire ? Et bien lisez :
N’hésitez pas à compléter cette liste en répondant à ce courriel électronique, les recommandations littéraires pourraient devenir fréquentes ici.
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Après avoir rendu populaire l’adage “Si c’est Arte, c’est forcément bien !”, voici sa variante A24. La société de production cinématographique A24, c’est “The Lighthouse”, “Moonlight”, “Uncut Gems”, “Midsommar”, et “Close”. En somme, c’est toujours bien. Réalisé par le cinéaste belge Lukas Dhont, Close est un beau film sur l’amitié, la découverte de soi et les épreuves de l’adolescence. Grand primé au festival de Cannes cette année, ce long-métrage franco-néerlando-belge dégage sa force de la puissance des regards, des mots, du silence et d’une photographie poignante.
Allez voir Close au cinéma. C’est un film génial, vous allez beaucoup pleurer, et lorsque vous sortirez de la salle en cherchant un mouchoir pour essuyer votre nez, vous vous direz que vous êtes très heureux de l’avoir vu.
🧺 Quelques recommandations diverses :
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lisez ce récit littéraire épique et romantique de la septième étape du Tour de France 2022
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regardez cette image de Robert de Niro et Joe Pesci sur le tournage de Casino
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explorez ce génialissime subreddit baptisé “TV Too High”, qui regroupe toutes les TV du monde qui sont littéralement placées bien trop en hauteur
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écoutez l’écrivaine Alice Zeniter parler de la “parade virile des écrivains”, extrait pendant lequel elle déconstruit le génie masculin qui justifie que l’auteur soit déconnecté d’une vie normale, souvent synonyme de dérives sociales et humaines que l’amateur conquis va avoir tendance à pardonner, parfois même glorifier
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faites connaissance avec la bibliothèque publique “Eclectic” dans sa ville éponyme, en Alabama, là où s’établiera inévitablement le bureau américain de ce magazine
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découvrez cette drôle de couverture russe de “Histoire de la sexualité”, écrit par Michel Foucault entre 1976 et 1984
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regardez cette belle interview de David Bowie de 1999, dans laquelle il explique comment internet changerait nos vies
Enfin, terminons le retour de cette lettre par quelques mots de poésie issus du “Guetteur mélancolique” de Guillaume Apollinaire :
“Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores
Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins
Méprisons l'immuable comme la pierre ou l'or
Sources qui tariront Que je trempe mes mains
En l'onde heureuse”
À très vite !
Matthieu
Hi again!
A year ago, in Aix-en-Provence, I wrote the very first missive du monde actuel for Éclectique as part of a student project. During my oral presentation, I promised my teachers M. Hert and M. Matéo that I’d keep MDMA going after my studies. However, in the fourth edition of this missive, I claimed the newsletter was “a huge national success” and “would carry on after the grading” of the project. Sorry for lying to you until now about that second claim.
Thanks to this page, you’ll fantasize about dreamlike spots where your eyes could land on the most beautiful lines imaginable, the better to escape into the dreams literature makes possible. These worlds may remind you of thewonderfulworldoftheinspirationmagazine’sfold-outspreads (clicking each word at the end of this sentence will take you to a different spread).
Knowing where to read is all well and good, but what to read? Well, read:
Feel free to add to this list by replying to this electronic mail; literary recommendations could become a regular thing here.
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After popularizing the adage “If it’s Arte, it’s bound to be good!”, here’s its A24 variant. The film production company A24 is “The Lighthouse,” “Moonlight,” “Uncut Gems,” “Midsommar” and “Close.” In short, it’s always good. Directed by Belgian filmmaker Lukas Dhont, Close is a beautiful film about friendship, self-discovery and the trials of adolescence. A big winner at the Cannes Film Festival this year, this French-Dutch-Belgian feature draws its strength from the power of looks, words, silence and gut-wrenching cinematography.
Go see Close at the movies. It’s a brilliant film, you’re going to cry a lot, and when you walk out of the theater hunting for a tissue to wipe your nose, you’ll tell yourself you’re really glad you saw it.
🧺 A few assorted recommendations:
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read this epic, romantic literary account of stage seven of the 2022 Tour de France
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look at this picture of Robert De Niro and Joe Pesci on the set of Casino
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explore this totally brilliant subreddit called “TV Too High,” which gathers every TV in the world that’s literally mounted way too high
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listen to writer Alice Zeniter talk about the “virile parade of writers,” a clip in which she deconstructs the male genius that justifies the author being disconnected from normal life, often synonymous with social and human excesses that the adoring fan will tend to forgive, sometimes even glorify
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get acquainted with the “Eclectic” public library in its namesake town in Alabama, where this magazine’s US office will inevitably be set up
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check out this funny Russian cover of “The History of Sexuality,” written by Michel Foucault between 1976 and 1984
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watch this great interview with David Bowie from 1999, in which he explains how the internet would change our lives
Parangon moderne de ce qu'est la curiosité et la détermination, polymathe, Virgil Abloh était une inspiration. Célébré comme le créateur de mode qu'il fut pendant plus d'une décennie, Abloh était un architecte. Une vocation qu'il étudia et dont il diplôma à l'Institut de technologie de l'Illinois, mais surtout une façon de penser qui l'accompagna tout au long de sa trop courte vie. À la façon d'un architecte, Abloh pensait l'ensemble de l'homme. Il créait les vêtements et les chaussures, mixait et dessinait la musique qu'il écouterait, le lieu dans lequel il vivrait. Il y avait forcément un aspect d'Abloh, dans la richesse de sa personnalité, qui pouvait nous inspirer.
Abloh représentait aussi une vision d'une mode ultra-limitée, dont le symbole était parfois plus fort que le produit, incarnée par des esprits influents porteurs d'une réputation et accélérateurs de tendance. Ses guillemets, qui le caractérisaient, était pour certains le génie de Duchamp et pour d'autres la signature d'un créateur communicant. Avec Pyrex, sa première aventure textile qui forgera sa réputation, Abloh ajoutait simplement le nom de la marque et le numéro 23 de Michael Jordan sur des chemises Ralph Lauren qu'il commercialisait ensuite. OFF-WHITE, qui fera exploser sa notoriété de créateur, a parfois été la cible de critiques véhémentes quant à sa créativité. Virgil a eu son lot mauvaise presse. Le compte Diet Prada, sorte de gendarme numérique du plagiat dans l'industrie de la mode, a continuellement visé Virgil Abloh depuis 2014, avec des accusations parfois bancales tournant à une forme de harcèlement. Certaines accusations de plagiat, de voler des designs, parfois même à des fans, étaient parfois quand même bien fondées. En cela, la légende d'Abloh n'est pas immaculée.
Personnellement, je n'aimais ni Pyrex, ni OFF-WHITE, en respectant toutefois la démarche artistique et symbolique entreprise, le succès que cela lui apportait et l'intérêt que ses projets suscitaient.
Enfin, Abloh a réussi à accéder là où aucune personne noire n'aurait pu rêver aller. À la tête de la création masculine chez Louis Vuitton, il avait l'un des postes les plus convoités de toute la mode. Par cet accomplissement, il fut à l'instar des grands sportifs et des grands artistes un pionnier, l'exemple vivant que c'était possible. Que c'était normal. Si la simplicité de ses marques furent souvent critiquées, parfois moquées, la qualité son travail chez LV pouvait regarder celui des autres maisons droit dans les yeux.
Pour les jeunes de notre génération, il était un homme auquel on pouvait s'identifier. Pour les personnes de couleurs, il montrait la voie à suivre, en accompagnant les autres rêveurs comme lui qu'il intégra dans les maisons de luxe où ils n'étaient auparavant jamais bienvenus. Pour moi, jeune adulte blanc de la génération Z, Abloh a montré comment l'obsession, le travail et la recherche perpétuelle de créativité pouvaient mener vers des destins inespérés. Pour les jeunes de mon âge, l'identification aux Lagerfeld, Ford, Cardin, Jacobs ou Galliano n'est pas naturelle. Leur inspiration transpire de leurs créations, pas de leur cheminement, encore moins de leur personnalité.
Aussi, Abloh ne méprisait pas internet, il était lui-même une espèce de geek. À la fin des années 2000, Virgil écrivait avec ses amis sur un blog aussi laid dans la forme (ces reliques numériques sont aujourd'hui d'une beauté nostalgique) que fascinant dans le fond, constitué d'analyses brillantes sur l'art, la mode et leurs environnements.
Sur Internet, il était aussi étonnamment transparent. Au contraire de la plupart des grands génies, le partage d'information d'Abloh permettait au fan lambda de croire encore plus que c'était possible, pour lui aussi, de percer un jour. Dans "The Ten", Abloh et Nike avaient exploré en détails leur collaboration et rendu cet ouvrage en accès libre via un document pdf (je n'ai plus d'URL à jour mais je l'avais sur mon disque dur alors voici un lien qui marche).
Son site internet, virgilabloh.com, est aujourd'hui un sanctuaire numérique formidable qui regroupe plusieurs centaines de ressources utiles pour celui qui rêverait de créer, de développer et de vendre sa marque.
L'histoire des créatifs du 21ème siècle retiendra immanquablement Virgil Abloh™ comme l'un des esprits les plus rares de notre époque. "Virgil Was Here", et pour l'œuvre qu'il laisse désormais derrière lui, il restera ici encore très longtemps.
Au revoir Virgil
A modern paragon of curiosity and determination, a polymath, Virgil Abloh was an inspiration. Celebrated as the fashion designer he was for more than a decade, Abloh was an architect. A vocation he studied and graduated in at the Illinois Institute of Technology, but above all a way of thinking that stayed with him throughout his far too short life. Like an architect, Abloh thought about the whole person. He created the clothes and the shoes, mixed and designed the music you’d listen to, the place you’d live in. In the richness of his personality, there was bound to be some side of Abloh that could inspire us.
Abloh also stood for a vision of ultra-limited fashion, where the symbol was sometimes stronger than the product, embodied by influential minds carrying a reputation and accelerating trends. His quotation marks, his trademark, were Duchamp-level genius to some and the signature of a designer-as-marketer to others. With Pyrex, his first clothing venture, the one that would forge his reputation, Abloh simply added the brand name and Michael Jordan’s number 23 to Ralph Lauren shirts he then sold on. OFF-WHITE, which would make his name as a designer explode, was at times the target of vehement criticism over its creativity. Virgil had his share of bad press. The Diet Prada account, a sort of digital plagiarism cop for the fashion industry, went after Virgil Abloh relentlessly from 2014 on, with accusations that were sometimes shaky and that turned into a form of harassment. Some accusations of plagiarism, of stealing designs, sometimes even from fans, were nonetheless well founded. In that respect, the Abloh legend isn’t spotless.
Personally, I liked neither Pyrex nor OFF-WHITE, while still respecting the artistic and symbolic approach behind them, the success they brought him and the interest his projects generated.
Finally, Abloh managed to reach a place no Black person could ever have dreamed of going. As head of menswear at Louis Vuitton, he held one of the most coveted jobs in all of fashion. With that achievement, like the great athletes and great artists, he was a pioneer, living proof that it was possible. That it was normal. While the simplicity of his brands was often criticized, sometimes mocked, the quality of his work at LV could look that of the other houses straight in the eye.
For young people of our generation, he was a man we could identify with. For people of color, he showed the way forward, bringing along other dreamers like him, whom he brought into luxury houses where they had never been welcome before. For me, a young white Gen Z adult, Abloh showed how obsession, hard work and the endless pursuit of creativity could lead to unhoped-for destinies. For people my age, identifying with the Lagerfelds, Fords, Cardins, Jacobses or Gallianos doesn’t come naturally. Their inspiration oozes from their creations, not from their journey, and even less from their personality.
Also, Abloh didn’t look down on the internet; he was something of a geek himself. In the late 2000s, Virgil wrote with his friends on a blog as ugly in form (these digital relics now have a nostalgic beauty) as it was fascinating in substance, made up of brilliant analyses of art, fashion and the worlds around them.
Online, he was also surprisingly transparent. Unlike most great geniuses, Abloh’s sharing of information let the average fan believe even more that it was possible for them, too, to make it one day. In “The Ten,” Abloh and Nike explored their collaboration in detail and made the book freely available as a PDF (I no longer have a working URL, but I had it on my hard drive, so here’s a link that works).
His website, virgilabloh.com, is today a wonderful digital sanctuary gathering hundreds of useful resources for anyone dreaming of creating, building and selling their own brand.
The history of 21st-century creatives will inevitably remember Virgil Abloh™ as one of the rarest minds of our time. “Virgil Was Here,” and for the body of work he now leaves behind, he’ll be here for a very long time to come.
Bonsoir à tous, bienvenue dans une nouvelle édition de Missive du Monde Actuel, un peu particulière car c’est la dernière avant mon oral sur ce projet qui avait été initialement créé pour un cours. Comme la lettre est une énorme succès national, elle sera continuée même après l’évaluation de cette dernière. Ce qui me rend d’autant plus heureux de continuer un projet de cours même après son jugement dernier.
👨👩👧 Scènes de la vie conjugale
Vous connaissiez déjà l'adage "Si c'est Arte, c'est forcément bien", utilisé précédemment dans cette lettre numérique. Et bien, si c'est HBO, c'est forcément bien aussi. Déjà producteur de la meilleure série télévisée du 21ème siècle, HBO a pris en main le souhait de Daniel Bergman de reprendre une série suédoise des années 70. Cette série, Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale ou Scenes from a Marriage), c'est celle de son père Ingmar, véritable succès populaire international et déclencheur de divorces en série.
Le concept est séduisant. Filmé dans un quasi huis-clos, la série se focalise sur les acteurs, leurs dialogues, leurs comportements et leurs émotions. Bergman disait de ses acteurs (lors de sa version suédoise) qu'ils "étaient talentueux, avaient toutes les ressources, avaient lu tous les livres nécessaires, mais ne savaient pas gérer les plus simples émotions".
Il faut également regarder ces 5 épisodes pour le style d'Isaac (celui de Châtain est tout aussi divin) et ses émanations paternelles colossales (comprendre ici dad vibes, la traduction d'anglicismes a ses limites). Archétype du prof cool de philo en Ivy League, Oscar Isaac incarne un normcore parfait (bravo à Miyako Bellizzi qui avait déjà travaillé comme styliste sur Uncut Gems), addition casuale (peut-on accorder un anglicisme ?) de New Balance, d'un jean large et d'un pe-tit 🤌 cardigan Dries Van Noten (j'imagine que tout les profs de philo ne se fournissent pas chez Dries Van Noten).
Scènes de la vie conjugale est une ode à la fragilité, à l'imperfection, et c'est, pour paraphraser un grand homme de notre culture nationale, vraiment bieng.
Si la série vous intéresse, vous pouvez la visionner légalement sur OCS, ou par un canal alternatif pirate aussi connu sous le nom de torrent, ou en me demandant de vous forwarder un mail (qui n'engage pas le rédacteur en chef de cette newsletter) avec tous les épisodes en WeTransfer. 😎
👟 C’est quoi le normcore ?
Si j'utilise un certain nombre d'expressions d'initiés pour donner l'illusion que j'y connais quelque chose à la mode, il est toujours utile de les expliquer.
Le normcore, qui définit le style d'Oscar Isaac dans la série sus-citée, a été très largement rendu rendu populaire par Steve Jobs avant d'être éventuellement théorisé. Le normcore est l'ode vestimentaire du "normal", ce qui est complètement flou, puisqu'il faudrait alors définir "normal".
On trace les origines de l'appellation normcore dans un texte publié en 2013 sur l'analyse des tendances. Pour le dictionnaire Oxford, le normcore est "une tendance dans laquelle des vêtements ordinaires sont portés comme une déclaration de mode délibérée. Dans le cas de Jobs, l'uniforme New Balance 992, Levi's 501 et col montant (à ne pas confondre avec "roulé") semble représenter un attirail d'une simplicité ultime mais son imagination fut réellement sophistiquée, surtout quand on sait que ce style "normal" a été pensé par le designer Issey Miyake (qui fournissait les hauts noir) spécialement pour Jobs.
On associe aussi beaucoup le normcore au dad style, avec les liens publicitaires assumés comme chez New Balance (avec leur modèle 990) qui est "porté par les mannequins à Londres et les darons dans l'Ohio". Ce slogan fait écho à la mode contemporaine qui voit de plus en plus d'ados et de jeunes adultes porter les sneakers que portaient leurs parents en leur temps.
Pour adopter ce style "anti-mode", quelques éléments clés. Des vieilles sneakers à la New Balance (990, 992 ou 993 sont très bien) ou à la Nike (souvent des Air Monarch), un jean délavé assez clair et un t-shirt blanc très classique. Petite touche finale, le fameux dad hat de votre équipe préférée, ou d'une bonne référence corporate.
📸 2021 en photographies
Cette semaine, le TIME a sorti la retrospective annuelle des photos les plus marquantes de l'année. Pas besoin de me perdre dans de longs paragraphes pour vous dire à quel point ces photos-là sont fascinantes. Alors en voici quelques-unes, et les autres sont à retrouver sur le site du TIME.
En parlant de photographies, j'ai publié cette semaine sur Instagram une très belle série de photos prise par Stephan Gladieu en Corée du Nord avec le texte issu de son témoignage recueilli à l'occasion de son exposition aux Rencontres d'Arles. N'allez surtout pas voir ça sur le Insta d'Éclectique mais sur son site directement où elles seront toutes accessibles.
Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !
Matthieu
Good evening, everyone, and welcome to a new edition of Missive du Monde Actuel, a slightly special one since it’s the last before my oral presentation on this project, which was originally created for a class. Since the newsletter is a huge national success, it will carry on even after it’s been graded. Which makes me all the happier to keep a class project going even after its last judgment.
👨👩👧 Scenes from a Marriage
You already know the adage “If it’s Arte, it’s bound to be good,” previously used in this digital letter. Well, if it’s HBO, it’s bound to be good too. Already the producer of the best TV series of the 21st century, HBO took on Daniel Bergman’s wish to remake a Swedish series from the ’70s. That series, Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale or Scenes from a Marriage), was his father Ingmar’s: a huge popular hit around the world and the trigger for a wave of divorces.
The concept is seductive. Shot almost entirely behind closed doors, the series zeroes in on the actors, their dialogue, their behavior and their emotions. Bergman said of his actors (back in his Swedish version) that they “were talented, had every resource, had read all the necessary books, but didn’t know how to handle the simplest emotions.”
Brilliantly brought to life on screen and off it (Twitter users’ libido remembers it perfectly) by Oscar Isaac and Jessica Chastain, the series makes us privileged witnesses, settled into the home of a couple with deep cracks.
You also have to watch these 5 episodes for the style sported by Isaac (Chastain’s is just as divine) and his colossal paternal emanations (read: dad vibes, translating anglicisms has its limits). The archetype of the cool philosophy professor at an Ivy League school, Oscar Isaac embodies perfect normcore (hats off to Miyako Bellizzi, who had already worked as a stylist on Uncut Gems), a casuale combo (can you make an anglicism agree in gender?) of New Balance, baggy jeans and a li-ttle 🤌 Dries Van Noten cardigan (I imagine not every philosophy professor shops at Dries Van Noten).
Scenes from a Marriage is an ode to fragility, to imperfection, and it is, to paraphrase a great man of our national culture, reeeally goood.
If the series interests you, you can watch it legally on OCS, or through an alternative pirate channel also known as torrent, or by asking me to forward you an email (which does not commit the editor-in-chief of this newsletter) with every episode on WeTransfer. 😎
👟 What is normcore?
Since I use a fair number of insider expressions to give the illusion that I know something about fashion, it’s always useful to explain them.
Normcore, which defines Oscar Isaac’s style in the aforementioned series, was largely popularized by Steve Jobs before eventually being theorized. Normcore is the sartorial ode to “normal,” which is completely vague, since you’d then have to define “normal.”
The origins of the term normcore are traced back to a text on trend forecasting published in 2013. According to the Oxford dictionary, normcore is “a trend in which ordinary clothes are worn as a deliberate fashion statement.” In Jobs’s case, the uniform of New Balance 992s, Levi’s 501s and a mock neck (not to be confused with a turtleneck) seems to represent the ultimate in simple kit, but its conception was genuinely sophisticated, especially when you know this “normal” style was dreamed up by designer Issey Miyake (who supplied the black tops) especially for Jobs.
Normcore is also closely associated with dad style, with openly embraced advertising links, as at New Balance (with its 990 model), which is “worn by models in London and dads in Ohio.” That slogan echoes contemporary fashion, which sees more and more teens and young adults wearing the sneakers their parents wore back in the day.
To adopt this “anti-fashion” style, a few key elements. Old sneakers, New Balance style (990, 992 or 993 are all great) or Nike style (often Air Monarchs), fairly light washed-out jeans and a very classic white T-shirt. The finishing touch: the famous dad hat of your favorite team, or of a good corporate reference.
📸 2021 in photographs
This week, TIME released its annual retrospective of the year’s most striking photos. No need to lose myself in long paragraphs to tell you how fascinating these photos are. So here are a few of them, and the rest can be found on TIME’s website.
Speaking of photographs, this week I posted on Instagram a very beautiful series of photos taken by Stephan Gladieu in North Korea, with text drawn from his account gathered for his exhibition at the Rencontres d’Arles. Whatever you do, don’t go looking for them on Éclectique’s Insta, but directly on his website, where they’re all available.
Thanks for reading 🫂 and see you next week!
Matthieu
大家晚上好,欢迎来到新一期《当下世界通讯》(Missive du Monde Actuel)。这一期有点特别:这个项目最初是为一门课做的,而这是我答辩前的最后一期。鉴于这封通讯在全国范围内大获成功,就算课程评分结束了,它也会继续办下去。一个课堂项目在经历了“最后的审判”之后还能继续做,这让我格外开心。
👨👩👧 婚姻生活
“只要是Arte出品,就一定是好东西”——这句格言你们已经在这封数字通讯里见过了。好吧,只要是HBO出品,也一定是好东西。HBO早就出品过21世纪最好的电视剧,这次又接下了丹尼尔·伯格曼的心愿:翻拍一部70年代的瑞典剧集。这部剧就是《Scener ur ett äktenskap》(《婚姻生活》,英文名Scenes from a Marriage),出自他父亲英格玛之手,当年在全世界大受欢迎,还引发了一连串离婚潮。
SALUT À TOUS j'es-père que vous allez bien ! On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle newsletter. Merci beaucoup pour vos retours sur les deux premières éditions, c'est très très apprécié. Pas de longue introduction aujourd'hui, on commence direct !
🍟 Parapapapa
Formidable curation des McDo les plus étonnants du monde, "Nonstandard McDonald's" recense les fast food les plus fous de la chaine américaine. Est précisé à chaque post la localisation du bâtiment, et si ce dernier est actif ou fermé. J'ai pu y découvrir un des sept McDo américains qui n'ont qu'une seule arche en lieu et place du "M", pourquoi le McDo de Sedona (Arizona) a une arche turquoise plutôt que le traditionnel jaune, le "McSki" de Sälen en Suède, dans lequel on passe au drive... en ski. Le McDo où l’on mange des nuggets dans un avion en Nouvelle-Zélande, sur le Nil à Assouan en Égypte, ou dans une pyramide à l'hôtel Ibis de Coire (Suisse).
Quand on pourrait s'attendre à ce qu'une telle chaine de fast-food alimente une uniformité architecturale stricte (genre Buffalo Grill), la créativité est pour le moins surprenante, parfois déroutante. L'exploration de ce compte se révèle être étonnamment cathartique. Plus je voyais ces lieux qui me provoquaient fascination et effroi, moins j'avais envie de McDo. Tant mieux j’imagine.
🇨🇿 L’ambassade tchèque à Berlin
L'été dernier, je suis parti en amoureux à Berlin pour une quête architecturale que j'avais initié à travers mes lectures sur le Bauhaus (comme celle-là) et la construction de la ville. Comme tout amateur d'architecture qui n'y connait quasiment rien, j'ai couru après les célèbres Mies van der Rohe, Le Corbusier, ou Walter) Gropius. En réalité, je n'ai même pas vu les deux derniers tant je suis resté dans le centre. Cependant, en quittant la Potsdamer Platz pour la porte de Brandebourg, je bug complètement sur un bâtiment fascinant.
Brutaliste dans l'âme, j'ai été charmé par la perception qu'on peut avoir de ces bâtiments en béton, à la frontière entre le futurisme et le désuet. Située dans le quartier des ambassades de Berlin (dans ce qui était à l'époque Berlin-Est), à proximité de la porte de Brandebourg où français et américains se mettent bien, ce qui était alors l'ambassade de la République Socialiste Tchécoslovaque voit le jour pendant la Guerre Froide. Entre 1974 et 1978, le couple d'architectes tchèques Věra Machoninová et Vladimír Machonin pensent le design du bâtiment et de son intérieur.
En 93, la Tchécoslovaquie n'est plus et la Slovaquie obtient son ambassade à Tiergarten. Ce qui pose un problème car la taille du bâtiment avait été pensée pour près de 500 employés, mais la séparation du pays et l'évolution du contexte géopolitique a fait diminuer la nécessité de personnel à 50 employés aujourd'hui. Remis en cause un temps quant à son rendement, le bâtiment a été conforté et préservé.
En Europe de l’Est, nombreux bâtiments brutalistes soviétiques ont été abandonnés au fil des ans. Ils tiennent debout en portant le poids du temps, de l'Histoire en étant soutenu par la nostalgie des amoureux d'une architecture perdue. À Berlin, l'ambassade de la République Tchèque trône comme une parenthèse nostalgique immuable dans un environnement contemporain témoin des grandes évolutions de l'Histoire.
Le texte qui suit est écrit par Nathan Vergé, qui contribue grandement au développement d’Éclectique avant même qu’Éclectique ne soit quoi que ce soit de concret. Nate étudie à l’ENSAV (école du cinoche) ce qui fait de lui un 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, ce qui fait de lui un mec cool puisqu’il est en mesure de parler pertinemment de Kubrick ou d’Andrei Tarkovsky. De temps à autre, il viendra enrichir MDMA de sa culture ciné. Aujourd’hui, il nous parle d’A24 (la meilleure société de production del mundo) et d’un trailer intriguant.
🐌 Éloge de la lenteur
NV : En me baladant récemment dans les vidéos de mes abonnements YouTube, je suis tombé sur un étrange trailer. La chaine YouTube est celle d’A24, célèbre entreprise américaine de production indépendante d’où sont déjà sortis moult chefs-d’œuvre dont The Lighthouse, First Cow, Mid90’s ou encore Uncut Gems. La vidéo est intitulé « The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24 ». « (Infinite) » ? Pas très commun dans le titre d’un trailer YouTube.
Après le premier visionnage de la vidéo, je ne comprends pas grand-chose. Un homme, une plage, des poules, de la cuisine, une succession de plusieurs trailers et surtout un étrange appel à visionner le film durant la semaine du 22 au 28 novembre (uniquement) lors d’un événement en continu sur une plateforme en ligne made in A24 intitulée « Screening Room ».
En fouillant quelques articles comprenant des interviews du réalisateur, Warwick Thornton, j’apprends qu’originellement le film est en réalité un docu-série en six parties de 25 minutes diffusées sur des chaines australiennes. A24 aurait donc potentiellement fait de cette série un film de 2h30 qu’ils diffuseront en boucle durant la semaine du 22 au 28 novembre. Original.
Pour ce qui est du contenu, comme toute communication autour des nouvelles sorties A24, c’est assez flou et mystérieux. Le trailer met l’accent sur une expérience sensorielle qui semble s’éloigner (renforcé également par sa diffusion particulière) des formes classiques du cinéma. À l'occasion d’une interview accordée au Guardian lors de la diffusion originelle de la série, Thornton nous apprend qu’elle lui a permis de s’enfuir et de se réaligner après un coup de mou sur son esprit, son corps et son âme en essayant de retrouver une forme de modération dans une époque de surplus.
The Beach, avec sa longueur et son approche très méditative et contemplative, s’inscrit pleinement dans le genre du « Slow TV » qui consiste à filmer et diffuser de manière ininterrompue — du début à la fin — un événement tout à fait ordinaire. Une des œuvres les plus notables, et sûrement celle qui amorce le genre, est la diffusion du trajet de Bergen à Oslo à la télévision norvegienne, durant 7h.
Dans la même veine, une diffusion live de 134 heures (cinq jours et demi, tout de même) d’un voyage en bateau est retransmise en 2011 toujours à la télévision norvégienne. Sa popularité grandissante durant la fenêtre de visionnage (50% de la population s'est branché dessus à un moment donné) l’a quasiment transformé en un évènement interactif, des bateaux rencontrant le navire le long de la côte afin d'apparaître comme figurant dans la distribution. En France, le concept est arrivé sur France 4 en 2014 avec Tokyo Reverse. Durant 9 h 10, un homme déambule dans les rues de Tokyo, avec comme particularité que les séquences sont diffusées en sens inverse, faisant donc du personnage central la seule personne avançant et le monde reculant autour de lui. Étrange.
HI EVERYONE, I ho-ope you’re all doing well! We’re back today with a brand-new newsletter. Thank you so much for your feedback on the first two editions, it’s really, really appreciated. No long intro today, let’s dive straight in!
🍟 Parapapapa
A wonderful curation of the most unexpected McDonald’s on the planet, “Nonstandard McDonald’s” catalogues the wildest outposts of the American fast-food chain. Each post tells you where the building is and whether it’s still open or closed. That’s where I discovered one of the seven McDonald’s in the US that have a single arch instead of the “M”, why the McDonald’s in Sedona (Arizona) has a turquoise arch rather than the classic yellow, and the “McSki” in Sälen, Sweden, where you go through the drive-thru... on skis. There’s the McDonald’s where you eat your nuggets inside a plane in New Zealand, one on the Nile in Aswan, Egypt, and one in a pyramid at the Ibis hotel in Chur (Switzerland).
You’d expect a fast-food chain like that to churn out strictly uniform architecture (Buffalo Grill-style), but the creativity is surprising to say the least, and sometimes downright baffling. Scrolling through this account turns out to be weirdly cathartic. The more of these places I saw, filling me with equal parts fascination and dread, the less I felt like eating McDonald’s. Probably for the best.
🇨🇿 The Czech embassy in Berlin
Last summer, I went on a romantic trip to Berlin for an architectural quest I’d kicked off by reading about the Bauhaus (like this piece) and how the city was built. Like any architecture fan who knows next to nothing about it, I chased after the famous Mies van der Rohe, Le Corbusier, or Walter) Gropius. Truth is, I didn’t even see the last two, I stuck to the center so much. However, walking from Potsdamer Platz to the Brandenburg Gate, I completely froze in front of a fascinating building.
A Brutalist at heart, I’ve always been charmed by the way these concrete buildings come across, somewhere between futuristic and old-fashioned. Located in Berlin’s embassy district (in what was then East Berlin), near the Brandenburg Gate where the French and the Americans are living it up, what was then the embassy of the Czechoslovak Socialist Republic came into being during the Cold War. Between 1974 and 1978, the Czech architect couple Věra Machoninová and Vladimír Machonin designed the building and its interior.
When the embassy opened in ’78, the couple got no credit at all for their work, for one particular reason. After the Prague Spring of 1968, some Czechs were barred from their professions (in our architects’ case, their firm was at odds with the regime). So Machoninová and Machonin remained, in a way, underground architects until 1990 and the fall of the communist regime.
In ’93, Czechoslovakia was no more, and Slovakia got its own embassy in Tiergarten. Which was a problem, because the building had been sized for nearly 500 staff, but the split of the country and the shifting geopolitical context brought the need down to 50 employees today. Its efficiency was questioned for a while, but in the end the building was reinforced and preserved.
In Eastern Europe, many Soviet Brutalist buildings have been abandoned over the years. They’re still standing, bearing the weight of time and of History, propped up by the nostalgia of people in love with a lost architecture. In Berlin, the embassy of the Czech Republic stands proud like an unchanging, nostalgic parenthesis in a contemporary setting that has witnessed History’s great upheavals.
The following piece is written by Nathan Vergé, who has contributed hugely to Éclectique’s development since before Éclectique was anything concrete at all. Nate studies at ENSAV (film school), which makes him a 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, which makes him a cool guy, since he can talk intelligently about Kubrick or Andrei Tarkovsky. Every now and then, he’ll drop by to enrich MDMA with his film knowledge. Today, he’s talking about A24 (the best production company del mundo) and an intriguing trailer.
🐌 In praise of slowness
NV: Browsing through the videos from my YouTube subscriptions recently, I stumbled across a strange trailer. The channel was A24’s, the famous American independent production company behind countless masterpieces, including The Lighthouse, First Cow, Mid90s and Uncut Gems. The video is titled “The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24”. “(Infinite)”? Not exactly common in a YouTube trailer title.
After watching the video for the first time, I barely understood a thing. A man, a beach, chickens, cooking, a string of several trailers, and above all a strange invitation to watch the film during the week of November 22 to 28 (only) at a continuous event on an online platform made by A24 called “Screening Room”.
Digging through a few articles featuring interviews with the director, Warwick Thornton, I learned that the film was originally a six-part docuseries of 25-minute episodes aired on Australian TV. So A24 may have turned the series into a 2.5-hour film that they’ll stream on loop during the week of November 22 to 28. Original.
As for the content, like all the communication around new A24 releases, it’s pretty vague and mysterious. The trailer emphasizes a sensory experience that seems to drift away (something reinforced by its unusual release) from classic forms of cinema. In an interview with the Guardian when the series first aired, Thornton explained that it allowed him to escape and realign himself after a slump in mind, body and soul, by trying to rediscover a kind of moderation in an age of excess.
The Beach, with its length and its very meditative, contemplative approach, fits squarely into the “Slow TV” genre, which consists of filming and broadcasting a completely ordinary event uninterrupted, from start to finish. One of the most notable works, and probably the one that kicked off the genre, is the broadcast of the Bergen to Oslo train journey on Norwegian TV, lasting 7 hours.
In the same vein, a 134-hour live broadcast (five and a half days, no less) of a boat voyage aired in 2011, again on Norwegian TV. Its growing popularity during the viewing window (50% of the population tuned in at some point) practically turned it into an interactive event, with boats meeting the ship along the coast so they could appear as extras in the cast. In France, the concept landed on France 4 in 2014 with Tokyo Reverse. For 9 hours and 10 minutes, a man wanders the streets of Tokyo, with the twist that the footage plays backwards, making the central character the only person moving forward while the world rewinds around him. Weird.
NV:最近我在YouTube订阅列表里闲逛,刷到了一支奇怪的预告片。频道是A24的——这家著名的美国独立制片公司已经出品了无数杰作,比如《灯塔》《第一头牛》《90年代中期》,还有《原钻》。视频标题叫“The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24”。“(Infinite)”?这在YouTube预告片标题里可不常见。
Bonjour à vous, bienvenue dans ce hors-série de MDMA
En passant une partie de la semaine dernière à Toulouse, j'ai eu l'occasion d'assister au vernissage de la dernière exposition de Karlexander, "SOLIDE", qu'il a en partie réalisé avec le sculpteur Alexandre Nicolas.
Karl avait promis des œuvres et des jus de fruits, mais il y avait aussi des bonbons. Sincèrement, nous devions entre 100 et 200, dispersés aux alentours de la galerie avec notre Oasis à la main, lentement trempés par une pluie fine vicieuse qui ne s'arrêta jamais. De toute cette foule, la plupart avait probablement entre 18 et la vingtaine, venus pour Karl, pour Alexandre Nicolas ou par hasard et directement attirés par les œuvres de la galerie.
Les personnes avec qui j'ai pu échanger ce soir-là m'ont toutes confiées à quel point elles étaient non seulement enthousiasmées par la culture à Toulouse, mais par un art qui les concerne réellement. Le mélange entre antique et contemporain de Karl place le jeune spectateur face à une référence culturelle qu'il comprendra forcément et l'accompagne vers une autre référence qu'il ne connait pas nécessairement, mais qu'il découvre et explore ensuite. Les galeries peuvent parfois être intimidantes, elles semblent réservées à ceux qui savent, qui connaissent, et font parfois ressentir à l'amateur naïf qu'il n'y apportera rien de plus utile que son admiration spontanée.
La Galerie Bouquières a permis de faire en sorte que tout le monde puisse parler d'art sans se soucier de ses connaissances, de ses références, chacun mettant en avant ses perceptions, ses sensations. Se réunir aussi nombreux autour de ces œuvres a également permis à ces échanges d'être enrichis de toutes les personnalités présentes.
Pour ceux qui ont l'occasion de passer à Toulouse, Karl reste souvent à la galerie pour changer les ampoules de la salle d'expo. Parler des œuvres avec lui donne vraiment une perception différente et enrichit réellement ce qu'on peut voir sur sa page Instagram.
L'exposition dure jusqu'au 21 novembre dans la Galerie Bouquières (29 rue Bouquières, 31000 Toulouse) - du lundi au samedi (11h - 19h30).
Je voudrais terminer ce court hors-série en vous parlant d'une autre exposition toulousaine à la Maison de l'Occitanie, "Josette et les Femmes", seulement à quelques minutes à pied de celle de Karl. Dédicace à Léna qui a organisé ça à travers l'association toulousaine Culture & Ambition.
Enfin, je remercie Jordan pour les photos du vernissage (ici dans la newsletter) de l'expo et pour sa réactivité de malade. Vous pouvez checkez ses photo ici et là.
On se retrouve dès jeudi pour la troisième édition de MDMA !
À très vite,
Matthieu
Hello there, welcome to this special issue of MDMA
While spending part of last week in Toulouse, I got the chance to attend the opening of Karlexander’s latest exhibition, “SOLIDE”, which he created partly with the sculptor Alexandre Nicolas.
Karl had promised art and fruit juice, but there was candy too. Honestly, there must have been somewhere between 100 and 200 of us, scattered around the gallery with an Oasis in hand, slowly soaked by a sneaky drizzle that never let up. Most of the crowd were probably somewhere between 18 and their twenties, there for Karl, for Alexandre Nicolas, or by chance, drawn straight in by the works in the gallery.
The people I got to talk to that night all told me how excited they were, not just about culture in Toulouse, but about art that genuinely speaks to them. Karl’s blend of the ancient and the contemporary puts young viewers in front of a cultural reference they’re bound to get, and walks them toward another one they don’t necessarily know, but go on to discover and explore. Galleries can be intimidating sometimes: they seem reserved for those in the know, those with the background, and they can make the naive amateur feel like they have nothing more useful to bring than their spontaneous admiration.
The Galerie Bouquières made it possible for everyone to talk about art without worrying about their knowledge or their references, with each person sharing their own perceptions and feelings. Having so many people gathered around these works also meant those conversations were enriched by all the personalities in the room.
For those of you passing through Toulouse, Karl often hangs around the gallery changing the light bulbs in the exhibition space. Talking about the works with him really gives you a different perspective and genuinely adds to what you can see on his Instagram.
The exhibition runs until November 21 at the Galerie Bouquières (29 rue Bouquières, 31000 Toulouse), Monday to Saturday (11am to 7:30pm).
I’d like to wrap up this short special issue by telling you about another Toulouse exhibition at the Maison de l’Occitanie, “Josette et les Femmes”, just a few minutes’ walk from Karl’s. Shout-out to Léna, who organized it through the Toulouse association Culture & Ambition.
Finally, thanks to Jordan for the photos of the exhibition opening (featured here in the newsletter) and for his insanely quick turnaround. You can check out his photos here and there.
See you on Thursday for the third edition of MDMA!
Salut à vous tous ! Et merci de ne pas vous être désabonnés dès la première édition. Cette petite introduction me permet de vous faire remarquer que depuis que je suis à la tête d'une lettre numérique de presque 100 abonnés, je réalise en fait que si vous vous désabonnez, je peux complètement vous remettre dans la liste de diffusion de cette newsletter. Premièrement, vous ne vous désabonnerez pas car je me persuade que vous aimez autant lire cette lettre que j'aime l'écrire. Deuxièmement, si vous vous désabonnez, je ne vous remettrai jamais dedans sans consentement car je ne suis ni une personne affreuse sans morale, ni Mark Zuckerberg. Mais au moins vous savez. Sans aucune réelle transition, bienvenue dans la deuxième édition de MDMA.
♟️ La chair, sur vos sens, fait-elle grande impression ?
La scène est toujours aussi étonnante à observer. Marcel Duchamp, 76 ans, faisant face à Ève Babitz, 20 ans. C'est ici certainement l'une des plus célèbres photos d'échecs de l'histoire. Ce jeu, diablement esthétique, est déjà apparu dans le dernier éventail d'inspirations™ d'octobre d'Éclectique à travers la photo somptueuse d'Anatoly Karpov au centre d'un foule homogène de jeunes communistes russes, lors du XVIIème Congrès de Komsomol (1978). Si ici, la photo de notre ami dadaïste et de la jeune écrivaine californienne prise en 1963 par Julian Wasser (cette photo était d'ailleurs son idée et non celle de Duchamp) dans une galerie de Pasadena est importante, c'est quelle symbolise certainement le mieux ce qu'était l'esprit de Duchamp. Tout le monde connait Duchamp pour son urinoir, ready-made qu'il avait mit dans une galerie en le proclamant œuvre d'art. Si ces objets ont façonné sa popularité, Duchamp arrête l'art en 1923 pour se consacrer aux échecs. Il y aime le fait que "les échecs ne puisse être commercialisés".
Voilà ici tout le cynisme de Duchamp. Certaines photos d'archives de BobbyFischer ou de BorisSpassky (pour ne citer qu'eux) sont formidablement artistiques. Mais elles conservent le fantasme de pureté qui a convaincu Duchamp de se consacrer aux échecs. À travers sa photographie de 1963, Duchamp ouvre justement la porte à ce que les échecs soient, d'une certaine façon, commercialisés. Dans I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz rapporte un témoignage de son père critiquant le jeu médiocre de Duchamp aux échecs. Babitz était encore moins forte, ce qui l'a complexa une fois face à Duchamp. La photo, qui de par son originalité façonne son mythe, place les échecs purement dans une démarche artistique. On n'accorde plus aucune importance au jeu. Duchamp gagne chaque partie, et quand Eve veut continuer, elle est stoppée par Wasser qui a la photo qu'il était venu chercher.
Eve Babitz avoua que sa motivation à poser nue était plus une question d'orgueil suite à une non-invitation qu'une vraie conviction artistique, elle deviendra par la suite une écrivaine acclamée grâce à ses livres sur la culture de Los Angeles. Pour le grand public, elle restera principalement la femme nue des échecs de Duchamp. Cette photo bafoue l'intérêt objectif des échecs pour favoriser une mise en scène que chacun peut fantasmer à sa guise (pas forcément une mauvaise chose). Pour Duchamp, une photographie n'est pas une photographie, ni une partie d'échecs, ni un nu, c'est simplement de l'art. Sans vraiment toujours se poser la question de son sens.
“Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais, sur-le-champ, vous quitter la partie.”
💊 Cachez cet acronyme que je ne saurais lire
Comme vous l'avez tous déjà remarqué, cette lettre numérique porte en elle un acronyme tendancieux qui me permet de faire régulièrement des bonnes blagues de lourdo. En réalité, MDMA n'est pas un acronyme mais un sigle car il ne se prononce pas comme un mot mais s'épelle lettre après lettre (merci à la journaliste de 28 MinutesAlix Van Pée pour la précision utile). La création de cette lettre et de son sigle s'est accordée dans un timing impeccable avec un article de The Economist qui dézingue gentiment l'obsession française des acronymes, une abomination linguistique. "Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliquer, puis simplifier ensuite ?", se demande le chapô de l'article.
Comme rappelé par Alix Van Pée, l'Académie Française est elle aussi farouchement opposée à ces acronymes car elle défend l'idée qu'on parle pour être compris, et non pas pour aller le plus vite possible. L'écrivain Raymond Queneau s'était amusé dans les années 60 à jouer avec ces sigles. Il formait le mot "achélème" à partir de HLM, transformait gueule de bois en "gédébé", et qualifiait un employé de la RATP "d'ératépiste". D'autres poètes modernes ont intégré les sigles et acronymes dans leur textes pour constater qu’à l’instar des mecs de la B.A.C., ils n’ont pas fait la F.A.C.
Doit-on parler efficacement ou doit-on prendre notre temps pour être compris ? Ces deux questions ne sont pas opposées mais ici réside certainement la différence clé entre les boomers anglais et les destructeurs de mots français.
CQFD.
🇫🇷 Vogue Paris devient Vogue France
C'est certainement la meilleure actualité de la semaine dernière pour les amateurs de magazines. Vogue Paris devient Vogue France.
Si l'effet visuel est sincèrement louable, que le choix d'Aya Nakamura est un joli symbole, que les photos de Carlijn Jacobs sont splendides, que le stylisme de Gabriella Karefa Johnson est fondamental, le groupe Condé Nast (France) ne pouvait quand même pas se payer le luxe d'abandonner ses bons vieux putaclics. On ne fait pas aussi facilement table rase des "7 choses que l'on ignorait sur Nakamura", du "bracelet qu'Aya Nakamura ne quitte jamais", des "15 pièces mode pointues pour calquer le style d'Aya" (sérieux y'a un t-shirt Dior "J'<3 Paris" à 850€), ou, un petit dernier pour la route, des "9 indispensables beauté et lifestyle d'Aya".
Cependant, la fraicheur globale de ce nouveau Vogue est vraiment appréciable. Vogue prend comme tous les magazines le parti de se séparer doucement mais sûrement des éléments visuels détourés, disposés un peu partout sur les pages et que le texte vient épouser pour une mise en page plus minimaliste, qui se rapproche de ce que font depuis longtemps les magazines indépendants. Le premier Vogue France est un bel objet, un magazine à garder volontiers, assez loin des Unes standardisées aux titres encoreplusstandards de Vogue Paris.
Pour continuer la semaine sur une note excitante, je voulais vous partager un bon vieux live de rock des années 80. En 83 plus précisément, les Dire Straits jouent au Hammersmith Apollo de Londres et enregistrent dans le même temps un album live (il sera très célèbre). La vidéo que vous allez regarder est vraiment cool pour plusieurs raisons. Déjà, pour chiner les commentaires des vidéos YouTube dans lesquels on apprend parfois des anecdotes contextuelles assez cool sur les rockeurs de ces années-là. Ensuite, parce que ce que fait Mark Knopfler avec sa guitare pendant les dix minutes de Sultans of Swing est pornographique. En symbiose ultime avec sa Stratocasterrouge, il conclue une performance énorme du groupe d'un solo stratosphérique. La vidéo est cool car si Knopfler prend quasiment toute l'attention, les autres sont aussi impériaux, avec un Terry Williams littéralement en feu à la batterie. Vous pouvez retrouvez le concert entier sur vos Spotify/Deezer/LimeWire, et si vous voulez une autre prestation folle de Sultans of Swing, allez voir le solo de malade entre Knopfler et Eric Clapton pendant que Chris White les chauffe au saxophone.
Merci d'avoir lu la deuxième édition de "Missive du Monde Actuel", continuez à faire parvenir vos retours, commentaires et critiques qui m'aident réellement dans la rédaction de la lettre.
On se retrouve dès la semaine prochaine !
Matthieu
Hello, one and all! And thank you for not unsubscribing after the very first edition. This little intro lets me point out that, since becoming the head of a digital letter with almost 100 subscribers, I’ve actually realised that if you unsubscribe, I can totally put you right back on this newsletter’s mailing list. First, you won’t unsubscribe, because I’ve convinced myself you love reading this letter as much as I love writing it. Second, if you do unsubscribe, I will never put you back on it without your consent, because I am neither a horrible person with no morals nor Mark Zuckerberg. But at least now you know. With no real transition whatsoever, welcome to the second edition of MDMA.
♟️ Does the flesh make a great impression on your senses?
The scene is as startling as ever to look at. Marcel Duchamp, 76, facing Eve Babitz, 20. This is surely one of the most famous chess photos in history. The game, devilishly aesthetic, already showed up in Éclectique’s latest October inspiration spread™ via the sumptuous photo of Anatoly Karpov at the centre of a uniform crowd of young Russian communists at the 18th Komsomol Congress (1978). If this photo of our Dadaist friend and the young Californian writer, taken in 1963 by Julian Wasser (the photo was his idea, by the way, not Duchamp’s) in a Pasadena gallery, matters, it’s because it probably best captures what Duchamp’s spirit was all about. Everyone knows Duchamp for his urinal, a ready-made he put in a gallery and declared a work of art. While those objects built his fame, Duchamp quit art in 1923 to devote himself to chess. What he loved about it was that “chess cannot be commercialised.”
And there you have Duchamp’s cynicism in a nutshell. Some archive photos of BobbyFischer or BorisSpassky (to name just two) are wonderfully artistic. But they preserve the fantasy of purity that convinced Duchamp to devote himself to chess. With his 1963 photograph, Duchamp throws the door wide open to chess being, in a way, commercialised. In I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz recounts her father criticising Duchamp’s mediocre chess playing. Babitz was even worse, which made her self-conscious once she sat across from Duchamp. The photo, whose originality built its own myth, places chess purely within an artistic approach. The game itself no longer matters one bit. Duchamp wins every game, and when Eve wants to keep going, she’s stopped by Wasser, who has the shot he came for.
Eve Babitz admitted that her motivation for posing nude was more a matter of wounded pride after not being invited than any real artistic conviction; she would later become an acclaimed writer thanks to her books on Los Angeles culture. To the general public, she’ll mostly remain the naked woman from Duchamp’s chess game. This photo flouts the objective interest of chess in favour of a staging everyone can fantasise about as they please (not necessarily a bad thing). For Duchamp, a photograph isn’t a photograph, nor a game of chess, nor a nude; it’s simply art. Without always really asking what it means.
“Put a little modesty into your speech, Or I shall, this very instant, quit the game.”
💊 Cover up that acronym I cannot bear to read
As you’ve all already noticed, this digital letter carries a rather suggestive acronym that lets me regularly make terrible dad jokes. Actually, MDMA isn’t an acronym but an initialism, since it isn’t pronounced as a word but spelled out letter by letter (thanks to 28 Minutes journalist Alix Van Pée for the helpful clarification). The launch of this letter and its initialism lined up with impeccable timing with an article in The Economist that gently trashes the French obsession with acronyms, a linguistic abomination. “Why keep it simple when you can make it complicated, then simplify it afterwards?” asks the article’s standfirst.
As Alix Van Pée pointed out, the Académie Française is also fiercely opposed to these acronyms, as it champions the idea that we speak to be understood, not to get it over with as fast as possible. In the ’60s, the writer Raymond Queneau had fun playing with these initialisms. He coined the word “achélème” from HLM, turned gueule de bois into “gédébé,” and called a RATP employee an “ératépiste.” Other modern poets have worked initialisms and acronyms into their lyrics to observe that, just like the guys from the B.A.C., they never went to the F.A.C.
Should we speak efficiently, or should we take our time to be understood? The two questions aren’t opposed, but this is surely where the key difference lies between the English boomers and the French word-wreckers.
QED.
🇫🇷 Vogue Paris becomes Vogue France
This was surely last week’s best news for magazine lovers. Vogue Paris is becoming Vogue France.
While the visual impact is genuinely commendable, the choice of Aya Nakamura is a nice symbol, Carlijn Jacobs’s photos are stunning, and Gabriella Karefa Johnson’s styling is essential, Condé Nast (France) still couldn’t afford the luxury of giving up its good old clickbait. You don’t wipe the slate clean that easily of “7 things we didn’t know about Nakamura,” “the bracelet Aya Nakamura never takes off,” “15 cutting-edge fashion pieces to copy Aya’s style” (seriously, there’s a Dior “J'<3 Paris” T-shirt for €850), or, one more for the road, “Aya’s 9 beauty and lifestyle essentials.”
That said, the overall freshness of this new Vogue is really welcome. Like every magazine, Vogue is choosing to slowly but surely move away from cut-out visuals scattered all over the pages with text wrapped around them, in favour of a more minimalist layout, closer to what indie magazines have been doing for ages. The first Vogue France is a beautiful object, a magazine you’ll happily keep, quite far from the standardised covers with the evenmorestandard headlines of Vogue Paris.
To keep the week going on an exciting note, I wanted to share a good old ’80s rock live set with you. In ’83, to be exact, Dire Straits played the Hammersmith Apollo in London and recorded a live album at the same time (it would become very famous). The video you’re about to watch is really cool for several reasons. First, for digging through the YouTube comments, where you sometimes pick up pretty cool behind-the-scenes anecdotes about the rockers of that era. Second, because what Mark Knopfler does with his guitar during the ten minutes of Sultans of Swing is pornographic. In ultimate symbiosis with his red Stratocaster, he closes out a huge performance from the band with a stratospheric solo. The video is cool because, even though Knopfler grabs almost all the attention, the others are just as masterful, with Terry Williams literally on fire on drums. You can find the whole concert on your Spotify/Deezer/LimeWire, and if you want another insane performance of Sultans of Swing, go check out the crazy solo duel between Knopfler and Eric Clapton while Chris White fires them up on saxophone.
Thanks for reading the second edition of “Missive du Monde Actuel.” Keep sending in your feedback, comments and critiques; they genuinely help me write the letter.
杜尚的犬儒全在这里了。鲍比·菲舍尔或鲍里斯·斯帕斯基(仅举两例)的一些档案照片都极具艺术感。但它们保留了那种纯粹性的幻想,正是这种幻想说服了杜尚投身国际象棋。而通过1963年的这张照片,杜尚恰恰为国际象棋在某种意义上被商业化打开了大门。在I Was a Naked Pawn for Art(1991)里,巴比茨转述了她父亲的说法,批评杜尚棋艺平平。巴比茨下得更烂,一坐到杜尚对面就自卑起来。这张照片凭着自身的独特性造就了它的神话,把国际象棋完全放进了一种艺术姿态里。棋局本身已经无关紧要。杜尚每一局都赢,而当伊芙想继续下的时候,瓦瑟叫停了她——他已经拿到了他想要的照片。
大家肯定早就发现了,这封电子信的名字里藏着一个意有所指的缩写,让我能时不时抖几个烂梗。其实严格来说,MDMA不是首字母拼读词(acronyme),而是首字母缩写(sigle),因为它不是作为一个单词来读,而是一个字母一个字母地念(感谢《28 Minutes》的记者Alix Van Pée的实用指正)。这封信和它的缩写诞生的时机也是巧得完美,正好赶上《经济学人》的一篇文章,温柔地炮轰了法国人对缩写的执念——一种语言上的罪孽。“能简单的事为什么要简单做?不如先搞复杂,再来简化嘛。”文章导语如此发问。
正如Alix Van Pée所提醒的,法兰西学术院也坚决反对这些缩写,因为它坚持认为说话是为了让人听懂,而不是为了越快越好。作家雷蒙·格诺在60年代就玩过这些缩写的文字游戏。他用HLM拼出了“achélème”这个词,把gueule de bois (宿醉)变成“gédébé”,还把巴黎大众运输公司(RATP)的员工叫作“ératépiste”。另一些当代诗人也把首字母缩写写进自己的作品,结果发现,就像B.A.C.的那帮家伙一样,他们也没上过F.A.C.
为了让这一周在兴奋中继续,我想和大家分享一场八十年代的经典摇滚现场。准确地说是83年,恐怖海峡乐队(Dire Straits)在伦敦的汉默史密斯阿波罗剧院演出,同时录制了一张现场专辑(后来非常出名)。你们即将看到的这段视频真的很酷,原因有好几个。首先,可以去淘YouTube视频的评论区,有时能从里面挖到那个年代摇滚乐手们挺酷的背景轶事。其次,马克·诺弗勒在Sultans of Swing 那十分钟里用吉他干的事,简直色情。他和他那把红色Stratocaster人琴合一,用一段直冲平流层的solo为乐队这场炸裂的演出收尾。这段视频之所以酷,还因为虽然诺弗勒几乎抢走了全部注意力,其他成员也同样霸气,鼓手Terry Williams简直是在燃烧。整场演出可以在你们的Spotify/Deezer/LimeWire上找到。如果还想看另一场疯狂的Sultans of Swing,去看看诺弗勒和埃里克·克莱普顿之间那段疯魔的solo对飙,Chris White还在一旁吹着萨克斯给他们煽风点火。
Si vous connaissiez déjà Éclectique, bienvenue dans son extension la plus audacieuse à ce jour : une newsletter culturelle. Si vous ne connaissiez pas Éclectique, bienvenue dans la future meilleure lettre numérique du monde. Prenant sa principale inspiration dans le légendaire "Whole Earth Catalog" créé par Stewart Brand dans la Californie de la fin des années 60, et qui était selon Steve Jobs"internet avant internet", la newsletter sera une collection de tout ce que nous voudrions conseiller à nos amis. Quand elle ne sera pas consacrée à un invité, elle sera la plupart du temps écrite par moi, Matthäus, président délégué de l'entreprise médiatique internationale Éclectique Inc. Sa fréquence n'est pas encore précisément définie, mais elle sera au moins hebdomadaire.
En bref, Missive du Monde Actuel est une newsletter de recommandations et de ressources, par des gens éclectiques pour les lecteurs d'Éclectique.
La création de MDMA a été motivé par l'envie d'écrire plus librement à propos des sujets déjà couverts sur la page Instagram d'Éclectique tout en se séparant progressivement du monstre numérique créé par Kevin Systrom, et par l'idée hypothétique de faire percer Éclectique comme "influenceur culturel" et d'aspirer à terme à obtenir gratos des bouquins Taschen ou des pièces de créateurs. Autre aspect absolument clé : lorsqu'on écrit des posts sur Éclectique, on ouvre généralement une dizaine d'onglets sur lesquels on prend des notes infinies qu'il faut ensuite condenser difficilement pour répondre à la limite de 2 200 signes d'Instagram. Mais la plupart du temps, nous trouvons nos informations sur des sites, documentaires, films ou livres tellement mieux préparés que notre courte publication dédiée. Ici, nous pourrons tout sourcer, mettre les liens, vous donner envie d'aller plus loin.
Cette newsletter est aussi un excellent moyen de mieux vous connaitre ! J'ai créé Éclectique avec le fantasme de pouvoir échanger avec des gens curieux sur tous les sujets qu'Éclectique couvre. À une petite échelle, cet échange est exceptionnel, mais j'ai le regret de voir qu'Instagram favorise le modèle traditionnel vertical des médias. Le texte est publié, l'audience "aime", commente au mieux, mais l'interaction n'est pas favorisée. MDMA va se dédoubler dans un Discord où il sera possible d'échanger entre nous, d'organiser des débats impromptu, d'y mettre les ressources mentionnées ici.
Pour terminer cette longue introduction, j'espère enfin que vous aimerez ici découvrir des nouvelles personnes, ce qu'elles font et ce qu'elles aiment.
Pour commencer cette première édition de Missive du Monde Actuel sans vous donner l'impression d'avoir perdu votre temps, voici quelques trucs sympa à lire et à voir :
🪑 Le fauteuil Barcelona
Ce fauteuil à l'allure si particulière qui donne envie de s'y enfoncer avec un magazine à la main est connu pour être l'oeuvre de l'architecte allemand dont on ne sait jamais où commence le nom de famille : Ludwig Mies van der Rohe.
Créé en 1929, le fauteuil est à la base une commande du pavillon allemand pour l'Exposition Universelle de Barcelone ayant eu lieu la même année. Le pavillon lui-même avait été conçu par MvdR (le bâtiment est déjà dingue en soi, surtout pour une construction de 1929) mais l'architecte allemand avait souhaité également imaginé des éléments intérieur qui trôneraient en harmonie avec l'édifice extérieur. Le chassis, soudé et limé à la main laisse filer des courbes aussi fines que solides soutenant un siège en cuir impeccable, soutenu par des sangles quasi-invisibles. Le relief de la structure s'installe dans un cube virtuel et chaque élément possède une fonction qui se complète avec les autres. La commercialisation de ce fauteuil ne sera pas longue, mais reprendra tout de même en 1948 grâce à l'entreprise Knoll (pionniers du corporate design).
Ce qui est clé, c'est de noter que MvdR avait designé ce fauteuil avec sa compagne Lilly Reich, figure de l'ombre à qui l'architecte doit énormément. "Derrière chaque homme se cache une grande femme". Voilà ce que j'aurais écrit si j'étais complètement demeuré, mais Lilly Reich était simplement une grande femme sans son homme, une femme qui incarnait pleinement un Bauhaus à la direction masculine. Le duo de YouTubers de la chaine "Scandinavian Design 101" a consacré un épisode à cette femme majeure du design moderniste.
Comme tout bon architecte bienpensant de l'époque, Mies van der Rohe souhaitait ses designs peu chers et accessibles à tous. Or, le fauteuil Barcelona est construit avec des matériaux assez onéreux, et le mythe (et son apparition dans James Bond ?) que le fauteuil a provoqué a fait explosé sa valeur. Dommage !
Si le fauteuil vous plait, regardez donc ce documentaire Arte
🙈 Préliminaires
C'est Arte, donc c'est bien, évidemment. Mais plus sérieusement, je vous invite à aller voir ce documentaire qui est un peu passé hors des radars médiatiques et qui évoque, à travers la parole crue et sincère d'adolescents et de jeunes adultes, les préliminaires. On y parle de l'acte sexuel, mais aussi du symbole, de la représentation sociale des préliminaires et de la pression qu'on peut ressentir pour passer à l'acte. Les femmes y parlent du regard des "garçons", et les garçons y parlent du regard des "garçons". On y parle des nudes, et là aussi de la pression. De l'excitation plombée par la peur de voir ses photos tourner. On y parle des rapports de forces entre les sexes, à travers le sexe. On y parle, aussi et surtout, de consentement et de viol. C'est un documentaire utile où nous pourrons tous se reconnaitre, et apprendre sur les autres. C'est bien là l'essentiel.
🚬 QUI A FAIT ÇA ?!
Voilà une séquence, un véritable BI-JOU, qui lors de sa découverte impromptue dans une errance numérique pendant un cours a déclenché un fou rire impossible à dissimuler.
Cette séquence, c’est l’œuvre du roi Patrick Sébastien dans son émission “Sebastien c’est Fou”. En 1988, il fait venir les Petits Chanteurs d’Asnières pour un hommage à Gainsbarre avec une reprise de “Je suis venu te dire que je m'en vais” rebaptisé en “On est venu te dire qu’on t’aime bien”. Au-delà des jolies paroles et de la mélodieuse interprétation des jeunes chanteurs, les enfants sont littéralement déguisés en Gainsbourg. Gitane et verre de Whisky à la main, la séquence et la tête d’un Gainsbourg arraché est mythique.
Gainsbourg disait à Sébastien que “ça allait le faire chialer”, ce fut littéralement le cas pour moi.
Inspiration du jour : les peintures de Seth Armstrong
Voilà pour cette première lettre. J'espère vous voir dans les commentaires pour débattre d'autre chose que de Zemmour et du pass. N'hésitez surtout pas à m'écrire vos retours sur cette nouvelle initiative. Aussi, n'hésitez pas à partager un max si vous pensez que cette lettre peut intéresser vos amis.
À très vite !
Matthieu
If you already knew Éclectique, welcome to its boldest spin-off yet: a culture newsletter. If you didn’t know Éclectique, welcome to what will soon be the best digital letter in the world. Taking its main inspiration from the legendary “Whole Earth Catalog,” created by Stewart Brand in late-’60s California and described by Steve Jobs as “the internet before the internet,” this newsletter will be a collection of everything we’d want to recommend to our friends. When it isn’t handed over to a guest, it will mostly be written by me, Matthäus, deputy president of the international media company Éclectique Inc. How often it comes out hasn’t been pinned down yet, but it will be at least weekly.
In short, Missive du Monde Actuel is a newsletter of recommendations and resources, by eclectic people for Éclectique’s readers.
MDMA was born out of a desire to write more freely about the topics already covered on Éclectique’s Instagram page while gradually breaking away from the digital monster created by Kevin Systrom, and out of the hypothetical idea of making Éclectique blow up as a “cultural influencer” and eventually getting free Taschen books or designer pieces. Another absolutely key point: when we write posts for Éclectique, we usually open a dozen tabs and take endless notes, which then have to be painfully condensed to fit Instagram’s 2,200-character limit. But most of the time, we find our information on websites, documentaries, films or books that are so much better put together than our short little post. Here, we can source everything, drop in the links, and make you want to dig deeper.
This newsletter is also a great way to get to know you better! I created Éclectique with the fantasy of being able to chat with curious people about all the subjects Éclectique covers. On a small scale, that exchange has been exceptional, but I’m sorry to see that Instagram favours the traditional top-down media model. The text gets published, the audience “likes” it, comments at best, but interaction isn’t encouraged. MDMA will get a twin on Discord, where we’ll be able to talk among ourselves, hold impromptu debates, and put up the resources mentioned here.
To wrap up this long introduction, I hope, finally, that you’ll enjoy discovering new people here, what they do and what they love.
To kick off this first edition of Missive du Monde Actuel without making you feel like you’ve wasted your time, here are a few nice things to read and watch:
🪑 The Barcelona chair
This chair, with its one-of-a-kind look that makes you want to sink into it with a magazine in hand, is known as the work of the German architect whose surname nobody ever knows where it starts: Ludwig Mies van der Rohe.
Created in 1929, the chair was originally commissioned for the German pavilion at the Barcelona International Exposition held that same year. The pavilion itself was designed by MvdR (the building is already insane in its own right, especially for something built in 1929), but the German architect also wanted to dream up interior pieces that would sit in harmony with the building’s exterior. The frame, welded and hand-filed, sends out curves as slender as they are sturdy, holding up an impeccable leather seat supported by almost invisible straps. The structure’s contours fit inside a virtual cube, and every element has a function that complements the others. The chair didn’t stay on the market for long, but production picked up again in 1948 thanks to Knoll (pioneers of corporate design).
The key thing to note is that MvdR designed this chair with his partner Lilly Reich, a figure in the shadows to whom the architect owes an enormous amount. “Behind every great man there’s a great woman.” That’s what I would have written if I were a complete moron, but Lilly Reich was simply a great woman without her man, a woman who fully embodied a Bauhaus run by men. The YouTuber duo behind the channel “Scandinavian Design 101” devoted an episode to this major woman of modernist design.
Like any good right-thinking architect of the time, Mies van der Rohe wanted his designs to be cheap and accessible to all. Except the Barcelona chair is made of fairly pricey materials, and the myth the chair spawned (along with its appearance in James Bond?) sent its value through the roof. Too bad!
If you like the chair, go watch this Arte documentary
🙈 Foreplay
It’s Arte, so it’s good, obviously. But more seriously, I urge you to go watch this documentary, which flew a bit under the media radar and which explores foreplay through the raw, honest words of teenagers and young adults. It talks about the sexual act, but also about the symbolism, the social representation of foreplay and the pressure you can feel to go all the way. The women talk about how “the boys” look at them, and the boys talk about how “the boys” look at them. It talks about nudes, and there too about pressure. About excitement dampened by the fear of seeing your photos passed around. It talks about power dynamics between the sexes, through sex. It talks, also and above all, about consent and rape. It’s a useful documentary in which we can all recognise ourselves and learn about others. And that’s really what matters.
🚬 WHO DID THIS?!
Here’s a clip, an absolute GEM, which, when I stumbled upon it while wandering around the internet during a class, set off a fit of giggles I could not hide.
This clip is the work of the king himself, Patrick Sébastien, on his show “Sebastien c’est Fou.” In 1988, he brought in the Petits Chanteurs d’Asnières for a tribute to Gainsbarre with a cover of “Je suis venu te dire que je m’en vais,” renamed “On est venu te dire qu’on t’aime bien.” Beyond the sweet lyrics and the young singers’ melodious performance, the kids are literally dressed up as Gainsbourg. Gitanes and glass of whisky in hand, the clip, and the face of a wasted Gainsbourg, are legendary.
Gainsbourg told Sébastien that “it was going to make him bawl”; that was literally the case for me.
Inspiration of the day: Seth Armstrong’s paintings
Those of you who follow Éclectique on Instagram have already had a taste of the visual treat that is Seth Armstrong’s paintings. You’ll find his entire body of work here.
That’s it for this first letter. I hope to see you in the comments to debate something other than Zemmour and the health pass. Please don’t hesitate to write to me with your feedback on this new venture. And feel free to share it as much as you can if you think this letter might interest your friends.
这段视频出自帕特里克·塞巴斯蒂安大帝之手,来自他的节目《Sébastien c’est Fou》。1988年,他请来阿涅尔小歌手合唱团向Gainsbarre致敬,翻唱了《Je suis venu te dire que je m'en vais》,改名为《On est venu te dire qu’on t’aime bien》(我们来告诉你,我们挺喜欢你)。除了可爱的歌词和小歌手们悠扬的演唱,孩子们还真的一个个打扮成了甘斯布的样子:手夹Gitane香烟、举着威士忌杯。这段视频,再加上甘斯布那张被戳中的脸,简直封神。