←

mdma

Les archives de la Missive du Monde Actuel.
Une lettre numérique de ressources et de recommandations.

The archives of the Missive du Monde Actuel.
A digital letter of resources and recommendations.

Missive du Monde Actuel 往期存档。
一封分享资源与推荐的数字来信。

MDMA 0009 · ·original ↗

in memoriam : Substack

in memoriam: Substack

in memoriam:Substack

La phrase suivante, profondément performative (c’est l’époque), correspond à l’état du moment : Annie Ernaux m’a redonné l’envie d’écrire. « De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R., les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur. » Ainsi Annie Ernaux présente-t-elle son Journal du dehors (1993), qui à mes yeux correspond à la forme la plus pure de l’écriture. Écrire pour témoigner sa curiosité, écrire pour observer, vivre et se rappeler.

J’ai transmis ce Journal du dehors à Leïla, persuadé qu’il inspirerait des sujets et des écrits futurs du magazine pour lequel nous travaillons (je crois que ça lui a plu). Aux dernières nouvelles, il est actuellement entre les mains de Coline, à qui Leïla a pris l’initiative de le prêter. Tant mieux, je souhaite à ce livre de connaître une infinité de tables basses.

Ces lettres reprennent enfin ce premier dimanche de février, alors que l’OM vient d’achever l’une des pires semaines de mon histoire de supporter, que le rêve de Novak Djokovic était un peu trop grand à Melbourne et que, pour une fois, je ne termine pas ma semaine sur les Reels algorithmés d’Instagram. À la Nouvelle Étoile, lieu de confort de la rue des Pyrénées, dans le 20e arrondissement de Paris, MDMA revient pour la neuvième fois.

PSA : Substack est mort

Les huit premières éditions de la Missive du Monde Actuel ont été publiées sur Substack, à qui nous disons ce soir au revoir. Suivant l’exemple historique d’Opulent Tips, newsletter rédigée par la visionnaire Rachel Tashjian, MDMA s’émancipe enfin de Substack pour devenir une publication libre.

Dans un essai écrit pour System Magazine en 2022, Rachel Tashjian expliquait les raisons de la création de sa newsletter mode Opulent Tips. En marge de la vague massive de journalistes qui martelaient fièrement « je viens de faire un Substack ! », celle qui est désormais la Madame Mode de CNN (après l’avoir été successivement chez GQ, Harper’s Bazaar et au Washington Post) avait privilégié l’artisanat d’une newsletter privée envoyée en entrant chaque destinataire à la main en Cci, gardant dans le même temps sa liberté de prose et son travail à GQ.

« Les articles sur la mode sont aujourd'hui souvent empreints d'excuses ou d'équivoques, et les jeunes ont rarement suffisamment accès à l'information ou suffisamment confiance en eux pour écrire avec autorité et panache. »

Rachel Tashjian, System Magazine 19

Rachel est un exemple rare, dans l’océan de Substack qui a inondé les boîtes mails ces cinq dernières années. Notre génération voit émerger de plus en plus de journalistes qui sont devenus leur propre média et qui, par conséquent, ont pu monétiser leur image personnelle, délaissant l’industrie délicate du journalisme et ses conditions de travail précaires.

Dans Médianes, Marine Slavitch décrit la désillusion du rêve d’émancipation incarné par la plateforme. Elle analyse : « son modèle économique inégalitaire » ; « le marketing externalisé » ; « le manque de protection sociale » ; « son infrastructure propriétaire » ; sa modération douteuse.

Aussi, Substack n’est pas réellement si différent d’Instagram, X ou TikTok et a même complètement pris le virage de leur ressembler. Flux vidéo vertical, Substack Notes, posts et stories. Sur téléphone, le scroll de Substack ressemble à n’importe quel feed de ses cousins numériques.

Enfin, pas plus tard que cette semaine, le CEO de Substack, Chris Best, a annoncé l’arrivée d’une application permettant aux « créateurs de newsletters de proposer désormais des vidéos et des diffusions en direct à leurs abonnés via Apple TV et Google TV ».

Analyse MF™ pour mes premiers lecteurs ici : je pense désormais que les pages Instagram à succès vont progressivement migrer vers Substack pour y trouver l’Eldorado d’une audience « plus qualitative », s’extirper de l’océan rempli de comptes similaires sur leurs plateformes d’origine, tout en produisant le même contenu, à l’exception peut-être de quelques paragraphes de plus.

Substack a hautement bénéficié de la lassitude progressive de notre génération pour les réseaux sociaux. Comme l’explique Alexandra Klinnik dans un article dédié, le « désengagement progressif des réseaux sociaux » a favorisé ce « repli vers des formats plus fermés ». Qu’en est-il lorsque la plateforme de l'émancipation devient une pâle imitation des réseaux sociaux dont elle devait nous libérer ?

Substack conserve toutefois quelques esprits respectables qui n’incarnent pas nécessairement une mission stratégique de capitalisation des mots, à l’instar de Constance Dovergne et sa Carte Blanche (qui semble aussi progressivement s'éloigner de Substack), Delia Cai et Deez Links que je lirai éternellement, Blackbird Spyplane, Links I Would Gchat You If We Were Friends, Magasin de Laura Reilly, la génialissime Snake de Sami Reiss, l’incontournable Shit You Should Care About.

Mention affective aux Substacks de Temalapaire et de mon collègue Paul Vernet chez Views avec son Cheval de Bataille. Autant de liens que de bonnes newsletters.

OG de la newsletter, l’ancien journaliste de The Verge Casey Newton a abandonné Substack à la fin de l’année 2024 pour publier sa lettre Platformer depuis Ghost, CMS open source également utilisé par Médianes pour son offre d’accompagnement à la création de newsletters indépendantes. Newton cite, parmi les raisons de son exil, l’absence de réponse à une lettre, Substackers Against Nazis, co-signée par 247 auteurs de la plateforme.

L’idée n’étant pas ici nécessairement d’entrer dans une analyse approfondie de pourquoi vous devriez détester Substack, je vous invite à lire :

J’ai contemplé l’idée d’imiter Newton et de basculer MDMA sur Ghost, mais cette newsletter n’ayant jamais été imaginée avec une perspective mercantile, autant rester aussi libre et naïf que possible.

L’exemple de Rachel Tashjian correspond certes à quelqu’un de suffisamment installé dans le paradigme médiatique pour se permettre des fantaisies littéraires numériques sur la mode, mais il incarne surtout la beauté de ce qu’est vraiment une lettre : l’écrit sincère adressé personnellement à quelqu'un, sans questionnement tiers de ce que la démarche peut apporter à son auteur.

Les archives de cette newsletter seront regroupées sous la forme de Google Documents. Comme le dit la chercheuse et designeuse Mindy Seu dans le prochain numéro de Views Magazine, « tous les chemins mènent à Google Sheets », où seront rassemblées les archives de MDMA.

Concentrez-vous !

Étude cette semaine dans The Atlantic qui constate que les étudiants en cinéma n’arrivent plus à se concentrer sur la durée entière d’un film. « La crise de l'attention ne se limite pas à l'écrit », relate l’article qui se base sur les observations de vingt professeurs de cinéma répartis aux États-Unis, dont certains expliquent qu’il est désormais une épreuve laborieuse pour un étudiant de traverser un film sans regarder son téléphone. Une quantité croissante d’étudiants rejette l’idée des projections en présentiel au profit de devoirs à la maison, pour ainsi streamer depuis leur chambre universitaire. La salle de cinéma du campus est désormais perçue comme une contrainte.

« Les étudiants qui arrivent aujourd'hui à l'université n'ont aucun souvenir d'un monde avant le défilement infini. À l'adolescence, ils passaient près de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, consacrant une grande partie de ce temps à passer d'une courte vidéo à l'autre. »

Les professeurs ne blâment pas ces étudiants, mais l’évolution d’un monde numérique qui heurte considérablement notre capacité à rester attentif aux longs formats.

Horowitch, R. (2026, 30 janvier). The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films. The Atlantic.

Quelques ressources plus ou moins intéressantes :

  • « Pour sauvegarder, prenez une capture d’écran. »

Enfin, quittons-nous sur cette belle œuvre, dont mon oncle professeur d’arts plastiques Vincent dit « qu’elle semble être du Magritte avant Magritte », découverte lors d’une visite « speedrun » au Musée van Gogh d’Amsterdam.

Degouve de Nuncques, William. Lake Como. 1897, pastel sur papier sur carton, 111,3 cm x 151,5 cm, Musée Van Gogh, Amsterdam.

Description du tableau : Pelsers, L. (2012, 30 juin). Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum.

À bientôt !

The following sentence, deeply performative (sign of the times), sums up where I’m at right now: Annie Ernaux made me want to write again. “From 1985 to 1992, I transcribed scenes and words caught on the R.E.R., in hypermarkets, in the shopping centre of the New Town where I live. I think I wanted to hold on to something of the era, and of the people we cross paths with just once, whose existence passes through us, stirring up unease, anger or pain.” That’s how Annie Ernaux introduces her Exteriors (1993), which to my mind is writing in its purest form. Writing to bear witness to your curiosity, writing to observe, to live and to remember.

I passed my copy of Exteriors on to Leïla, convinced it would inspire future stories and pieces for the magazine we work for (I think she liked it). Last I heard, it’s now in Coline’s hands, since Leïla took it upon herself to lend it to her. All the better: I wish this book an infinity of coffee tables.

These letters are finally back this first Sunday of February, as OM wraps up one of the worst weeks in my entire history as a fan, as Novak Djokovic’s dream turned out to be a little too big for Melbourne, and as, for once, I’m not ending my week on Instagram’s algorithm-fed Reels. From La Nouvelle Étoile, my comfort spot on rue des Pyrénées in Paris’s 20th arrondissement, MDMA returns for the ninth time.

PSA: Substack is dead

The first eight editions of the Missive du Monde Actuel were published on Substack, to which we say goodbye tonight. Following the historic example of Opulent Tips, the newsletter written by the visionary Rachel Tashjian, MDMA is finally breaking free of Substack to become an independent publication.

In an essay written for System Magazine in 2022, Rachel Tashjian explained why she created her fashion newsletter Opulent Tips. Steering clear of the huge wave of journalists proudly hammering out “I just started a Substack!”, the woman who is now CNN’s Madame Fashion (after holding that title in turn at GQ, Harper’s Bazaar and the Washington Post) opted for the craft of a private newsletter, sent by entering every recipient by hand in Bcc, all while keeping both her freedom of prose and her job at GQ.

“Fashion writing today is often steeped in apology or equivocation, and young people rarely have enough access to information, or enough confidence, to write with authority and panache.”

Rachel Tashjian, System Magazine 19

Rachel is a rare example in the ocean of Substacks that has flooded our inboxes over the past five years. Our generation is watching more and more journalists become their own media outlets and, as a result, monetise their personal brand, leaving behind the fragile journalism industry and its precarious working conditions.

In Médianes, Marine Slavitch describes the disillusionment with the dream of emancipation the platform embodied. She breaks down: “its unequal business model”; “outsourced marketing”; “the lack of social protection”; “its proprietary infrastructure”; its dubious moderation.

Also, Substack really isn’t all that different from Instagram, X or TikTok, and has in fact gone all in on looking just like them. Vertical video feed, Substack Notes, posts and stories. On your phone, scrolling Substack feels like scrolling any feed from its digital cousins.

And finally, just this week, Substack CEO Chris Best announced the launch of an app allowing “newsletter creators to now offer videos and livestreams to their subscribers via Apple TV and Google TV.”

MF™ analysis for my early readers here: I now think successful Instagram pages are going to gradually migrate to Substack in search of the El Dorado of a “higher-quality” audience, escaping the ocean of lookalike accounts on their home platforms while producing the exact same content, give or take a few extra paragraphs.

Substack has benefited hugely from our generation’s growing fatigue with social media. As Alexandra Klinnik explains in a dedicated article, the “gradual disengagement from social media” fuelled this “retreat towards more closed formats.” So what happens when the platform of emancipation becomes a pale imitation of the very social networks it was supposed to free us from?

Substack does still host a few respectable minds who don’t necessarily embody a strategic mission to cash in on words, like Constance Dovergne and her Carte Blanche (which also seems to be slowly drifting away from Substack), Delia Cai and Deez Links, which I will read forever, Blackbird Spyplane, Links I Would Gchat You If We Were Friends, Laura Reilly’s Magasin, Sami Reiss’s brilliant-beyond-words Snake, and the essential Shit You Should Care About.

Fond shout-out to the Substacks of Temalapaire and of my colleague Paul Vernet at Views with his Cheval de Bataille. As many links as there are good newsletters.

Newsletter OG and former The Verge journalist Casey Newton ditched Substack at the end of 2024 to publish his letter Platformer on Ghost, an open-source CMS also used by Médianes for its programme supporting the creation of independent newsletters. Among the reasons for his exile, Newton cites the lack of any response to a letter, Substackers Against Nazis, co-signed by 247 of the platform’s writers.

Since the point here isn’t necessarily to launch into an in-depth analysis of why you should hate Substack, I invite you to read:

I toyed with the idea of copying Newton and moving MDMA over to Ghost, but since this newsletter was never conceived with any commercial ambitions, I might as well stay as free and naive as possible.

Sure, Rachel Tashjian is someone established enough in the media landscape to afford herself digital literary flights of fancy about fashion, but above all her example embodies the beauty of what a letter truly is: sincere writing addressed personally to someone, without a second thought about what the exercise might bring its author.

The archives of this newsletter will be gathered as Google Docs. As researcher and designer Mindy Seu puts it in the next issue of Views Magazine, “all roads lead to Google Sheets,” which is where the MDMA archives will live.

Focus, people!

A study this week in The Atlantic finds that film students can no longer stay focused for the full length of a movie. “The attention crisis isn’t limited to the written word,” reports the piece, which draws on the observations of twenty film professors across the United States, some of whom explain that getting through a film without checking their phone has become a painful ordeal for students. A growing number of students reject the idea of in-person screenings in favour of watching as homework, so they can stream from their dorm rooms. The campus cinema is now seen as a chore.

“Students arriving at college today have no memory of a world before infinite scroll. As teenagers, they spent nearly five hours a day on social media, much of that time flicking from one short video to the next.”

The professors don’t blame these students, but rather the evolution of a digital world that is seriously damaging our ability to stay focused on long formats.

Horowitch, R. (2026, January 30). The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films. The Atlantic.

A few more-or-less interesting resources:

  • “To save, take a screenshot.”

Finally, let’s part ways on this beautiful work, which my uncle Vincent, an art teacher, says “looks like Magritte before Magritte,” discovered during a “speedrun” visit to the Van Gogh Museum in Amsterdam.

Degouve de Nuncques, William. Lake Como. 1897, pastel on paper on cardboard, 111.3 cm x 151.5 cm, Van Gogh Museum, Amsterdam.

Painting description: Pelsers, L. (2012, June 30). Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum.

See you soon!

接下来这句话极其“表演性”(时代如此嘛),但它就是我此刻的状态:安妮·埃尔诺让我重新有了写作的冲动。“从1985年到1992年,我记录下一些场景和话语,它们捕捉自RER快铁、大型超市、我所居住的新城的购物中心。我想,我是想借此留住这个时代的某些东西,留住那些只擦肩而过一次的人——他们的存在穿过我们,引发困惑、愤怒或痛苦。”安妮·埃尔诺就是这样介绍她的《外部日记》(1993)的。在我看来,这就是最纯粹的写作形式。为表达好奇而写,为观察、为生活、为记住而写。

我把这本《外部日记》转交给了Leïla,坚信它能为我们供职的这本杂志激发未来的选题和文章(我觉得她挺喜欢的)。最新消息是,它现在在Coline手上——Leïla自作主张借给了她。太好了,我祝这本书能躺遍无数张茶几。

这些信终于在二月的第一个星期天重新启程。此时,马赛奥林匹克刚刚度过了我球迷生涯里最糟糕的一周之一,德约科维奇在墨尔本的梦想有点太大了,而我也难得没有在Instagram被算法投喂的Reels里结束这一周。在巴黎二十区比利牛斯街上那个让人安心的角落——Nouvelle Étoile,MDMA第九次回归。

公告:Substack已死

Missive du Monde Actuel的前八期都发布在Substack上,今晚我们要和它说再见了。追随Opulent Tips——由极具远见的Rachel Tashjian执笔的newsletter——这一历史性先例,MDMA终于挣脱Substack,成为一份自由的出版物。

2022年,Rachel Tashjian在一篇写给System Magazine的文章里,讲述了她创办时尚newsletterOpulent Tips的缘由。当一大波记者骄傲地高喊“我刚开了个Substack!”的时候,这位如今的CNN“时尚女士”(此前她先后在GQ、Harper’s Bazaar和《华盛顿邮报》担任同样的角色)偏偏选择了手工作坊式的私人newsletter:每一位收件人都由她亲手输入到密送栏里,同时还保住了她的文字自由和在GQ的工作。

“如今关于时尚的文章常常带着歉意或含糊其辞,而年轻人也很少能获得足够的信息,或者拥有足够的自信,去写得权威又漂亮。”

Rachel Tashjian,System Magazine第19期

在过去五年淹没各大邮箱的Substack汪洋里,Rachel是个难得的榜样。我们这一代人眼看着越来越多记者把自己活成了一家媒体,也因此得以把个人形象变现,远离脆弱的新闻行业和它朝不保夕的工作条件。

在Médianes上,Marine Slavitch描写了这个平台所承载的独立之梦如何幻灭。她逐一分析:“不平等的经济模式”;“外包的营销”;“社会保障的缺失”;“私有的基础设施”;以及可疑的内容审核。

而且,Substack其实和Instagram、X或TikTok并没有那么不同,甚至已经彻底转向、越长越像它们了。竖屏视频流、Substack Notes、帖子和快拍。在手机上刷Substack,和刷它那些数字表亲的任何一个feed没什么两样。

最后,就在这周,Substack的CEO Chris Best宣布推出一款应用,让“newsletter创作者今后可以通过Apple TV和Google TV向订阅者提供视频和直播”。

MF™独家分析,献给我的首批读者:我现在认为,那些爆火的Instagram账号会逐渐迁移到Substack,去寻找“更有质量”的受众这座黄金国,逃离原平台上满是同类账号的汪洋——同时继续生产一模一样的内容,顶多多写几段而已。

Substack从我们这代人对社交网络日渐厌倦中捞到了大把好处。正如Alexandra Klinnik在一篇专题文章中所解释的,“对社交网络的逐渐疏离”助推了这种“向更封闭形式的退守”。可当这个承诺解放我们的平台,自己变成了它本该帮我们逃离的社交网络的拙劣仿品,又该怎么办?

不过,Substack上仍留着一些值得尊敬的灵魂,他们未必肩负着把文字资本化的战略使命:比如Constance Dovergne和她的Carte Blanche(它似乎也在慢慢远离Substack),Delia Cai和她那份我会永远读下去的Deez Links,Blackbird Spyplane,Links I Would Gchat You If We Were Friends,Laura Reilly的Magasin,Sami Reiss那份天才到不行的Snake,还有绕不开的Shit You Should Care About。

再深情点名两个Substack:Temalapaire,以及Paul Vernet——我在Views的同事——的Cheval de Bataille。有多少链接,就有多少好newsletter。

作为newsletter界的OG,The Verge前记者Casey Newton在2024年底抛弃了Substack,他的newsletterPlatformer从此改在Ghost上发布。Ghost是一个开源CMS,也被Médianes用于它扶持独立newsletter创建的项目。在出走的理由里,Newton提到了一封始终没有得到回应的公开信——由平台上247位作者联署的Substackers Against Nazis。

这里我并不打算深入分析你为什么应该讨厌Substack,推荐大家读读这些:

我也琢磨过要不要效仿Newton,把MDMA搬到Ghost上。但这份newsletter从一开始就没打算赚钱,那还不如尽可能保持自由和天真。

诚然,Rachel Tashjian这个例子,说的是一个在媒体格局里站得足够稳、稳到可以在数字世界里玩一玩时尚文学小情调的人;但它首先体现的,是一封信真正的美:一份真诚的文字,亲自写给某个人,不去掂量这件事能给作者带来什么。

这份newsletter的存档将以Google文档的形式汇总。正如研究者兼设计师Mindy Seu在下一期Views Magazine里所说:“条条大路通Google Sheets”——MDMA的存档也将汇集在那里。

集中注意力!

本周The Atlantic上有一篇调查发现,电影专业的学生已经没法专注地看完一整部电影了。“注意力危机不只存在于阅读之中”,文章写道。它基于分布在全美各地的二十位电影教授的观察,其中一些人表示,如今对学生来说,不看手机看完一部电影已经成了一场艰苦的考验。越来越多的学生拒绝线下放映,更想把观影当成课后作业,好在宿舍里用流媒体看。校园影厅如今被视为一种负担。

“如今进入大学的学生,对无限滚动出现之前的世界毫无记忆。青少年时期,他们每天在社交网络上花将近五个小时,其中大部分时间都在一条短视频和下一条短视频之间来回划。”

教授们并不责怪这些学生,而是归咎于数字世界的演变——它极大地伤害了我们对长篇内容保持专注的能力。

Horowitch, R.(2026年1月30日)。The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films。The Atlantic。

一些或多或少有点意思的资源:

  • “如需保存,请截图。”

最后,就让我们以这幅美丽的作品作别吧。我那位教造型艺术的舅舅Vincent说它“像是马格利特之前的马格利特”。这是我在阿姆斯特丹梵高博物馆一次“速通”式参观中偶然发现的。

Degouve de Nuncques, William. Lake Como。1897年,纸本粉彩裱于纸板,111.3 cm × 151.5 cm,梵高博物馆,阿姆斯特丹。

画作描述:Pelsers, L.(2012年6月30日)。Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum。

回头见!

MDMA 0008 · ·Substack ↗

nardwuar, chambondondisonbondibondon

Réveille-toi chérie un nouvel épisode de Nardwuar est tombé. Joyeux Noël à ceux d’entre vous qui l’ont fêté !! La huitième édition de MDMA devait initialement être consacrée à Vogue et une longue exploration de ses éditions internationales, mais certaines actus ont déjà périmé alors je me suis concentré sur la bombe culturelle d’hier. À l’année prochaine Vogue.

Tournons-nous ensemble vers le présent et cette étape de la majestueuse tournée presse de Timothée Chalamet pour son biopic de Bob Dylan. Bienvenue dans la huitième édition de Missive du Monde Actuel.

🎤 Nardwuar vs. Timothée Chalamet

Quelques jours après son interview de Doechii, Nardwuar est resté en Californie pour interviewer Timothée Chalamet dans le cadre de sa promotion pour le film A Complete Unknown, dans lequel il incarne le rôle de Bob Dylan. Né à la fin des années 60, Nardwuar the Human Serviette est un musicien du groupe “Evaporators” ainsi qu’un journaliste qui commence sa carrière avec des interviews de politiques de passage dans son Canada natal.

Si son béret, ses chemises audacieuses et ses courses désespérées derrière Lil Uzi Vert et Playboi Carti font de lui un personnage loufoque, Nardwuar est un journaliste bluffant. “C'est l'une des interviews les plus impressionnantes que j'ai jamais vécues de ma vie. Sérieusement,” confie Pharrell Williams à l’issue d’un échange au cours duquel le journaliste canadien mentionne “Rump Shaker”, le tout premier morceau enregistré auquel Pharrell a contribué. Son compatriote Drake dira aussi de son interview avec lui qu’elle est la meilleure qu’il a jamais faite.

Dans ses interviews, Nardwuar initie des phrases que ses invités complètent, bien souvent hilares. “J’ai un cadeau pour toi !” est devenu sa signature. Grâce à une veille folle, il offre des livres, vinyles, CDs ou objets si rares qu’ils éblouissent encore plus les artistes à qui il s’adresse. Ainsi, il crée une complicité unique avec eux, avec une bonhomie amplifiée par son extrême crédibilité. Ce lien brise alors tous les garde-fous minutieux de ces artistes ultra-protégés que sont les agents, RP, labels et entourage, et lui permet dans la plupart des cas d’aborder l’intimité de ses invités sans que l’intention ne paraisse malsaine.

Revenons à Timothée Chalamet ! Du point de vue d’un amateur de notre bonne vieille Ligue 1 McDonald’s, même s’il est de coutume que Chalamet parle de son amour pour Saint-Étienne, il était toutefois particulièrement surprenant de voir Dimitri Payet, Bafé Gomis ou Willy Sagnol être namedroppés au micro de Nardwuar au beau milieu de Record Surplus, une boutique californienne de vieux vinyles.

En 2017, Chalamet avait parlé de Nardwuar lors d’une interview avec le célèbre critique cinéma Peter Travers consacrée à Call Me By Your Name, décrivant “ce gars, qui fait remonter des trucs du passé de ses invités, qui réagissent toujours en mode : “wow, d’où t’as sorti ça ??””. Full circle moment, comme dirait @filmstvculture sur X.

📚 Le Masque et la Plume

Je ne sais pas comment je suis tombé là-dessus, mais quelle découverte ! Sur Tumblr, le lieu de toute la culture que j’aime, la page Cinematic Literature est une merveille ! En gros, la page recueille toutes les occurrences de livres dans des films. À chaque fois, la capture d’écran du film est accompagné du film en question, mais aussi du titre de l’ouvrage et de son année de publication.

Donc si vous voyez un livre dans un film, que vous n’arrivez pas à identifier exactement, il y a une chance substantielle que Cinematic Literature puisse vous aider.

🗑️ Poubelle médiatique

Il y a quelques mois, j’ai vu passer un tweet plutôt cool sur des visuels non-utilisés de Wimbledon. Intéressant pour plusieurs raisons. Globalement, lorsqu’il s’agit de faire un post sur une actualité sportive, la réactivité entraîne souvent la performance du post. À Roland-Garros, j’avais préparé en oiseau de mauvais augure un visuel sur la défaite de Rafael Nadal au premier tour de ce qui sera son dernier à Paris, pour qu’il puisse être publié sur Views au moment exact du dernier point du match.

Ainsi, pour être vif, il faut créer en amont. Pendant les Jeux Olympiques, je pense qu’on a facilement créé une vingtaine de visuels trahis par la dure loi du sport. Il y a, malgré la frustration, un côté poétique à cette fiction visuelle qu’on imagine, à mi-chemin entre la manifestation d’une issue souhaitée et le pragmatisme d’une conclusion attendue. Dans le cas de Sean Davies, ces visuels semblent avoir été abandonnés à cause de décisions artistiques, mais son post m’a fait pensé à ce reflet de cette non-réalité.

🧺 Encore plus de ressources

Sans organisation particulière, quelques liens :

-

Ce 25 décembre, Beyoncé a chanté à Houston lors de la mi-temps du match de Noël entre les Houston Texans et les Baltimore Ravens.

-

Le 22 septembre dernier à Singapour, Daniel Ricciardo courait ce qui semble être le dernier Grand Prix de sa carrière. À cette occasion, CANAL+ a publié une belle vidéo de la relation entre le journaliste F1 Laurent Dupin et le pilote australien, qui illustre avec candeur les liens sincères que peuvent nouer les journalistes avec les personnes qu’ils suivent, tout en conservant un professionnalisme exemplaire.

-

Cette découverte de l’appareil photo Mamiya RB67, grâce à Zendaya.

-

Aubrey Plaza n’a jamais regardé The White Lotus, car elle ne s’en sort pas avec ses mots de passe.

-

Ces extraits d’Interview Mag et cette phrase de Charli XCX dans une interview à Vulture : “Mentir, c'est tellement amusant, c'est tellement brat. Qui a établi cette règle selon laquelle, en tant qu'artiste, vous devez être sincère et honnête dans la presse ? La presse n'est qu'un outil.”

-

La typographie de la une GQ (Septembre 2024) avec Brad Pitt et George Clooney a été conçue avec du… miel !!

-

Aussi, parviendrez-vous à trouver Luigi ?! Pas forcément celui auquel vous pensez désormais.

Enfin, quittons-nous sur cette œuvre d’art de Constantinople au coucher de soleil :

👨‍🎨 Alexey Petrovich Bogolyubov
🖼️ Moonlit Evening in Constantinople (1884)

À très vite 🫂
Matthieu

Wake up babe, a new Nardwuar episode just dropped. Merry Christmas to those of you who celebrated!! The eighth edition of MDMA was originally supposed to be all about Vogue and a long deep dive into its international editions, but some of that news has already gone stale, so I focused on yesterday’s cultural bombshell instead. See you next year, Vogue.

Let’s turn together to the present and to this stop on Timothée Chalamet’s majestic press tour for his Bob Dylan biopic. Welcome to the eighth edition of Missive du Monde Actuel.

🎤 Nardwuar vs. Timothée Chalamet

A few days after his interview with Doechii, Nardwuar stayed in California to interview Timothée Chalamet as part of the promo run for A Complete Unknown, in which he plays Bob Dylan. Born in the late ’60s, Nardwuar the Human Serviette is a musician in the band “Evaporators” as well as a journalist who started his career interviewing politicians passing through his native Canada.

His beret, his bold shirts and his desperate sprints after Lil Uzi Vert and Playboi Carti may make him a goofball character, but Nardwuar is a mind-blowing journalist. “That’s one of the most amazing interviews I’ve ever had in my life. Seriously,” Pharrell Williams said at the end of a conversation in which the Canadian journalist brought up “Rump Shaker”, the very first recorded track Pharrell ever worked on. His fellow Canadian Drake would also say that his Nardwuar interview was the best he’d ever done.

In his interviews, Nardwuar starts phrases that his guests finish, very often in stitches. “I have a gift for you!” has become his signature. Thanks to insane levels of research, he hands out books, vinyl, CDs or objects so rare that they dazzle the artists he’s talking to even more. That’s how he builds a unique rapport with them, with a good-natured warmth amplified by his extreme credibility. This bond breaks through all the meticulous guardrails around these ultra-protected artists — agents, PR, labels and entourage — and in most cases lets him get into his guests’ private lives without the intention ever feeling creepy.

Back to Timothée Chalamet! From the point of view of a fan of our good old Ligue 1 McDonald’s, even if Chalamet talking about his love for Saint-Étienne has become a tradition, it was still especially surprising to hear Dimitri Payet, Bafé Gomis and Willy Sagnol get namedropped on Nardwuar’s mic right in the middle of Record Surplus, a California shop selling old vinyl.

Back in 2017, Chalamet had talked about Nardwuar in an interview with famed film critic Peter Travers about Call Me By Your Name, describing “this guy who digs up stuff from his guests’ past, and they’re always like: “whoa, where did you get that??””. Full circle moment, as @filmstvculture put it on X.

📚 Le Masque et la Plume

I have no idea how I stumbled onto this, but what a find! On Tumblr, home of all the culture I love, the page Cinematic Literature is a marvel! Basically, the page collects every appearance of a book in a film. Each time, the film still comes with the name of the film in question, plus the title of the book and its year of publication.

So if you spot a book in a film and can’t quite identify it, there’s a solid chance Cinematic Literature can help you out.

🗑️ Media dumpster

A few months ago, I came across a tweet that was pretty cool, about unused Wimbledon visuals. Interesting for a few reasons. Generally speaking, when it comes to posting about sports news, speed often drives how well a post performs. At Roland-Garros, playing the prophet of doom, I had prepared a visual about Rafael Nadal’s defeat in the first round of what would turn out to be his last one in Paris, so it could go up on Views at the exact moment of the match’s final point.

So, to be quick, you have to create ahead of time. During the Olympic Games, I think we easily made around twenty visuals that were betrayed by the cruel law of sport. Frustration aside, there’s something poetic about this visual fiction we dream up, halfway between manifesting a hoped-for outcome and the pragmatism of an expected result. In Sean Davies’ case, those visuals seem to have been dropped because of artistic decisions, but his post got me thinking about this reflection of a non-reality.

🧺 Even more resources

In no particular order, a few links:

-

This December 25, Beyoncé performed in Houston at halftime of the Christmas game between the Houston Texans and the Baltimore Ravens.

-

On September 22 in Singapore, Daniel Ricciardo ran what looks to be the last Grand Prix of his career. To mark the occasion, CANAL+ put out a lovely video about the relationship between F1 journalist Laurent Dupin and the Australian driver, which candidly shows the genuine bonds journalists can form with the people they cover, while keeping their professionalism exemplary.

-

Discovering the Mamiya RB67 camera, thanks to Zendaya.

-

Aubrey Plaza has never watched The White Lotus, because she can’t keep track of her passwords.

-

These excerpts from Interview Mag and this line from Charli XCX in an interview with Vulture: “Lying is so fun, it’s so brat. Who made this rule that as an artist you have to be sincere and honest in the press? The press is just a tool.”

-

The lettering on the GQ cover (September 2024) with Brad Pitt and George Clooney was made with… honey!!

-

Also, can you find Luigi?! Not necessarily the one you’re thinking of these days.

Finally, let’s part ways with this artwork of Constantinople at sunset:

👨‍🎨 Alexey Petrovich Bogolyubov
🖼️ Moonlit Evening in Constantinople (1884)

See you very soon 🫂
Matthieu

醒醒宝贝,Nardwuar更新了。祝过了圣诞节的各位圣诞快乐!!第八期MDMA原本打算献给Vogue,好好扒一扒它的各个国际版,但有些新闻已经过期了,所以我决定聚焦昨天那颗文化炸弹。Vogue,咱们明年见。

让我们一起把目光转向当下,看看蒂莫西·柴勒梅德为他的鲍勃·迪伦传记片展开的盛大宣传巡回中的这一站。欢迎来到第八期Missive du Monde Actuel。

🎤 Nardwuar vs. 蒂莫西·柴勒梅德

在采访完Doechii几天后,Nardwuar继续留在加州,采访了正在为电影《无名小辈》跑宣传的蒂莫西·柴勒梅德——他在片中饰演鲍勃·迪伦。Nardwuar the Human Serviette生于60年代末,既是乐队“Evaporators”的乐手,也是一名记者,他的职业生涯始于采访途经他祖国加拿大的政客。

虽然他的贝雷帽、大胆的衬衫,还有拼命追着Lil Uzi Vert和Playboi Carti狂奔的样子让他看起来像个活宝,但Nardwuar是个让人叹服的记者。“这是我这辈子经历过的最震撼的采访之一。说真的,”菲瑞·威廉姆斯在一次对谈结束后这样感叹——那次,这位加拿大记者提到了“Rump Shaker”,也就是菲董参与录制的第一首歌。他的加拿大老乡德雷克也说过,Nardwuar给他做的那次采访是他接受过最棒的一次。

采访时,Nardwuar会起个头,让嘉宾把句子接完,嘉宾往往笑到不行。“我有个礼物要送你!”已经成了他的招牌。靠着疯狂的功课,他送出的书、黑胶、CD或者各种物件稀有到让对面的艺人更加目瞪口呆。就这样,他和他们之间形成了一种独一无二的默契,那份憨厚亲切又被他极高的可信度成倍放大。这种联结冲破了那些被层层保护的艺人身边一道道精心设置的防线——经纪人、公关、厂牌和随行团队——在大多数情况下,都让他能触及嘉宾私密的一面,却又丝毫不显得居心不良。

回到蒂莫西·柴勒梅德!站在一个热爱咱们亲爱的老牌麦当劳法甲的球迷角度看,虽说柴勒梅德聊起自己对圣埃蒂安的爱早就是惯例了,但在加州一家老黑胶店Record Surplus里,听到迪米特里·帕耶、巴费·戈米斯、威利·萨尼奥尔这些名字在Nardwuar的麦克风前被一一点到,还是相当令人意外。

2017年,柴勒梅德在接受著名影评人Peter Travers采访时就聊到过Nardwuar,那次采访的主题是《请以你的名字呼唤我》,他形容Nardwuar是“这么一个家伙,会把嘉宾过去的老底翻出来,而嘉宾的反应永远是:‘哇,你从哪儿挖出来的??’”。Full circle moment,正如X上的@filmstvculture所说。

📚 Le Masque et la Plume

我也不知道自己是怎么刷到这个的,但这发现也太棒了!在Tumblr这个我所热爱的一切文化的聚居地,Cinematic Literature这个主页简直是个宝藏!简单来说,它收集了电影里出现过的所有书。每一条都附有电影截图,标明出自哪部电影,还有书名和出版年份。

所以如果你在某部电影里看到一本书、却怎么也认不出来,Cinematic Literature很有可能帮得上忙。

🗑️ 媒体垃圾桶

几个月前,我刷到了一条推文,挺酷的,晒的是温网没用上的视觉图。这事有意思的地方不止一个。总的来说,发体育新闻类的帖子,反应速度往往决定了帖子的表现。法网期间,我就当了回乌鸦嘴,提前准备好了一张关于拉斐尔·纳达尔落败的图——输在首轮,也是他在巴黎的最后一战——好让它在比赛最后一分落地的那一刻准时发在Views上。

所以,想要快,就得提前做。奥运会期间,我估计我们轻轻松松就做了二十来张被残酷的体育法则背叛的图。尽管挫败,这种我们凭空想象出来的视觉虚构自有一种诗意,介于对理想结局的“显化”和对预期结果的务实之间。至于Sean Davies,他那些图似乎是因为艺术上的取舍才被弃用的,但他的帖子让我想到了这种“非现实”的倒影。

🧺 更多好东西

不分先后,随手丢几个链接:

-

12月25日这天,碧昂丝在休斯顿的圣诞大战中场献唱,对阵双方是休斯顿德州人和巴尔的摩乌鸦。

-

今年9月22日在新加坡,丹尼尔·里卡多跑了看起来是他职业生涯最后一场的大奖赛。借此机会,CANAL+发布了一段很美的视频,记录了F1记者Laurent Dupin与这位澳大利亚车手之间的情谊,真诚地展现了记者与他们长期跟踪报道的人之间能结下的真挚联系,同时又保持着堪称典范的职业素养。

-

认识了Mamiya RB67这台相机,多亏了赞达亚。

-

奥布瑞·普拉扎从没看过《白莲花度假村》,因为她搞不定自己的各种密码。

-

这些Interview Mag的采访节选,还有Charli XCX接受Vulture采访时说的这句话:“撒谎太好玩了,太brat了。是谁定下的规矩,说作为艺术家,你在媒体面前就得真诚坦白?媒体不过是个工具而已。”

-

布拉德·皮特和乔治·克鲁尼登上的GQ封面(2024年9月刊),上面的字是用……蜂蜜做的!!

-

另外,你能找到Luigi吗?!不一定是你现在脑子里想的那位。

最后,就用这幅日落时分的君士坦丁堡画作跟大家道别吧:

👨‍🎨 Alexey Petrovich Bogolyubov
🖼️ Moonlit Evening in Constantinople (1884)

回头见 🫂
Matthieu

MDMA 0007 · ·Substack ↗

et le Pape reste au Vatican ?!

and the Pope stays in the Vatican?!

那教皇就一直待在梵蒂冈?!

Re !

En novembre 2022, MDMA 0006 commençait exactement pareil ! Et puis ça a à nouveau disparu, car l’apparition et la disparition d’Éclectique s’est accentuée depuis le passage à la vie adulte, l’obtention d’un vrai travail et l’abandon des 10 - 15h de l’École de Journalisme d’Aix-Marseille.

Je revient sur Éclectique. Jarete Éclectique vraiment. Jarete pas Éclectique. L’avenir de MDMA restant toujours aussi fébrile, profitons de l’instant. Bienvenue dans la septième édition de Missive du Monde Actuel !!

🇻🇦 ET LE PAPE RESTE AU VATICAN ?!!

C’est quoi cette vidéo de fou ????

En 2022, dans l’émission de France Culture “Les Chemins de la Philosophie” de la série “Joyeux Anniversaire Molière”, Francis Huster initie une diatribe sur l’actualité ukrainienne comme s’il était Alceste, personnage du Misanthrope (1666). Sorti de son contexte, l’extrait avait été repris par CNews dans l’émission L'heure des Pros de Pascal Praud, accompagné du bandeau “Ukraine : le coup de sang de Francis Huster”.

Depuis quelques jours, la vidéo revit sur X alors qu’elle est instantanément reprise en parodie. Huster laisse ainsi sa voix aux villageois de Minecraft, à Cartman dans South Park, apparaît dans le niveau “Premiers pas au Royaume des Fleurs”, dans Adibou, en anglais dans GTA IV et remplace l’Abbé Pierre (pas une si mauvaise idée) dans “Nique les clones, Pt. II” de Nekfeu.

Jamais John Fitzgerald Kennedy n’aurait laissé faire ça.

🧱 Columbus, Indiana

Parlons d’architecture. J’ai eu le plaisir récent de retrouver la Miller House, déjà mentionnée dans le deuxième archibeau de l’histoire d’Éclectique, grâce au film américain Columbus (2017), réalisé par Kogonada. Le film, qui se déroule dans la ville éponyme, évoque comment l’architecture nous procure des émotions profondes, à travers la relation que nous pouvons développer pour des bâtiments, la philosophie qu’ils dégagent et les moments que nous y associons.

À 45 minutes d’Indianapolis, Columbus existe dans le Midwest américain comme un emblème d’une ville construite autour de l’architecture. Classée comme la sixième ville des États-Unis en terme d’innovation architecturale et design par l’American Institute of Architects, cette ville de 47 000 habitants a été façonnée par des architectes tels que Eliel Saarinen, son fils Eero Saarinen, Kevin Roche, I.M. Pei (la pyramide du Louvre c’est lui), Harry Weese ou Deborah Berke.

Ainsi, Columbus est devenu un festival à ciel ouvert de cerveaux visionnaires qui ont révolutionné l’apparence des bâtiments civils (banques, églises, préfecture, mairie ou école) pour façonner sur la 5ème Rue ce qu’on appelle désormais l’Avenue des Architectes.

Quelques articles intéressants sur Columbus :

-

11 bâtiments modernistes à Columbus, sur Deezen

-

Comment Columbus est devenue La Mecque de l’architecture moderniste, sur Artsy

-

Comment une petite ville du Midwest est devenue La Mecque de l’architecture moderniste (même titre mais différent article), sur Bloomberg

☎️ Envoyez “SAARINEN” en réponse de ce mail si le film vous intéresse mais que vous galérez à le trouver ☎️

💌 Hymne à l’amour

Depuis jeudi, L’Hymne à l'amour chanté par Céline Dion lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques est disponible sur les plateformes de streaming. Grâce à mon ami Julien, j’ai découvert cet été l’histoire et le destin de cette belle chanson.

Écrite par Edith Piaf pour son amoureux Marcel Cerdan, qu’elle rencontre en 1948 lors d’un concert à New York, la chanson est composée par son amie Marguerite Monnot, qui s’inspire elle-même de la Lied Frühlingsnacht de Robert Schumann. Le 14 septembre 1949, Piaf interprète pour la première fois L’Hymne à l’amour devant le public new-yorkais du cabaret Versailles. Un mois et demi plus tard, Piaf demande à Cerdan de la rejoindre à New York, où elle chante encore le 28 octobre.

Avant de pouvoir se réunir, Cerdan perdra la vie à 33 ans dans le Lockheed Constellation du vol Air France 009, en chemin pour retrouver son grand amour. Le soir-même, Edith Piaf chante L’Hymne à l’amour, entonnant : “Si un jour, la vie t’arrache à moi / Si tu meurs, que tu sois loin de moi / Peu m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrais aussi (…) / Dieu réunit ceux qui s’aiment.” Le morceau sera enregistré l’année suivante avec l'orchestre de Robert Chauvigny.

Aussi. En écrivant le titre de cette lettre, je me suis questionné quant à savoir si lorsque nous accompagnions un point d’exclamation d’un point d’interrogation, lequel se mettait en premier. Visiblement, le point d’interrogation se met avant.

Mais connaissiez-vous le POINT EXCLARROGATIF ‽‽‽‽ Selon ce que j’ai pu trouver sur le sujet (Wikipedia), le point exclarrogatif (‽) sert “à ponctuer une phrase qui est interrogative et exclamative à la fois, sans prédominance”. Visiblement, la ponctuation a été inventée par l’Américain Martin K. Specter, directeur d’une agence de publicité, en 1962.

Par la suite, le point exclarrogatif a pris le nom d’interrobang, mêlant dans cette appellation l’interrogatio latin et le jargon anglais bang, qui désigne chez les imprimeurs le point d’exclamation. Même s’il fut intégré en 1966 dans la police de caractère “Americana”, le point exclarrogatif n’est jamais devenu un signe de ponctuation standard.

Enfin, quittons-nous avec un hommage dansant à Rafael Nadal, et cette œuvre d’art baptisée Jostedalsbreen, peinte par Peder Balke vers 1840, dont j’ai traduit l’explication complète sur Instagram.

À très vite 🫂
Matthieu

Hey again!

Back in November 2022, MDMA 0006 opened in exactly the same way! And then it vanished all over again, because Éclectique’s habit of appearing and disappearing has only gotten worse since I stepped into adult life, landed a real job and left behind the 10 - 15 hours a week at the Aix-Marseille School of Journalism.

Im bak on Éclectique. Im quiting Éclectique for real. Not quiting Éclectique. With the future of MDMA as shaky as ever, let’s enjoy the moment. Welcome to the seventh edition of Missive du Monde Actuel!!

🇻🇦 AND THE POPE STAYS IN THE VATICAN?!!

What on earth is this insane video????

In 2022, on the France Culture show “Les Chemins de la Philosophie”, in a series called “Joyeux Anniversaire Molière”, Francis Huster launches into a rant about the news from Ukraine as if he were Alceste, the lead in The Misanthrope (1666). Taken out of context, the clip was picked up by CNews on Pascal Praud’s show L'heure des Pros, with the on-screen banner “Ukraine: Francis Huster blows his top”.

For the past few days, the video has been enjoying a second life on X, where it’s instantly getting the parody treatment. Huster has lent his voice to the Minecraft villagers and Cartman in South Park, shown up in the “Premiers pas au Royaume des Fleurs” level, in Adibou, in English in GTA IV, and even replaced Abbé Pierre (not such a bad idea) on Nekfeu’s “Nique les clones, Pt. II”.

John Fitzgerald Kennedy would never have let this happen.

🧱 Columbus, Indiana

Let’s talk architecture. I recently had the pleasure of reuniting with the Miller House, already featured in the second archibeau in Éclectique history, thanks to the American film Columbus (2017), directed by Kogonada. Set in the city of the same name, the film explores how architecture can stir deep emotions in us, through the relationships we build with buildings, the philosophy they give off and the moments we tie to them.

Forty-five minutes from Indianapolis, Columbus stands in the American Midwest as the emblem of a city built around architecture. Ranked sixth in the United States for architectural innovation and design by the American Institute of Architects, this city of 47,000 people was shaped by architects such as Eliel Saarinen, his son Eero Saarinen, Kevin Roche, I.M. Pei (yep, the Louvre pyramid guy), Harry Weese and Deborah Berke.

And so Columbus became an open-air festival of visionary minds who revolutionized the look of civic buildings (banks, churches, county offices, city hall, schools), shaping along 5th Street what is now known as the Avenue of Architects.

A few interesting reads on Columbus:

-

11 modernist buildings in Columbus, on Deezen

-

How Columbus became the Mecca of modernist architecture, on Artsy

-

How a small Midwestern town became the Mecca of modernist architecture (same headline, different article), on Bloomberg

☎️ Reply “SAARINEN” to this email if you’re interested in the film but can’t track it down ☎️

💌 Hymne à l’amour

Since Thursday, L’Hymne à l'amour as sung by Céline Dion at the Olympic Games opening ceremony has been available on streaming platforms. This summer, thanks to my friend Julien, I discovered the story and the fate of this beautiful song.

Written by Edith Piaf for her lover Marcel Cerdan, whom she met in 1948 at a concert in New York, the song was composed by her friend Marguerite Monnot, who herself drew on Robert Schumann’s Lied Frühlingsnacht. On September 14, 1949, Piaf performed L’Hymne à l’amour for the first time, in front of a New York crowd at the Versailles cabaret. A month and a half later, Piaf asked Cerdan to join her in New York, where she was singing again on October 28.

Before they could be reunited, Cerdan lost his life at 33 aboard the Lockheed Constellation of Air France Flight 009, on his way to see the love of his life. That very evening, Edith Piaf sang L’Hymne à l’amour, with the words: “If one day life tears you away from me / If you die, if you are far from me / It matters little if you love me / For I would die too (…) / God reunites those who love each other.” The song was recorded the following year with Robert Chauvigny’s orchestra.

Also. While writing the title of this letter, I found myself wondering, when you pair an exclamation mark with a question mark, which one goes first. Apparently, the question mark goes first.

But did you know about the INTERROBANG‽‽‽‽ According to what I could dig up on the subject (Wikipedia), the interrobang (‽) is used “to punctuate a sentence that is both interrogative and exclamatory, with neither taking precedence”. Apparently, the punctuation mark was invented in 1962 by American Martin K. Specter, head of an advertising agency.

Later on, it came to be known as the interrobang, a name blending the Latin interrogatio with the English slang bang, printers’ jargon for the exclamation mark. Even though it was added to the “Americana” typeface in 1966, the interrobang never became a standard punctuation mark.

Finally, let’s part ways with a dancing tribute to Rafael Nadal, and this artwork titled Jostedalsbreen, painted by Peder Balke around 1840, whose full description I translated on Instagram.

See you very soon 🫂
Matthieu

又是我!

2022年11月,MDMA 0006的开头一模一样!然后它又消失了——自从我步入成年人的生活、找到一份正经工作、告别了艾克斯-马赛新闻学院每周10到15小时的课,Éclectique时隐时现的毛病就越发严重了。

我回归Éclectique拉。真的退坑Éclectique。不退坑Éclectique。MDMA的未来依旧风雨飘摇,那就珍惜当下吧。欢迎来到第七期Missive du Monde Actuel!!

🇻🇦 那教皇就一直待在梵蒂冈?!!

这是什么疯到离谱的视频????

2022年,在法国文化电台的节目“Les Chemins de la Philosophie”的“生日快乐,莫里哀”系列里,Francis Huster就乌克兰时局发表了一通慷慨激昂的抨击,活像阿尔赛斯特附体——也就是《恨世者》 (1666)的主人公。这段话被断章取义后,CNews在Pascal Praud主持的节目L'heure des Pros里又播了一遍,还配上了横幅字幕:“乌克兰:Francis Huster怒发冲冠”。

这几天,这段视频在X上借尸还魂,瞬间被做成了各种恶搞。于是Huster把嗓子借给了《我的世界》里的村民、《南方公园》里的卡特曼,出现在“初探花之王国”这一关里,钻进了Adibou,还在《GTA IV》里说起了英语,甚至在Nekfeu的“Nique les clones, Pt. II”里顶替了皮埃尔神父(这主意其实也不算太烂)。

约翰·菲茨杰拉德·肯尼迪绝不会允许这种事发生。

🧱 印第安纳州哥伦布

聊聊建筑吧。最近我很开心地和米勒住宅重逢了——它早在Éclectique史上第二期archibeau里就出现过——这要归功于Kogonada执导的美国电影《哥伦布》(2017)。电影就发生在同名小城,讲的是建筑如何带给我们深刻的情感:通过我们和一栋栋建筑之间慢慢建立起的关系、它们散发出的哲学,以及我们与它们相连的那些时刻。

哥伦布距离印第安纳波利斯45分钟车程,在美国中西部,它是“一座围绕建筑而生的城市”的象征。这座只有4.7万居民的小城被美国建筑师协会评为全美建筑与设计创新第六名,一手塑造它的建筑师包括埃利尔·沙里宁、他的儿子埃罗·沙里宁、凯文·罗奇、贝聿铭(卢浮宫金字塔就是他的手笔)、哈里·威斯和黛博拉·伯克。

就这样,哥伦布变成了一场露天的远见者嘉年华:这些天才彻底革新了公共建筑(银行、教堂、县政府、市政厅、学校)的样貌,在第五街上打造出了如今人称“建筑师大道”的街景。

几篇关于哥伦布的有趣文章:

-

哥伦布的11座现代主义建筑,来自Deezen

-

哥伦布如何成为现代主义建筑的麦加,来自Artsy

-

一座中西部小城如何成为现代主义建筑的麦加(标题差不多,但文章不一样),来自Bloomberg

☎️ 如果你对这部电影感兴趣却死活找不到片源,就回复这封邮件“SAARINEN”☎️

💌 爱的颂歌

从周四起,席琳·迪翁在奥运会开幕式上演唱的《爱的颂歌》已经在各大流媒体平台上线。多亏了我的朋友Julien,今年夏天我才知道了这首美丽的歌背后的故事和命运。

这首歌是伊迪丝·琵雅芙写给她的爱人马塞尔·塞尔当的,两人1948年在纽约的一场演出上相识;作曲是她的好友玛格丽特·莫诺,而莫诺自己的灵感又来自罗伯特·舒曼的Lied Frühlingsnacht。1949年9月14日,琵雅芙在纽约凡尔赛夜总会的观众面前第一次唱响了《爱的颂歌》。一个半月后,琵雅芙让塞尔当来纽约和她相聚,10月28日她还在那里登台演唱。

可两人还没来得及重逢,年仅33岁的塞尔当就在奔赴挚爱的路上,殒命于法航009号航班的洛克希德“星座”客机。当晚,伊迪丝·琵雅芙照样演唱了《爱的颂歌》,唱道:“Si un jour, la vie t’arrache à moi / Si tu meurs, que tu sois loin de moi / Peu m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrais aussi (…) / Dieu réunit ceux qui s’aiment.”第二年,这首歌与Robert Chauvigny管弦乐团合作录制成唱片。

另外。写这封信的标题时,我突然纠结起一个问题:感叹号和问号连用的时候,到底谁放前面?看来是问号放前面。

不过你们听说过“疑问感叹号”吗‽‽‽‽ 根据我能查到的资料(维基百科),疑问感叹号(‽)用来“给一个既是疑问又是感叹、且两者不分主次的句子断句”。据说这个标点是一位名叫Martin K. Specter的美国广告公司老板在1962年发明的。

后来,疑问感叹号有了interrobang这个名字,把拉丁语的interrogatio和英语行话bang揉在了一起——印刷工人就管感叹号叫bang。尽管它在1966年被收进了“Americana”字体,疑问感叹号却始终没能成为标准标点。

最后,就用一段献给拉斐尔·纳达尔的舞蹈致敬和这幅名为Jostedalsbreen的画作跟大家道别吧——它由Peder Balke在1840年前后绘成,完整的作品解说我已经翻译好,发在了Instagram上。

回头见 🫂
Matthieu

MDMA 0006 · ·Substack ↗

MDMA. est de retour !!!

MDMA. is back!!!

MDMA.回来了!!!

Re !

Il y a un an, j’écrivais à Aix-en-Provence la toute première missive du monde actuel pour Éclectique dans le cadre d’un projet étudiant. Lors de mon oral, j’avais promis à mes professeurs M. Hert et M. Matéo que je continuerai la MDMA après les études. Toutefois, lors de la quatrième édition de cette missive, j’affirmais que la lettre était “un énorme succès national” et “qu’elle continuerait après l’évaluation” de ce projet. Désolé de vous avoir menti jusqu’ici sur la deuxième affirmation.

Depuis, un nouveau travail chronophage, un mémoire à écrire et quelques trucs ont changé pendant que cette belle lettre prenait la poussière numérique. Et soudain, la renaissance, le retour des liens, des photos, des recommandations… des découvertes ! Pour ceux qui sont nouveaux ici, cette lettre parle de couples qui se déchirent, des McDos les plus bizarres du monde, elle partage des solos de guitare ép-iques pour égayer vos journées ou vous fait regarder des vidéos ultra-gênantes de Serge Gainsbourg.

Aujourd’hui, je vais vous donner envie de lire et d’aller au cinéma. Bienvenue dans la sixième édition de la Missive du Monde Actuel !

📚 Où voudriez-vous lire ?

Grâce au développement d’une belle page de curation baptisée “whereiwouldliketoread”, l’amie Simay Demirel partage et sélectionne une quantité de lieux de lecture diablement reposants. Souhaiteriez-vous abandonner votre esprit dans l’inconfort du fauteuil Barcelona (testé et désapprouvé) ? Dans une étonnante cabane d’intérieur surplombée d’une chaise Eames ? Sur le canapé de Solange Knowles ? À Long Island, dans le studio qu’occupait Isamu Noguchi dans les années 70 ?

Grâce à cette page, vous fantasmerez des emplacements oniriques où vos yeux pourraient se poser sur les plus belles lignes imaginables, pour encore mieux vous évadez dans les rêves que permettent la littérature. Ces univers vous rappelleront peut-être le monde merveilleux des éventails du magazine des inspirations (cliquer sur chaque mot de cette fin de phrase vous emmenera dans un éventail différent).

Où savoir lire, c’est bien, mais que lire ? Et bien lisez :

-

les poèmes de Frank O’Hara

-

"S'adapter", de Clara Dupont-Monod (2021)

-

“Clair de femme”, de Romain Gary (1977)

-

“Éloge du risque”, d’Anne Dufourmantelle (2011)

-

Les lettres de Vincent van Gogh à son frère Théo

N’hésitez pas à compléter cette liste en répondant à ce courriel électronique, les recommandations littéraires pourraient devenir fréquentes ici.

###

nouveau ici ? abonnez-vous et recevez encore plus de recommandations culturelles

🫂 Close

Après avoir rendu populaire l’adage “Si c’est Arte, c’est forcément bien !”, voici sa variante A24. La société de production cinématographique A24, c’est “The Lighthouse”, “Moonlight”, “Uncut Gems”, “Midsommar”, et “Close”. En somme, c’est toujours bien. Réalisé par le cinéaste belge Lukas Dhont, Close est un beau film sur l’amitié, la découverte de soi et les épreuves de l’adolescence. Grand primé au festival de Cannes cette année, ce long-métrage franco-néerlando-belge dégage sa force de la puissance des regards, des mots, du silence et d’une photographie poignante.

Allez voir Close au cinéma. C’est un film génial, vous allez beaucoup pleurer, et lorsque vous sortirez de la salle en cherchant un mouchoir pour essuyer votre nez, vous vous direz que vous êtes très heureux de l’avoir vu.

🧺 Quelques recommandations diverses :

-

lisez ce récit littéraire épique et romantique de la septième étape du Tour de France 2022

-

regardez cette image de Robert de Niro et Joe Pesci sur le tournage de Casino

-

explorez ce génialissime subreddit baptisé “TV Too High”, qui regroupe toutes les TV du monde qui sont littéralement placées bien trop en hauteur

-

écoutez l’écrivaine Alice Zeniter parler de la “parade virile des écrivains”, extrait pendant lequel elle déconstruit le génie masculin qui justifie que l’auteur soit déconnecté d’une vie normale, souvent synonyme de dérives sociales et humaines que l’amateur conquis va avoir tendance à pardonner, parfois même glorifier

-

faites connaissance avec la bibliothèque publique “Eclectic” dans sa ville éponyme, en Alabama, là où s’établiera inévitablement le bureau américain de ce magazine

-

découvrez cette drôle de couverture russe de “Histoire de la sexualité”, écrit par Michel Foucault entre 1976 et 1984

-

regardez cette belle interview de David Bowie de 1999, dans laquelle il explique comment internet changerait nos vies

-

suivez Umberto Eco, disparu en 2016, qui vous présente sa gigantesque bibliothèque personnelle

-

dernière petite recommandation : ces deux jolies coupelles trouvées sur Etsy

Enfin, terminons le retour de cette lettre par quelques mots de poésie issus du “Guetteur mélancolique” de Guillaume Apollinaire :

“Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins

Méprisons l'immuable comme la pierre ou l'or

Sources qui tariront Que je trempe mes mains

En l'onde heureuse”

À très vite !

Matthieu

Hi again!

A year ago, in Aix-en-Provence, I wrote the very first missive du monde actuel for Éclectique as part of a student project. During my oral presentation, I promised my teachers M. Hert and M. Matéo that I’d keep MDMA going after my studies. However, in the fourth edition of this missive, I claimed the newsletter was “a huge national success” and “would carry on after the grading” of the project. Sorry for lying to you until now about that second claim.

Since then, a time-guzzling new job, a thesis to write and a few other things have changed while this lovely letter gathered digital dust. And suddenly, the rebirth, the return of links, photos, recommendations… discoveries! For those of you who are new here, this letter talks about couples tearing each other apart and the weirdest McDonald’s in the world, it shares ep-ic guitar solos to brighten up your days or makes you watch ultra-cringe videos of Serge Gainsbourg.

Today, I’m going to make you want to read and go to the movies. Welcome to the sixth edition of Missive du Monde Actuel!

📚 Where would you like to read?

Through a lovely curation page called “whereiwouldliketoread”, my friend Simay Demirel selects and shares a whole bunch of devilishly restful reading spots. Would you like to abandon your mind to the discomfort of the Barcelona chair (tested and disapproved)? To an astonishing indoor cabin topped by an Eames chair? To Solange Knowles’s sofa? On Long Island, in the studio Isamu Noguchi occupied in the ’70s?

Thanks to this page, you’ll fantasize about dreamlike spots where your eyes could land on the most beautiful lines imaginable, the better to escape into the dreams literature makes possible. These worlds may remind you of the wonderful world of the inspiration magazine’s fold-out spreads (clicking each word at the end of this sentence will take you to a different spread).

Knowing where to read is all well and good, but what to read? Well, read:

-

the poems of Frank O’Hara

-

“S’adapter”, by Clara Dupont-Monod (2021)

-

“Clair de femme”, by Romain Gary (1977)

-

“Éloge du risque”, by Anne Dufourmantelle (2011)

-

The letters of Vincent van Gogh to his brother Theo

Feel free to add to this list by replying to this electronic mail; literary recommendations could become a regular thing here.

###

new here? subscribe and get even more cultural recommendations

🫂 Close

After popularizing the adage “If it’s Arte, it’s bound to be good!”, here’s its A24 variant. The film production company A24 is “The Lighthouse,” “Moonlight,” “Uncut Gems,” “Midsommar” and “Close.” In short, it’s always good. Directed by Belgian filmmaker Lukas Dhont, Close is a beautiful film about friendship, self-discovery and the trials of adolescence. A big winner at the Cannes Film Festival this year, this French-Dutch-Belgian feature draws its strength from the power of looks, words, silence and gut-wrenching cinematography.

Go see Close at the movies. It’s a brilliant film, you’re going to cry a lot, and when you walk out of the theater hunting for a tissue to wipe your nose, you’ll tell yourself you’re really glad you saw it.

🧺 A few assorted recommendations:

-

read this epic, romantic literary account of stage seven of the 2022 Tour de France

-

look at this picture of Robert De Niro and Joe Pesci on the set of Casino

-

explore this totally brilliant subreddit called “TV Too High,” which gathers every TV in the world that’s literally mounted way too high

-

listen to writer Alice Zeniter talk about the “virile parade of writers,” a clip in which she deconstructs the male genius that justifies the author being disconnected from normal life, often synonymous with social and human excesses that the adoring fan will tend to forgive, sometimes even glorify

-

get acquainted with the “Eclectic” public library in its namesake town in Alabama, where this magazine’s US office will inevitably be set up

-

check out this funny Russian cover of “The History of Sexuality,” written by Michel Foucault between 1976 and 1984

-

watch this great interview with David Bowie from 1999, in which he explains how the internet would change our lives

-

follow Umberto Eco, who passed away in 2016, as he shows you around his gigantic personal library

-

one last little recommendation: these two pretty little bowls found on Etsy

Finally, let’s wrap up this letter’s comeback with a few words of poetry from Guillaume Apollinaire’s “Le Guetteur mélancolique”:

“Never shall the twilights vanquish the dawns

Let us marvel at evenings but live the mornings

Let us scorn the unchanging like stone or gold

Springs that will run dry Let me dip my hands

In the happy wave”

See you very soon!

Matthieu

又见面啦!

一年前,我在普罗旺斯地区艾克斯,为一个学生项目给Éclectique写下了第一封当下世界通讯。答辩时,我向Hert老师和Matéo老师保证过,毕业后也会继续写MDMA。然而在这封通讯的第四期里,我信誓旦旦地说它“在全国范围内大获成功”,还说它“课程评分结束后也会继续办下去”。抱歉,关于第二句,我一直骗了你们到现在。

这之后,一份很吃时间的新工作、一篇要写的毕业论文,再加上一些别的变化,这封美丽的通讯就这么在数字世界里落满了灰。然后突然之间,它复活了:链接回来了,照片回来了,推荐回来了……新发现也回来了!新来的朋友们,这封通讯聊过互相撕扯的夫妻,聊过全世界最奇葩的麦当劳,分享过给你的日子提神的史~诗级吉他solo,还让你们看过塞尔日·甘斯布超级尴尬的视频。

今天,我要让你们想读书、想去电影院。欢迎来到第六期《当下世界通讯》!

📚 你想在哪里读书?

通过一个名叫“whereiwouldliketoread”的漂亮策展账号,我的朋友Simay Demirel精选、分享了一大堆让人放松到犯规的阅读角落。你想不想把自己的灵魂托付给巴塞罗那椅的不舒适(亲测,不推荐)?还是一座头顶摆着伊姆斯椅的神奇室内小木屋?还是索兰芝·诺尔斯的沙发?又或者长岛,野口勇70年代用过的工作室里?

有了这个账号,你会开始幻想各种梦一般的地方,让你的眼睛落在最美的字句上,好更彻底地逃进文学所允许的梦里。这些空间,也许会让你想起那个奇妙的世界——灵感杂志的扇面合集(点这半句里的每一个词,都会带你去看一组不同的扇面)。

知道在哪儿读固然好,可是读什么呢?那就读这些吧:

-

弗兰克·奥哈拉的诗

-

克拉拉·杜邦-莫诺的《适应》(2021)

-

罗曼·加里的《女人的光芒》(1977)

-

安妮·迪富尔芒泰勒的《冒险颂》(2011)

-

文森特·梵高写给弟弟提奥的信

欢迎回复这封电子邮件来补充这份书单,以后这里说不定会经常出现文学推荐。

###

新来的?订阅一下,收获更多文化推荐

🫂 《亲密》

在把“只要是Arte出品,就一定是好东西!”这句格言发扬光大之后,现在来看它的A24版本。电影制作公司A24,出品过《灯塔》《月光男孩》《原钻》《仲夏夜惊魂》,还有《亲密》(Close)。总之,出品必属佳作。《亲密》由比利时导演卢卡斯·德霍特执导,是一部讲友情、讲自我发现、讲青春期种种考验的美丽电影。这部法国、荷兰、比利时合拍的长片今年在戛纳电影节拿了大奖,它的力量来自眼神、话语和沉默的张力,还有令人心碎的摄影。

去电影院看《亲密》吧。这是一部神作,你会哭得稀里哗啦,等你走出影厅、到处找纸巾擦鼻涕的时候,你会对自己说:幸好看了这部电影。

🧺 杂七杂八的推荐:

-

读读这篇关于2022年环法自行车赛第七赛段的文学叙事,既史诗又浪漫

-

看看罗伯特·德尼罗和乔·佩西在《赌城风云》片场的这张照片

-

逛逛这个名叫“TV Too High”的超绝subreddit,里面收集了全世界所有挂得实在太高的电视

-

听听作家艾丽丝·泽尼特聊“作家的雄性炫耀游行”,在这段节选里,她拆解了所谓的男性天才神话——这种神话为作家脱离正常生活开脱,而这种脱离往往意味着社会层面和人性层面的失范,被征服的读者却倾向于原谅,有时甚至加以美化

-

认识一下位于同名小镇的“Eclectic”公共图书馆,就在阿拉巴马州,本杂志的美国办公室注定会设在那里

-

看看米歇尔·福柯1976年至1984年间写成的《性史》那个搞笑的俄文版封面

-

看看大卫·鲍伊1999年的这段精彩访谈,他在里面讲了互联网将如何改变我们的生活

-

跟着2016年离世的翁贝托·埃科,参观他巨大无比的私人藏书室

-

最后一个小推荐:在Etsy上淘到的两只漂亮小碟

最后,让我们用纪尧姆·阿波利奈尔《忧郁的守望者》中的几句诗,为这封通讯的回归画上句号:

“黄昏永远战胜不了黎明

让我们惊叹于夜晚但活在清晨

让我们蔑视那不变之物如石头或黄金

终将干涸的泉水啊 让我把双手浸入

那幸福的波澜”

很快再见!

Matthieu

MDMA 0005 · ·Substack ↗

Au revoir Virgil

Goodbye Virgil

再见,维吉尔

Parangon moderne de ce qu'est la curiosité et la détermination, polymathe, Virgil Abloh était une inspiration. Célébré comme le créateur de mode qu'il fut pendant plus d'une décennie, Abloh était un architecte. Une vocation qu'il étudia et dont il diplôma à l'Institut de technologie de l'Illinois, mais surtout une façon de penser qui l'accompagna tout au long de sa trop courte vie. À la façon d'un architecte, Abloh pensait l'ensemble de l'homme. Il créait les vêtements et les chaussures, mixait et dessinait la musique qu'il écouterait, le lieu dans lequel il vivrait. Il y avait forcément un aspect d'Abloh, dans la richesse de sa personnalité, qui pouvait nous inspirer.

Abloh représentait aussi une vision d'une mode ultra-limitée, dont le symbole était parfois plus fort que le produit, incarnée par des esprits influents porteurs d'une réputation et accélérateurs de tendance. Ses guillemets, qui le caractérisaient, était pour certains le génie de Duchamp et pour d'autres la signature d'un créateur communicant. Avec Pyrex, sa première aventure textile qui forgera sa réputation, Abloh ajoutait simplement le nom de la marque et le numéro 23 de Michael Jordan sur des chemises Ralph Lauren qu'il commercialisait ensuite. OFF-WHITE, qui fera exploser sa notoriété de créateur, a parfois été la cible de critiques véhémentes quant à sa créativité. Virgil a eu son lot mauvaise presse. Le compte Diet Prada, sorte de gendarme numérique du plagiat dans l'industrie de la mode, a continuellement visé Virgil Abloh depuis 2014, avec des accusations parfois bancales tournant à une forme de harcèlement. Certaines accusations de plagiat, de voler des designs, parfois même à des fans, étaient parfois quand même bien fondées. En cela, la légende d'Abloh n'est pas immaculée.

Personnellement, je n'aimais ni Pyrex, ni OFF-WHITE, en respectant toutefois la démarche artistique et symbolique entreprise, le succès que cela lui apportait et l'intérêt que ses projets suscitaient.

Enfin, Abloh a réussi à accéder là où aucune personne noire n'aurait pu rêver aller. À la tête de la création masculine chez Louis Vuitton, il avait l'un des postes les plus convoités de toute la mode. Par cet accomplissement, il fut à l'instar des grands sportifs et des grands artistes un pionnier, l'exemple vivant que c'était possible. Que c'était normal. Si la simplicité de ses marques furent souvent critiquées, parfois moquées, la qualité son travail chez LV pouvait regarder celui des autres maisons droit dans les yeux.

Pour les jeunes de notre génération, il était un homme auquel on pouvait s'identifier. Pour les personnes de couleurs, il montrait la voie à suivre, en accompagnant les autres rêveurs comme lui qu'il intégra dans les maisons de luxe où ils n'étaient auparavant jamais bienvenus. Pour moi, jeune adulte blanc de la génération Z, Abloh a montré comment l'obsession, le travail et la recherche perpétuelle de créativité pouvaient mener vers des destins inespérés. Pour les jeunes de mon âge, l'identification aux Lagerfeld, Ford, Cardin, Jacobs ou Galliano n'est pas naturelle. Leur inspiration transpire de leurs créations, pas de leur cheminement, encore moins de leur personnalité.

Aussi, Abloh ne méprisait pas internet, il était lui-même une espèce de geek. À la fin des années 2000, Virgil écrivait avec ses amis sur un blog aussi laid dans la forme (ces reliques numériques sont aujourd'hui d'une beauté nostalgique) que fascinant dans le fond, constitué d'analyses brillantes sur l'art, la mode et leurs environnements.

Sur Internet, il était aussi étonnamment transparent. Au contraire de la plupart des grands génies, le partage d'information d'Abloh permettait au fan lambda de croire encore plus que c'était possible, pour lui aussi, de percer un jour. Dans "The Ten", Abloh et Nike avaient exploré en détails leur collaboration et rendu cet ouvrage en accès libre via un document pdf (je n'ai plus d'URL à jour mais je l'avais sur mon disque dur alors voici un lien qui marche).

Son site internet, virgilabloh.com, est aujourd'hui un sanctuaire numérique formidable qui regroupe plusieurs centaines de ressources utiles pour celui qui rêverait de créer, de développer et de vendre sa marque.

L'histoire des créatifs du 21ème siècle retiendra immanquablement Virgil Abloh™ comme l'un des esprits les plus rares de notre époque. "Virgil Was Here", et pour l'œuvre qu'il laisse désormais derrière lui, il restera ici encore très longtemps.

Au revoir Virgil

A modern paragon of curiosity and determination, a polymath, Virgil Abloh was an inspiration. Celebrated as the fashion designer he was for more than a decade, Abloh was an architect. A vocation he studied and graduated in at the Illinois Institute of Technology, but above all a way of thinking that stayed with him throughout his far too short life. Like an architect, Abloh thought about the whole person. He created the clothes and the shoes, mixed and designed the music you’d listen to, the place you’d live in. In the richness of his personality, there was bound to be some side of Abloh that could inspire us.

Abloh also stood for a vision of ultra-limited fashion, where the symbol was sometimes stronger than the product, embodied by influential minds carrying a reputation and accelerating trends. His quotation marks, his trademark, were Duchamp-level genius to some and the signature of a designer-as-marketer to others. With Pyrex, his first clothing venture, the one that would forge his reputation, Abloh simply added the brand name and Michael Jordan’s number 23 to Ralph Lauren shirts he then sold on. OFF-WHITE, which would make his name as a designer explode, was at times the target of vehement criticism over its creativity. Virgil had his share of bad press. The Diet Prada account, a sort of digital plagiarism cop for the fashion industry, went after Virgil Abloh relentlessly from 2014 on, with accusations that were sometimes shaky and that turned into a form of harassment. Some accusations of plagiarism, of stealing designs, sometimes even from fans, were nonetheless well founded. In that respect, the Abloh legend isn’t spotless.

Personally, I liked neither Pyrex nor OFF-WHITE, while still respecting the artistic and symbolic approach behind them, the success they brought him and the interest his projects generated.

Finally, Abloh managed to reach a place no Black person could ever have dreamed of going. As head of menswear at Louis Vuitton, he held one of the most coveted jobs in all of fashion. With that achievement, like the great athletes and great artists, he was a pioneer, living proof that it was possible. That it was normal. While the simplicity of his brands was often criticized, sometimes mocked, the quality of his work at LV could look that of the other houses straight in the eye.

For young people of our generation, he was a man we could identify with. For people of color, he showed the way forward, bringing along other dreamers like him, whom he brought into luxury houses where they had never been welcome before. For me, a young white Gen Z adult, Abloh showed how obsession, hard work and the endless pursuit of creativity could lead to unhoped-for destinies. For people my age, identifying with the Lagerfelds, Fords, Cardins, Jacobses or Gallianos doesn’t come naturally. Their inspiration oozes from their creations, not from their journey, and even less from their personality.

Also, Abloh didn’t look down on the internet; he was something of a geek himself. In the late 2000s, Virgil wrote with his friends on a blog as ugly in form (these digital relics now have a nostalgic beauty) as it was fascinating in substance, made up of brilliant analyses of art, fashion and the worlds around them.

Online, he was also surprisingly transparent. Unlike most great geniuses, Abloh’s sharing of information let the average fan believe even more that it was possible for them, too, to make it one day. In “The Ten,” Abloh and Nike explored their collaboration in detail and made the book freely available as a PDF (I no longer have a working URL, but I had it on my hard drive, so here’s a link that works).

His website, virgilabloh.com, is today a wonderful digital sanctuary gathering hundreds of useful resources for anyone dreaming of creating, building and selling their own brand.

The history of 21st-century creatives will inevitably remember Virgil Abloh™ as one of the rarest minds of our time. “Virgil Was Here,” and for the body of work he now leaves behind, he’ll be here for a very long time to come.

Goodbye Virgil

维吉尔·阿布洛是当代好奇心与决心的典范,是一位通才,也是一个灵感来源。人们把他当作时装设计师来颂扬——十多年来他也确实是——但阿布洛其实是一名建筑师。这是他在伊利诺伊理工学院修读并拿到学位的专业,但更重要的是,这是一种思维方式,伴随了他短暂到令人心痛的一生。像建筑师那样,阿布洛思考的是一个人的整体。他设计衣服和鞋子,混音、构想他会听的音乐,设计他会住的地方。阿布洛的个性如此丰富,总有某一面能给我们带来启发。

阿布洛也代表着一种极度限量的时尚观:符号有时比产品本身更有力量,由一群有影响力、自带名声、能加速潮流的人来演绎。他标志性的引号,在一些人眼里是杜尚式的天才,在另一些人眼里不过是一个擅长营销的设计师的签名。他的第一次服装尝试Pyrex奠定了他的名声,当时阿布洛只是在拉夫劳伦的衬衫上印上品牌名和迈克尔·乔丹的23号,然后拿去卖。让他作为设计师名声大噪的OFF-WHITE,也时常因创意问题遭到猛烈批评。维吉尔挨过的骂不在少数。Diet Prada这个账号,算是时尚圈的抄袭网警,从2014年起就一直盯着维吉尔·阿布洛,有些指控站不太住脚,甚至演变成了某种网暴。不过,有些关于抄袭、盗用设计、有时甚至是盗用粉丝设计的指控,确实是有根据的。从这个角度看,阿布洛的传奇并非白璧无瑕。

我个人既不喜欢Pyrex,也不喜欢OFF-WHITE,但我尊重他在艺术和符号层面所做的尝试,尊重这些给他带来的成功,以及他的项目所引发的关注。

最后,阿布洛走到了一个黑人从前连做梦都不敢奢望的位置。作为路易威登男装创意总监,他坐上了整个时尚界最令人眼红的职位之一。凭着这份成就,他就像那些伟大的运动员和艺术家一样,成了一位开拓者,一个活生生的例子:这是可能的。这是正常的。就算他自己品牌的简单常常被批评、有时被嘲笑,他在LV的作品质量,完全可以和其他大牌平起平坐、分庭抗礼。

对我们这一代年轻人来说,他是一个能让人产生认同感的人。对有色人种来说,他指明了前路,还把和他一样的追梦人带进了那些从前从不欢迎他们的奢侈品牌。对我这个白人Z世代年轻人来说,阿布洛证明了执念、努力和对创造力永不停歇的追求,能把人带向意想不到的命运。对我这个年纪的人来说,去认同拉格斐、福特、卡丹、雅各布斯或加利亚诺,并不是一件自然而然的事。他们的灵感从作品里渗透出来,而不是从他们走过的路里,更不是从他们的个性里。

另外,阿布洛从不看轻互联网,他自己就是个极客。2000年代末,维吉尔和朋友们一起写博客,形式上丑得可以(这些数字遗物如今倒有种怀旧的美),内容上却精彩得很,全是关于艺术、时尚及其周边生态的精彩分析。

在网上,他也出奇地透明。和大多数大天才不同,阿布洛乐于分享信息,这让普通粉丝更加相信:有一天,自己也有可能出头。在《The Ten》里,阿布洛和Nike详细拆解了他们的合作,还把这本书做成pdf免费公开(我已经找不到现在还能用的网址了,但我硬盘里存着,所以这里有个能用的链接)。

他的网站virgilabloh.com,如今是一座了不起的数字圣殿,汇集了几百份资源,对任何梦想着创立、发展并销售自己品牌的人都很有用。

21世纪创意人的历史,必定会把维吉尔·阿布洛™铭记为我们这个时代最难得的头脑之一。“Virgil Was Here”,凭借他留下的作品,他还会在这里停留很久很久。

再见,维吉尔

MDMA 0004 · ·Substack ↗

Amour, mode et beauté

Love, fashion and beauty

爱情、时尚与美丽

Bonsoir à tous, bienvenue dans une nouvelle édition de Missive du Monde Actuel, un peu particulière car c’est la dernière avant mon oral sur ce projet qui avait été initialement créé pour un cours. Comme la lettre est une énorme succès national, elle sera continuée même après l’évaluation de cette dernière. Ce qui me rend d’autant plus heureux de continuer un projet de cours même après son jugement dernier.

👨‍👩‍👧 Scènes de la vie conjugale

Vous connaissiez déjà l'adage "Si c'est Arte, c'est forcément bien", utilisé précédemment dans cette lettre numérique. Et bien, si c'est HBO, c'est forcément bien aussi. Déjà producteur de la meilleure série télévisée du 21ème siècle, HBO a pris en main le souhait de Daniel Bergman de reprendre une série suédoise des années 70. Cette série, Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale ou Scenes from a Marriage), c'est celle de son père Ingmar, véritable succès populaire international et déclencheur de divorces en série.

Le concept est séduisant. Filmé dans un quasi huis-clos, la série se focalise sur les acteurs, leurs dialogues, leurs comportements et leurs émotions. Bergman disait de ses acteurs (lors de sa version suédoise) qu'ils "étaient talentueux, avaient toutes les ressources, avaient lu tous les livres nécessaires, mais ne savaient pas gérer les plus simples émotions".

Formidablement portée à l'écran et en dehors (la libido des utilisateurs de Twitter s'en souvient parfaitement) par Oscar Isaac et Jessica Chastain, la série nous place comme un témoin privilégié installé dans le foyer de ce couple aux fissures profondes.

Il faut également regarder ces 5 épisodes pour le style d'Isaac (celui de Châtain est tout aussi divin) et ses émanations paternelles colossales (comprendre ici dad vibes, la traduction d'anglicismes a ses limites). Archétype du prof cool de philo en Ivy League, Oscar Isaac incarne un normcore parfait (bravo à Miyako Bellizzi qui avait déjà travaillé comme styliste sur Uncut Gems), addition casuale (peut-on accorder un anglicisme ?) de New Balance, d'un jean large et d'un pe-tit 🤌 cardigan Dries Van Noten (j'imagine que tout les profs de philo ne se fournissent pas chez Dries Van Noten).

Scènes de la vie conjugale est une ode à la fragilité, à l'imperfection, et c'est, pour paraphraser un grand homme de notre culture nationale, vraiment bieng.

Si la série vous intéresse, vous pouvez la visionner légalement sur OCS, ou par un canal alternatif pirate aussi connu sous le nom de torrent, ou en me demandant de vous forwarder un mail (qui n'engage pas le rédacteur en chef de cette newsletter) avec tous les épisodes en WeTransfer. 😎

👟 C’est quoi le normcore ?

Si j'utilise un certain nombre d'expressions d'initiés pour donner l'illusion que j'y connais quelque chose à la mode, il est toujours utile de les expliquer.

Le normcore, qui définit le style d'Oscar Isaac dans la série sus-citée, a été très largement rendu rendu populaire par Steve Jobs avant d'être éventuellement théorisé. Le normcore est l'ode vestimentaire du "normal", ce qui est complètement flou, puisqu'il faudrait alors définir "normal".

On trace les origines de l'appellation normcore dans un texte publié en 2013 sur l'analyse des tendances. Pour le dictionnaire Oxford, le normcore est "une tendance dans laquelle des vêtements ordinaires sont portés comme une déclaration de mode délibérée. Dans le cas de Jobs, l'uniforme New Balance 992, Levi's 501 et col montant (à ne pas confondre avec "roulé") semble représenter un attirail d'une simplicité ultime mais son imagination fut réellement sophistiquée, surtout quand on sait que ce style "normal" a été pensé par le designer Issey Miyake (qui fournissait les hauts noir) spécialement pour Jobs.

On associe aussi beaucoup le normcore au dad style, avec les liens publicitaires assumés comme chez New Balance (avec leur modèle 990) qui est "porté par les mannequins à Londres et les darons dans l'Ohio". Ce slogan fait écho à la mode contemporaine qui voit de plus en plus d'ados et de jeunes adultes porter les sneakers que portaient leurs parents en leur temps.

Pour adopter ce style "anti-mode", quelques éléments clés. Des vieilles sneakers à la New Balance (990, 992 ou 993 sont très bien) ou à la Nike (souvent des Air Monarch), un jean délavé assez clair et un t-shirt blanc très classique. Petite touche finale, le fameux dad hat de votre équipe préférée, ou d'une bonne référence corporate.

📸 2021 en photographies

Cette semaine, le TIME a sorti la retrospective annuelle des photos les plus marquantes de l'année. Pas besoin de me perdre dans de longs paragraphes pour vous dire à quel point ces photos-là sont fascinantes. Alors en voici quelques-unes, et les autres sont à retrouver sur le site du TIME.

En parlant de photographies, j'ai publié cette semaine sur Instagram une très belle série de photos prise par Stephan Gladieu en Corée du Nord avec le texte issu de son témoignage recueilli à l'occasion de son exposition aux Rencontres d'Arles. N'allez surtout pas voir ça sur le Insta d'Éclectique mais sur son site directement où elles seront toutes accessibles.

Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !

Matthieu

Good evening, everyone, and welcome to a new edition of Missive du Monde Actuel, a slightly special one since it’s the last before my oral presentation on this project, which was originally created for a class. Since the newsletter is a huge national success, it will carry on even after it’s been graded. Which makes me all the happier to keep a class project going even after its last judgment.

👨‍👩‍👧 Scenes from a Marriage

You already know the adage “If it’s Arte, it’s bound to be good,” previously used in this digital letter. Well, if it’s HBO, it’s bound to be good too. Already the producer of the best TV series of the 21st century, HBO took on Daniel Bergman’s wish to remake a Swedish series from the ’70s. That series, Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale or Scenes from a Marriage), was his father Ingmar’s: a huge popular hit around the world and the trigger for a wave of divorces.

The concept is seductive. Shot almost entirely behind closed doors, the series zeroes in on the actors, their dialogue, their behavior and their emotions. Bergman said of his actors (back in his Swedish version) that they “were talented, had every resource, had read all the necessary books, but didn’t know how to handle the simplest emotions.”

Brilliantly brought to life on screen and off it (Twitter users’ libido remembers it perfectly) by Oscar Isaac and Jessica Chastain, the series makes us privileged witnesses, settled into the home of a couple with deep cracks.

You also have to watch these 5 episodes for the style sported by Isaac (Chastain’s is just as divine) and his colossal paternal emanations (read: dad vibes, translating anglicisms has its limits). The archetype of the cool philosophy professor at an Ivy League school, Oscar Isaac embodies perfect normcore (hats off to Miyako Bellizzi, who had already worked as a stylist on Uncut Gems), a casuale combo (can you make an anglicism agree in gender?) of New Balance, baggy jeans and a li-ttle 🤌 Dries Van Noten cardigan (I imagine not every philosophy professor shops at Dries Van Noten).

Scenes from a Marriage is an ode to fragility, to imperfection, and it is, to paraphrase a great man of our national culture, reeeally goood.

If the series interests you, you can watch it legally on OCS, or through an alternative pirate channel also known as torrent, or by asking me to forward you an email (which does not commit the editor-in-chief of this newsletter) with every episode on WeTransfer. 😎

👟 What is normcore?

Since I use a fair number of insider expressions to give the illusion that I know something about fashion, it’s always useful to explain them.

Normcore, which defines Oscar Isaac’s style in the aforementioned series, was largely popularized by Steve Jobs before eventually being theorized. Normcore is the sartorial ode to “normal,” which is completely vague, since you’d then have to define “normal.”

The origins of the term normcore are traced back to a text on trend forecasting published in 2013. According to the Oxford dictionary, normcore is “a trend in which ordinary clothes are worn as a deliberate fashion statement.” In Jobs’s case, the uniform of New Balance 992s, Levi’s 501s and a mock neck (not to be confused with a turtleneck) seems to represent the ultimate in simple kit, but its conception was genuinely sophisticated, especially when you know this “normal” style was dreamed up by designer Issey Miyake (who supplied the black tops) especially for Jobs.

Normcore is also closely associated with dad style, with openly embraced advertising links, as at New Balance (with its 990 model), which is “worn by models in London and dads in Ohio.” That slogan echoes contemporary fashion, which sees more and more teens and young adults wearing the sneakers their parents wore back in the day.

To adopt this “anti-fashion” style, a few key elements. Old sneakers, New Balance style (990, 992 or 993 are all great) or Nike style (often Air Monarchs), fairly light washed-out jeans and a very classic white T-shirt. The finishing touch: the famous dad hat of your favorite team, or of a good corporate reference.

📸 2021 in photographs

This week, TIME released its annual retrospective of the year’s most striking photos. No need to lose myself in long paragraphs to tell you how fascinating these photos are. So here are a few of them, and the rest can be found on TIME’s website.

Speaking of photographs, this week I posted on Instagram a very beautiful series of photos taken by Stephan Gladieu in North Korea, with text drawn from his account gathered for his exhibition at the Rencontres d’Arles. Whatever you do, don’t go looking for them on Éclectique’s Insta, but directly on his website, where they’re all available.

Thanks for reading 🫂 and see you next week!

Matthieu

大家晚上好,欢迎来到新一期《当下世界通讯》(Missive du Monde Actuel)。这一期有点特别:这个项目最初是为一门课做的,而这是我答辩前的最后一期。鉴于这封通讯在全国范围内大获成功,就算课程评分结束了,它也会继续办下去。一个课堂项目在经历了“最后的审判”之后还能继续做,这让我格外开心。

👨‍👩‍👧 婚姻生活

“只要是Arte出品,就一定是好东西”——这句格言你们已经在这封数字通讯里见过了。好吧,只要是HBO出品,也一定是好东西。HBO早就出品过21世纪最好的电视剧,这次又接下了丹尼尔·伯格曼的心愿:翻拍一部70年代的瑞典剧集。这部剧就是《Scener ur ett äktenskap》(《婚姻生活》,英文名Scenes from a Marriage),出自他父亲英格玛之手,当年在全世界大受欢迎,还引发了一连串离婚潮。

设定很诱人。全剧几乎是在一个封闭空间里拍的,镜头全部聚焦在演员身上:他们的对白、举止和情绪。伯格曼曾这样评价自己的演员(瑞典版那会儿):他们“才华横溢,什么资源都有,该读的书全都读过,却连最简单的情绪都处理不好”。

奥斯卡·伊萨克和杰西卡·查斯坦在银幕上、在银幕外都演得精彩绝伦(推特网友的荷尔蒙可是记得清清楚楚)。这部剧让我们像一个特权见证者一样,住进这对裂痕深重的夫妻家里。

这5集还有一个非看不可的理由:伊萨克的穿搭风格(查斯坦的也同样神仙),以及他身上溢出屏幕的巨型爹味(这里指的是dad vibes,翻译外来词终究是有极限的)。奥斯卡·伊萨克活脱脱就是常春藤里那种很酷的哲学教授,把完美的normcore穿到了极致(给Miyako Bellizzi鼓掌,她之前就担任过《原钻》的造型师):New Balance、一条宽松牛仔裤,再加一件小~小~🤌的德赖斯·范诺顿开衫,casuale得刚刚好(外来词也能加阴性词尾吗?)(我想,应该不是每个哲学老师都去德赖斯·范诺顿买衣服吧)。

《婚姻生活》是一首献给脆弱与不完美的颂歌,借用我们国家文化界一位伟人的话来说,它真的很棒棒。

如果你对这部剧感兴趣,可以在OCS上合法观看,或者走另一条俗称种子的盗版渠道,又或者让我给你转发一封邮件(本通讯主编概不负责),里面用WeTransfer打包了全部剧集。😎

👟 normcore到底是什么?

我虽然经常用一些圈内黑话,好营造出一种自己很懂时尚的错觉,但把它们解释清楚总归是有用的。

normcore(常态核),也就是上面那部剧里奥斯卡·伊萨克的风格,在被正式理论化之前,很大程度上是被史蒂夫·乔布斯带火的。normcore是一首献给“普通”的穿搭颂歌,这个说法其实非常模糊,因为你还得先定义什么叫“普通”。

normcore这个叫法最早可以追溯到2013年发表的一篇趋势分析文章。按《牛津词典》的定义,normcore是“一种把普通衣服当作刻意的时尚宣言来穿的潮流”。以乔布斯为例,New Balance 992、李维斯501加高领衫(别和“翻领”搞混了)这套制服,看上去是极致简单的行头,背后的构思却相当讲究,尤其当你知道这套“普通”风格是设计师三宅一生(黑色上衣就是他提供的)专门为乔布斯量身打造的。

人们也常把normcore和老爹风联系在一起,品牌方的广告也毫不避讳,比如New Balance(他们的990系列)就说自己“穿在伦敦的模特脚上,也穿在俄亥俄的老爸脚上”。这句口号正好呼应了当下的时尚:越来越多的青少年和年轻人,穿起了他们爸妈当年穿过的球鞋。

想玩转这种“反时尚”风格,有几个关键单品。一双旧旧的New Balance(990、992或993都很好)或者Nike(通常是Air Monarch),一条洗得偏浅色的牛仔裤,再配一件最经典的白T恤。最后点睛一笔:一顶印着你最爱球队的经典老爹帽,或者印着某个妙到不行的企业梗。

📸 照片里的2021

这周,《时代》杂志发布了一年一度的年度最震撼照片回顾。不用我写一大段话来告诉你们这些照片有多迷人。那就先放几张在这里,其余的请移步《时代》官网。

说到照片,这周我在Instagram上发了一组非常美的照片,是Stephan Gladieu在朝鲜拍的,配文取自他在阿尔勒摄影节办展时留下的自述。千万别去Éclectique的Insta上看,直接去他本人的网站,所有照片都能在那里看到。

感谢阅读🫂,我们下周见!

Matthieu

MDMA 0003 · ·Substack ↗

Lisez comme vous êtes

Read as you are

我就喜欢读

SALUT À TOUS j'es-père que vous allez bien ! On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle newsletter. Merci beaucoup pour vos retours sur les deux premières éditions, c'est très très apprécié. Pas de longue introduction aujourd'hui, on commence direct !

🍟 Parapapapa

Formidable curation des McDo les plus étonnants du monde, "Nonstandard McDonald's" recense les fast food les plus fous de la chaine américaine. Est précisé à chaque post la localisation du bâtiment, et si ce dernier est actif ou fermé. J'ai pu y découvrir un des sept McDo américains qui n'ont qu'une seule arche en lieu et place du "M", pourquoi le McDo de Sedona (Arizona) a une arche turquoise plutôt que le traditionnel jaune, le "McSki" de Sälen en Suède, dans lequel on passe au drive... en ski. Le McDo où l’on mange des nuggets dans un avion en Nouvelle-Zélande, sur le Nil à Assouan en Égypte, ou dans une pyramide à l'hôtel Ibis de Coire (Suisse).

Quand on pourrait s'attendre à ce qu'une telle chaine de fast-food alimente une uniformité architecturale stricte (genre Buffalo Grill), la créativité est pour le moins surprenante, parfois déroutante. L'exploration de ce compte se révèle être étonnamment cathartique. Plus je voyais ces lieux qui me provoquaient fascination et effroi, moins j'avais envie de McDo. Tant mieux j’imagine.

🇨🇿 L’ambassade tchèque à Berlin

L'été dernier, je suis parti en amoureux à Berlin pour une quête architecturale que j'avais initié à travers mes lectures sur le Bauhaus (comme celle-là) et la construction de la ville. Comme tout amateur d'architecture qui n'y connait quasiment rien, j'ai couru après les célèbres Mies van der Rohe, Le Corbusier, ou Walter) Gropius. En réalité, je n'ai même pas vu les deux derniers tant je suis resté dans le centre. Cependant, en quittant la Potsdamer Platz pour la porte de Brandebourg, je bug complètement sur un bâtiment fascinant.

Brutaliste dans l'âme, j'ai été charmé par la perception qu'on peut avoir de ces bâtiments en béton, à la frontière entre le futurisme et le désuet. Située dans le quartier des ambassades de Berlin (dans ce qui était à l'époque Berlin-Est), à proximité de la porte de Brandebourg où français et américains se mettent bien, ce qui était alors l'ambassade de la République Socialiste Tchécoslovaque voit le jour pendant la Guerre Froide. Entre 1974 et 1978, le couple d'architectes tchèques Věra Machoninová et Vladimír Machonin pensent le design du bâtiment et de son intérieur.

Quand l'ambassade ouvre en 78, le couple ne reçoit aucune reconnaissance pour leur travail à cause d’une raison particulière. Après le printemps de Prague de 1968, certains tchèques sont exclus de leurs professions (dans le cas de nos architectes, leur firme était en conflit avec le régime). Ainsi, Machoninová et Machonin restèrent en quelque sorte des architectes clandestins jusqu'en 90 et la chute du régime communiste.

En 93, la Tchécoslovaquie n'est plus et la Slovaquie obtient son ambassade à Tiergarten. Ce qui pose un problème car la taille du bâtiment avait été pensée pour près de 500 employés, mais la séparation du pays et l'évolution du contexte géopolitique a fait diminuer la nécessité de personnel à 50 employés aujourd'hui. Remis en cause un temps quant à son rendement, le bâtiment a été conforté et préservé.

En Europe de l’Est, nombreux bâtiments brutalistes soviétiques ont été abandonnés au fil des ans. Ils tiennent debout en portant le poids du temps, de l'Histoire en étant soutenu par la nostalgie des amoureux d'une architecture perdue. À Berlin, l'ambassade de la République Tchèque trône comme une parenthèse nostalgique immuable dans un environnement contemporain témoin des grandes évolutions de l'Histoire.

En parlant d'Histoire de l'Allemagne, Joyeux Anniversaire en retard à la chute du Mur et à CE moment gravé à jamais dans l'Histoire de l'humanité.

Le texte qui suit est écrit par Nathan Vergé, qui contribue grandement au développement d’Éclectique avant même qu’Éclectique ne soit quoi que ce soit de concret. Nate étudie à l’ENSAV (école du cinoche) ce qui fait de lui un 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, ce qui fait de lui un mec cool puisqu’il est en mesure de parler pertinemment de Kubrick ou d’Andrei Tarkovsky. De temps à autre, il viendra enrichir MDMA de sa culture ciné. Aujourd’hui, il nous parle d’A24 (la meilleure société de production del mundo) et d’un trailer intriguant.

🐌 Éloge de la lenteur

NV : En me baladant récemment dans les vidéos de mes abonnements YouTube, je suis tombé sur un étrange trailer. La chaine YouTube est celle d’A24, célèbre entreprise américaine de production indépendante d’où sont déjà sortis moult chefs-d’œuvre dont The Lighthouse, First Cow, Mid90’s ou encore Uncut Gems. La vidéo est intitulé « The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24 ». « (Infinite) » ? Pas très commun dans le titre d’un trailer YouTube.

Après le premier visionnage de la vidéo, je ne comprends pas grand-chose. Un homme, une plage, des poules, de la cuisine, une succession de plusieurs trailers et surtout un étrange appel à visionner le film durant la semaine du 22 au 28 novembre (uniquement) lors d’un événement en continu sur une plateforme en ligne made in A24 intitulée « Screening Room ».

En fouillant quelques articles comprenant des interviews du réalisateur, Warwick Thornton, j’apprends qu’originellement le film est en réalité un docu-série en six parties de 25 minutes diffusées sur des chaines australiennes. A24 aurait donc potentiellement fait de cette série un film de 2h30 qu’ils diffuseront en boucle durant la semaine du 22 au 28 novembre. Original.

Pour ce qui est du contenu, comme toute communication autour des nouvelles sorties A24, c’est assez flou et mystérieux. Le trailer met l’accent sur une expérience sensorielle qui semble s’éloigner (renforcé également par sa diffusion particulière) des formes classiques du cinéma. À l'occasion d’une interview accordée au Guardian lors de la diffusion originelle de la série, Thornton nous apprend qu’elle lui a permis de s’enfuir et de se réaligner après un coup de mou sur son esprit, son corps et son âme en essayant de retrouver une forme de modération dans une époque de surplus.

The Beach, avec sa longueur et son approche très méditative et contemplative, s’inscrit pleinement dans le genre du « Slow TV » qui consiste à filmer et diffuser de manière ininterrompue — du début à la fin — un événement tout à fait ordinaire. Une des œuvres les plus notables, et sûrement celle qui amorce le genre, est la diffusion du trajet de Bergen à Oslo à la télévision norvegienne, durant 7h.

Dans la même veine, une diffusion live de 134 heures (cinq jours et demi, tout de même) d’un voyage en bateau est retransmise en 2011 toujours à la télévision norvégienne. Sa popularité grandissante durant la fenêtre de visionnage (50% de la population s'est branché dessus à un moment donné) l’a quasiment transformé en un évènement interactif, des bateaux rencontrant le navire le long de la côte afin d'apparaître comme figurant dans la distribution. En France, le concept est arrivé sur France 4 en 2014 avec Tokyo Reverse. Durant 9 h 10, un homme déambule dans les rues de Tokyo, avec comme particularité que les séquences sont diffusées en sens inverse, faisant donc du personnage central la seule personne avançant et le monde reculant autour de lui. Étrange.

Matthieu à nouveau : Avant de se quitter, je voulais vous partager pêle-mêle l'excellente newsletter Embedded de Kate Lindsay et Nick Catucci et leur superbe édition sur "l'internet qui disparait", les TikToks ferroviaires de Francis Bourgeois, ou un article vraiment excellent sur le concert tragique de Travis Scott au début du mois.

Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !

Matthieu

HI EVERYONE, I ho-ope you’re all doing well! We’re back today with a brand-new newsletter. Thank you so much for your feedback on the first two editions, it’s really, really appreciated. No long intro today, let’s dive straight in!

🍟 Parapapapa

A wonderful curation of the most unexpected McDonald’s on the planet, “Nonstandard McDonald’s” catalogues the wildest outposts of the American fast-food chain. Each post tells you where the building is and whether it’s still open or closed. That’s where I discovered one of the seven McDonald’s in the US that have a single arch instead of the “M”, why the McDonald’s in Sedona (Arizona) has a turquoise arch rather than the classic yellow, and the “McSki” in Sälen, Sweden, where you go through the drive-thru... on skis. There’s the McDonald’s where you eat your nuggets inside a plane in New Zealand, one on the Nile in Aswan, Egypt, and one in a pyramid at the Ibis hotel in Chur (Switzerland).

You’d expect a fast-food chain like that to churn out strictly uniform architecture (Buffalo Grill-style), but the creativity is surprising to say the least, and sometimes downright baffling. Scrolling through this account turns out to be weirdly cathartic. The more of these places I saw, filling me with equal parts fascination and dread, the less I felt like eating McDonald’s. Probably for the best.

🇨🇿 The Czech embassy in Berlin

Last summer, I went on a romantic trip to Berlin for an architectural quest I’d kicked off by reading about the Bauhaus (like this piece) and how the city was built. Like any architecture fan who knows next to nothing about it, I chased after the famous Mies van der Rohe, Le Corbusier, or Walter) Gropius. Truth is, I didn’t even see the last two, I stuck to the center so much. However, walking from Potsdamer Platz to the Brandenburg Gate, I completely froze in front of a fascinating building.

A Brutalist at heart, I’ve always been charmed by the way these concrete buildings come across, somewhere between futuristic and old-fashioned. Located in Berlin’s embassy district (in what was then East Berlin), near the Brandenburg Gate where the French and the Americans are living it up, what was then the embassy of the Czechoslovak Socialist Republic came into being during the Cold War. Between 1974 and 1978, the Czech architect couple Věra Machoninová and Vladimír Machonin designed the building and its interior.

When the embassy opened in ’78, the couple got no credit at all for their work, for one particular reason. After the Prague Spring of 1968, some Czechs were barred from their professions (in our architects’ case, their firm was at odds with the regime). So Machoninová and Machonin remained, in a way, underground architects until 1990 and the fall of the communist regime.

In ’93, Czechoslovakia was no more, and Slovakia got its own embassy in Tiergarten. Which was a problem, because the building had been sized for nearly 500 staff, but the split of the country and the shifting geopolitical context brought the need down to 50 employees today. Its efficiency was questioned for a while, but in the end the building was reinforced and preserved.

In Eastern Europe, many Soviet Brutalist buildings have been abandoned over the years. They’re still standing, bearing the weight of time and of History, propped up by the nostalgia of people in love with a lost architecture. In Berlin, the embassy of the Czech Republic stands proud like an unchanging, nostalgic parenthesis in a contemporary setting that has witnessed History’s great upheavals.

Speaking of German History, a belated Happy Birthday to the fall of the Wall and to THAT moment forever etched in the History of humankind.

The following piece is written by Nathan Vergé, who has contributed hugely to Éclectique’s development since before Éclectique was anything concrete at all. Nate studies at ENSAV (film school), which makes him a 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, which makes him a cool guy, since he can talk intelligently about Kubrick or Andrei Tarkovsky. Every now and then, he’ll drop by to enrich MDMA with his film knowledge. Today, he’s talking about A24 (the best production company del mundo) and an intriguing trailer.

🐌 In praise of slowness

NV: Browsing through the videos from my YouTube subscriptions recently, I stumbled across a strange trailer. The channel was A24’s, the famous American independent production company behind countless masterpieces, including The Lighthouse, First Cow, Mid90s and Uncut Gems. The video is titled “The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24”. “(Infinite)”? Not exactly common in a YouTube trailer title.

After watching the video for the first time, I barely understood a thing. A man, a beach, chickens, cooking, a string of several trailers, and above all a strange invitation to watch the film during the week of November 22 to 28 (only) at a continuous event on an online platform made by A24 called “Screening Room”.

Digging through a few articles featuring interviews with the director, Warwick Thornton, I learned that the film was originally a six-part docuseries of 25-minute episodes aired on Australian TV. So A24 may have turned the series into a 2.5-hour film that they’ll stream on loop during the week of November 22 to 28. Original.

As for the content, like all the communication around new A24 releases, it’s pretty vague and mysterious. The trailer emphasizes a sensory experience that seems to drift away (something reinforced by its unusual release) from classic forms of cinema. In an interview with the Guardian when the series first aired, Thornton explained that it allowed him to escape and realign himself after a slump in mind, body and soul, by trying to rediscover a kind of moderation in an age of excess.

The Beach, with its length and its very meditative, contemplative approach, fits squarely into the “Slow TV” genre, which consists of filming and broadcasting a completely ordinary event uninterrupted, from start to finish. One of the most notable works, and probably the one that kicked off the genre, is the broadcast of the Bergen to Oslo train journey on Norwegian TV, lasting 7 hours.

In the same vein, a 134-hour live broadcast (five and a half days, no less) of a boat voyage aired in 2011, again on Norwegian TV. Its growing popularity during the viewing window (50% of the population tuned in at some point) practically turned it into an interactive event, with boats meeting the ship along the coast so they could appear as extras in the cast. In France, the concept landed on France 4 in 2014 with Tokyo Reverse. For 9 hours and 10 minutes, a man wanders the streets of Tokyo, with the twist that the footage plays backwards, making the central character the only person moving forward while the world rewinds around him. Weird.

Matthieu again: Before we part ways, I wanted to share a grab bag of things: the excellent Embedded newsletter by Kate Lindsay and Nick Catucci and their superb edition on “the internet that disappears”, Francis Bourgeois’s trainspotting TikToks, and a truly excellent article about Travis Scott’s tragic concert earlier this month.

Thanks for reading 🫂 and see you next week!

Matthieu

大——家——好,希望你们一切都好!今天我们又见面啦,新一期newsletter来了。超级感谢大家对前两期的反馈,真的真的很受用。今天就不啰嗦开场白了,直接开冲!

🍟 叭叭叭叭叭

全世界最离谱麦当劳的神级合集——“Nonstandard McDonald's”,专门收录这家美国连锁最疯狂的门店。每条帖子都会标明建筑的位置,以及它还在营业还是已经关门。我在这里认识了美国七家麦当劳中的一家——它们只有一道拱门,而不是那个“M”;搞懂了为什么塞多纳(亚利桑那州)的麦当劳拱门是绿松石色的,而不是经典的黄色;还有瑞典萨伦的“McSki”,在那儿你可以……踩着滑雪板过得来速。还有新西兰那家可以坐在飞机里吃麦乐鸡的麦当劳,开在埃及阿斯旺尼罗河上的,或者开在库尔宜必思酒店(瑞士)里一座金字塔中的。

你本以为这样一家快餐连锁会贯彻严格统一的建筑风格(类似Buffalo Grill那种),结果它的创意至少可以说是惊人,有时甚至让人摸不着头脑。刷这个账号的体验出乎意料地治愈。这些地方让我又着迷又惊恐,看得越多,我就越不想吃麦当劳。我想,这也挺好。

🇨🇿 柏林的捷克大使馆

去年夏天,我和另一半去了趟柏林,开启一场建筑朝圣之旅——起因是我读了不少关于包豪斯(比如这篇)和这座城市建造史的东西。跟所有几乎啥也不懂的建筑爱好者一样,我追着那些大名鼎鼎的密斯·凡·德·罗、勒·柯布西耶,还有瓦尔特)·格罗皮乌斯跑。说实话,后面两位的作品我压根没看到,因为我一直窝在市中心。不过,从波茨坦广场往勃兰登堡门走的路上,我被一栋迷人的建筑彻底定住了。

作为一个骨子里的粗野主义信徒,我一直很迷这些混凝土建筑给人的那种感觉——游走在未来感和过时感的边界上。它位于柏林的使馆区(当年属于东柏林),离勃兰登堡门不远,法国人和美国人在那儿关系融洽;这栋当时的捷克斯洛伐克社会主义共和国大使馆诞生于冷战时期。1974年至1978年间,捷克建筑师夫妇Věra Machoninová和Vladimír Machonin操刀设计了这栋建筑及其室内。

78年大使馆落成时,这对夫妇的心血却没有得到任何认可,原因很特殊。1968年布拉格之春之后,一些捷克人被逐出了自己的行业(就我们这两位建筑师而言,他们的事务所和政权闹翻了)。于是,Machoninová和Machonin在某种程度上一直当着“地下建筑师”,直到90年共产主义政权倒台。

93年,捷克斯洛伐克不复存在,斯洛伐克在蒂尔加滕有了自己的大使馆。问题来了:这栋楼当初是按近500名员工的规模设计的,可国家分家、地缘政治格局变化之后,如今只需要50名员工。它的使用效率一度遭到质疑,但最终这栋建筑还是被巩固、保留了下来。

在东欧,许多苏联时期的粗野主义建筑这些年陆续被废弃。它们扛着时间和历史的重量屹立不倒,靠的是那些爱着一种失落建筑的人的乡愁撑着。而在柏林,捷克共和国大使馆就像一段永恒不变的怀旧插曲,端坐在一个见证了历史巨变的当代环境之中。

说到德国历史,迟到的生日快乐送给柏林墙倒塌,也送给这个永远镌刻在人类历史上的瞬间。

下面这篇文字出自Nathan Vergé之手——早在éclectique还八字没一撇的时候,他就已经为它的发展出了大力。Nate在ENSAV(电影学校)念书,这让他成了一名资深迷影人,也让他成了一个很酷的家伙,毕竟他能头头是道地聊库布里克或者安德烈·塔可夫斯基。他会时不时来给MDMA加点电影料。今天,他要聊聊A24(全宇宙最强制片公司)和一支耐人寻味的预告片。

🐌 慢的礼赞

NV:最近我在YouTube订阅列表里闲逛,刷到了一支奇怪的预告片。频道是A24的——这家著名的美国独立制片公司已经出品了无数杰作,比如《灯塔》《第一头牛》《90年代中期》,还有《原钻》。视频标题叫“The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24”。“(Infinite)”?这在YouTube预告片标题里可不常见。

第一遍看完,我基本没看懂。一个男人,一片海滩,几只鸡,做饭,好几支预告片接连登场,最重要的是一个奇怪的邀请:请在11月22日至28日这一周(仅限这一周)观看这部电影,形式是在A24自家出品的线上平台“Screening Room”上进行的一场不间断放映活动。

翻了几篇收录导演沃里克·桑顿采访的文章后,我才知道这部片原本其实是一部六集的纪录剧集,每集25分钟,在澳大利亚的电视频道播出过。所以A24很可能是把这部剧剪成了一部两个半小时的电影,在11月22日至28日这一周循环播放。够别出心裁。

至于内容,跟A24所有新片的宣传一样,相当模糊又神秘。预告片强调的是一种感官体验,似乎有意远离传统的电影形式(它特别的放映方式也强化了这一点)。在剧集首播时接受《卫报》采访时,桑顿告诉我们,在身心灵都陷入低谷之后,这部剧让他得以逃离、重新校准自己,试着在一个过剩的时代里找回某种节制。

《The Beach》篇幅漫长,路数极其冥想、沉静,完完全全属于“慢电视”这一类型——也就是把一件再普通不过的事从头到尾、不间断地拍下来播出去。这一类型里最著名、多半也是开山之作的,是挪威电视台播出的从卑尔根到奥斯陆的火车全程,整整7小时。

同样的路数,2011年挪威电视台还直播了一场长达134小时(好歹五天半呢)的乘船航行。直播期间热度一路走高(全国50%的人都在某个时刻看过),几乎把它变成了一场互动事件:沿岸的船只纷纷迎上这艘船,就为了在“演员表”里客串一把。在法国,这个概念在2014年通过Tokyo Reverse登陆France 4。9小时10分钟里,一个男人在东京街头闲逛,特别之处在于画面是倒放的,于是主角成了唯一在往前走的人,而整个世界都在他身边倒退。怪哉。

Matthieu又回来了:分别之前,我想一股脑儿给你们安利几样东西:Kate Lindsay和Nick Catucci的超赞newsletter Embedded,以及他们关于“正在消失的互联网”的那期神作;Francis Bourgeois的火车TikTok;还有一篇真的写得超好的文章,讲的是本月初特拉维斯·斯科特那场悲剧演唱会。

感谢阅读🫂,我们下周见!

Matthieu

MDMA : hors-série · ·Substack ↗

Karlexander à Toulouse

Karlexander in Toulouse

Karlexander在图卢兹

Bonjour à vous, bienvenue dans ce hors-série de MDMA

En passant une partie de la semaine dernière à Toulouse, j'ai eu l'occasion d'assister au vernissage de la dernière exposition de Karlexander, "SOLIDE", qu'il a en partie réalisé avec le sculpteur Alexandre Nicolas.

Karl avait promis des œuvres et des jus de fruits, mais il y avait aussi des bonbons. Sincèrement, nous devions entre 100 et 200, dispersés aux alentours de la galerie avec notre Oasis à la main, lentement trempés par une pluie fine vicieuse qui ne s'arrêta jamais. De toute cette foule, la plupart avait probablement entre 18 et la vingtaine, venus pour Karl, pour Alexandre Nicolas ou par hasard et directement attirés par les œuvres de la galerie.

Les personnes avec qui j'ai pu échanger ce soir-là m'ont toutes confiées à quel point elles étaient non seulement enthousiasmées par la culture à Toulouse, mais par un art qui les concerne réellement. Le mélange entre antique et contemporain de Karl place le jeune spectateur face à une référence culturelle qu'il comprendra forcément et l'accompagne vers une autre référence qu'il ne connait pas nécessairement, mais qu'il découvre et explore ensuite. Les galeries peuvent parfois être intimidantes, elles semblent réservées à ceux qui savent, qui connaissent, et font parfois ressentir à l'amateur naïf qu'il n'y apportera rien de plus utile que son admiration spontanée.

La Galerie Bouquières a permis de faire en sorte que tout le monde puisse parler d'art sans se soucier de ses connaissances, de ses références, chacun mettant en avant ses perceptions, ses sensations. Se réunir aussi nombreux autour de ces œuvres a également permis à ces échanges d'être enrichis de toutes les personnalités présentes.

Pour ceux qui ont l'occasion de passer à Toulouse, Karl reste souvent à la galerie pour changer les ampoules de la salle d'expo. Parler des œuvres avec lui donne vraiment une perception différente et enrichit réellement ce qu'on peut voir sur sa page Instagram.

L'exposition dure jusqu'au 21 novembre dans la Galerie Bouquières (29 rue Bouquières, 31000 Toulouse) - du lundi au samedi (11h - 19h30).

Je voudrais terminer ce court hors-série en vous parlant d'une autre exposition toulousaine à la Maison de l'Occitanie, "Josette et les Femmes", seulement à quelques minutes à pied de celle de Karl. Dédicace à Léna qui a organisé ça à travers l'association toulousaine Culture & Ambition.

Enfin, je remercie Jordan pour les photos du vernissage (ici dans la newsletter) de l'expo et pour sa réactivité de malade. Vous pouvez checkez ses photo ici et là.

On se retrouve dès jeudi pour la troisième édition de MDMA !

À très vite,

Matthieu

Hello there, welcome to this special issue of MDMA

While spending part of last week in Toulouse, I got the chance to attend the opening of Karlexander’s latest exhibition, “SOLIDE”, which he created partly with the sculptor Alexandre Nicolas.

Karl had promised art and fruit juice, but there was candy too. Honestly, there must have been somewhere between 100 and 200 of us, scattered around the gallery with an Oasis in hand, slowly soaked by a sneaky drizzle that never let up. Most of the crowd were probably somewhere between 18 and their twenties, there for Karl, for Alexandre Nicolas, or by chance, drawn straight in by the works in the gallery.

The people I got to talk to that night all told me how excited they were, not just about culture in Toulouse, but about art that genuinely speaks to them. Karl’s blend of the ancient and the contemporary puts young viewers in front of a cultural reference they’re bound to get, and walks them toward another one they don’t necessarily know, but go on to discover and explore. Galleries can be intimidating sometimes: they seem reserved for those in the know, those with the background, and they can make the naive amateur feel like they have nothing more useful to bring than their spontaneous admiration.

The Galerie Bouquières made it possible for everyone to talk about art without worrying about their knowledge or their references, with each person sharing their own perceptions and feelings. Having so many people gathered around these works also meant those conversations were enriched by all the personalities in the room.

For those of you passing through Toulouse, Karl often hangs around the gallery changing the light bulbs in the exhibition space. Talking about the works with him really gives you a different perspective and genuinely adds to what you can see on his Instagram.

The exhibition runs until November 21 at the Galerie Bouquières (29 rue Bouquières, 31000 Toulouse), Monday to Saturday (11am to 7:30pm).

I’d like to wrap up this short special issue by telling you about another Toulouse exhibition at the Maison de l’Occitanie, “Josette et les Femmes”, just a few minutes’ walk from Karl’s. Shout-out to Léna, who organized it through the Toulouse association Culture & Ambition.

Finally, thanks to Jordan for the photos of the exhibition opening (featured here in the newsletter) and for his insanely quick turnaround. You can check out his photos here and there.

See you on Thursday for the third edition of MDMA!

Talk soon,

Matthieu

大家好,欢迎来到MDMA的这期特别版

上周有几天我待在图卢兹,有幸去了Karlexander最新展览“SOLIDE”的开幕式,这个展有一部分是他和雕塑家Alexandre Nicolas合作完成的。

Karl之前承诺会有作品和果汁,结果现场居然还有糖果。说真的,我们大概有一两百号人,手里拿着Oasis散在画廊周围,被一场阴险的、怎么都不肯停的毛毛雨慢慢淋透。这一大群人里,大多数大概在18岁到二十几岁之间,有人为Karl而来,有人为Alexandre Nicolas而来,也有人纯属路过,直接被画廊里的作品吸引了进来。

那晚跟我聊过的人都跟我说,他们不仅对图卢兹的文化氛围感到兴奋,更兴奋的是遇到了一种真正和他们有关的艺术。Karl把古典和当代混在一起,让年轻观众先面对一个他们肯定看得懂的文化参照,再把他们引向另一个他们未必了解、但会随之发现并深入探索的参照。画廊有时候挺让人发怵的,仿佛只属于那些懂行的、见多识广的人,有时还会让天真的业余爱好者觉得,除了一腔自发的赞叹,自己什么有用的东西也贡献不了。

Bouquières画廊做到了让每个人都能聊艺术,而不必在意自己懂多少、知道多少参照,每个人都拿出自己的感知和感受。这么多人聚在这些作品周围,也让这些交流因在场每个人的个性而变得更加丰富。

有机会路过图卢兹的朋友注意了,Karl经常待在画廊里给展厅换灯泡。和他本人聊聊作品,真的会带来不一样的感受,也会让你在他的Instagram主页上看到的东西变得更有滋味。

展览持续至11月21日,地点:Bouquières画廊(29 rue Bouquières, 31000 Toulouse)——周一至周六(11:00–19:30)。

最后,我想用另一个图卢兹的展览来结束这期短短的特别版:在奥克西塔尼之家的“Josette et les Femmes”,离Karl的展只有几分钟步行距离。特别致意Léna,是她通过图卢兹的协会Culture & Ambition组织了这一切。

最后的最后,感谢Jordan拍的开幕式照片(就是这期newsletter里的这些),以及他那疯了一样的神速。他的照片可以在这里和那里看。

周四见,MDMA第三期不见不散!

回头见,

Matthieu

MDMA 0002 · ·Substack ↗

Échec et ne mate pas

Checkmate, no checking out

将军!非礼勿视

Salut à vous tous ! Et merci de ne pas vous être désabonnés dès la première édition. Cette petite introduction me permet de vous faire remarquer que depuis que je suis à la tête d'une lettre numérique de presque 100 abonnés, je réalise en fait que si vous vous désabonnez, je peux complètement vous remettre dans la liste de diffusion de cette newsletter. Premièrement, vous ne vous désabonnerez pas car je me persuade que vous aimez autant lire cette lettre que j'aime l'écrire. Deuxièmement, si vous vous désabonnez, je ne vous remettrai jamais dedans sans consentement car je ne suis ni une personne affreuse sans morale, ni Mark Zuckerberg. Mais au moins vous savez. Sans aucune réelle transition, bienvenue dans la deuxième édition de MDMA.

♟️ La chair, sur vos sens, fait-elle grande impression ?

La scène est toujours aussi étonnante à observer. Marcel Duchamp, 76 ans, faisant face à Ève Babitz, 20 ans. C'est ici certainement l'une des plus célèbres photos d'échecs de l'histoire. Ce jeu, diablement esthétique, est déjà apparu dans le dernier éventail d'inspirations™ d'octobre d'Éclectique à travers la photo somptueuse d'Anatoly Karpov au centre d'un foule homogène de jeunes communistes russes, lors du XVIIème Congrès de Komsomol (1978). Si ici, la photo de notre ami dadaïste et de la jeune écrivaine californienne prise en 1963 par Julian Wasser (cette photo était d'ailleurs son idée et non celle de Duchamp) dans une galerie de Pasadena est importante, c'est quelle symbolise certainement le mieux ce qu'était l'esprit de Duchamp. Tout le monde connait Duchamp pour son urinoir, ready-made qu'il avait mit dans une galerie en le proclamant œuvre d'art. Si ces objets ont façonné sa popularité, Duchamp arrête l'art en 1923 pour se consacrer aux échecs. Il y aime le fait que "les échecs ne puisse être commercialisés".

Voilà ici tout le cynisme de Duchamp. Certaines photos d'archives de Bobby Fischer ou de Boris Spassky (pour ne citer qu'eux) sont formidablement artistiques. Mais elles conservent le fantasme de pureté qui a convaincu Duchamp de se consacrer aux échecs. À travers sa photographie de 1963, Duchamp ouvre justement la porte à ce que les échecs soient, d'une certaine façon, commercialisés. Dans I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz rapporte un témoignage de son père critiquant le jeu médiocre de Duchamp aux échecs. Babitz était encore moins forte, ce qui l'a complexa une fois face à Duchamp. La photo, qui de par son originalité façonne son mythe, place les échecs purement dans une démarche artistique. On n'accorde plus aucune importance au jeu. Duchamp gagne chaque partie, et quand Eve veut continuer, elle est stoppée par Wasser qui a la photo qu'il était venu chercher.

Eve Babitz avoua que sa motivation à poser nue était plus une question d'orgueil suite à une non-invitation qu'une vraie conviction artistique, elle deviendra par la suite une écrivaine acclamée grâce à ses livres sur la culture de Los Angeles. Pour le grand public, elle restera principalement la femme nue des échecs de Duchamp. Cette photo bafoue l'intérêt objectif des échecs pour favoriser une mise en scène que chacun peut fantasmer à sa guise (pas forcément une mauvaise chose). Pour Duchamp, une photographie n'est pas une photographie, ni une partie d'échecs, ni un nu, c'est simplement de l'art. Sans vraiment toujours se poser la question de son sens.

“Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais, sur-le-champ, vous quitter la partie.”

💊 Cachez cet acronyme que je ne saurais lire

Comme vous l'avez tous déjà remarqué, cette lettre numérique porte en elle un acronyme tendancieux qui me permet de faire régulièrement des bonnes blagues de lourdo. En réalité, MDMA n'est pas un acronyme mais un sigle car il ne se prononce pas comme un mot mais s'épelle lettre après lettre (merci à la journaliste de 28 Minutes Alix Van Pée pour la précision utile). La création de cette lettre et de son sigle s'est accordée dans un timing impeccable avec un article de The Economist qui dézingue gentiment l'obsession française des acronymes, une abomination linguistique. "Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliquer, puis simplifier ensuite ?", se demande le chapô de l'article.

Comme rappelé par Alix Van Pée, l'Académie Française est elle aussi farouchement opposée à ces acronymes car elle défend l'idée qu'on parle pour être compris, et non pas pour aller le plus vite possible. L'écrivain Raymond Queneau s'était amusé dans les années 60 à jouer avec ces sigles. Il formait le mot "achélème" à partir de HLM, transformait gueule de bois en "gédébé", et qualifiait un employé de la RATP "d'ératépiste". D'autres poètes modernes ont intégré les sigles et acronymes dans leur textes pour constater qu’à l’instar des mecs de la B.A.C., ils n’ont pas fait la F.A.C.

Doit-on parler efficacement ou doit-on prendre notre temps pour être compris ? Ces deux questions ne sont pas opposées mais ici réside certainement la différence clé entre les boomers anglais et les destructeurs de mots français.

CQFD.

🇫🇷 Vogue Paris devient Vogue France

C'est certainement la meilleure actualité de la semaine dernière pour les amateurs de magazines. Vogue Paris devient Vogue France.

Si l'effet visuel est sincèrement louable, que le choix d'Aya Nakamura est un joli symbole, que les photos de Carlijn Jacobs sont splendides, que le stylisme de Gabriella Karefa Johnson est fondamental, le groupe Condé Nast (France) ne pouvait quand même pas se payer le luxe d'abandonner ses bons vieux putaclics. On ne fait pas aussi facilement table rase des "7 choses que l'on ignorait sur Nakamura", du "bracelet qu'Aya Nakamura ne quitte jamais", des "15 pièces mode pointues pour calquer le style d'Aya" (sérieux y'a un t-shirt Dior "J'<3 Paris" à 850€), ou, un petit dernier pour la route, des "9 indispensables beauté et lifestyle d'Aya".

Cependant, la fraicheur globale de ce nouveau Vogue est vraiment appréciable. Vogue prend comme tous les magazines le parti de se séparer doucement mais sûrement des éléments visuels détourés, disposés un peu partout sur les pages et que le texte vient épouser pour une mise en page plus minimaliste, qui se rapproche de ce que font depuis longtemps les magazines indépendants. Le premier Vogue France est un bel objet, un magazine à garder volontiers, assez loin des Unes standardisées aux titres encore plus standards de Vogue Paris.

Comme d'hab, les magazines français de Condé Nast sont très bien imprimés et malheureusement un peu bâclés en ligne (hop je glisse un verset de la bible du journaliste). Ce qui est d'autant plus dommage que le journalisme de mode et de célébrités traité avec rigueur et profondeur est possible !

🎸 Sultans of Swing

Pour continuer la semaine sur une note excitante, je voulais vous partager un bon vieux live de rock des années 80. En 83 plus précisément, les Dire Straits jouent au Hammersmith Apollo de Londres et enregistrent dans le même temps un album live (il sera très célèbre). La vidéo que vous allez regarder est vraiment cool pour plusieurs raisons. Déjà, pour chiner les commentaires des vidéos YouTube dans lesquels on apprend parfois des anecdotes contextuelles assez cool sur les rockeurs de ces années-là. Ensuite, parce que ce que fait Mark Knopfler avec sa guitare pendant les dix minutes de Sultans of Swing est pornographique. En symbiose ultime avec sa Stratocaster rouge, il conclue une performance énorme du groupe d'un solo stratosphérique. La vidéo est cool car si Knopfler prend quasiment toute l'attention, les autres sont aussi impériaux, avec un Terry Williams littéralement en feu à la batterie. Vous pouvez retrouvez le concert entier sur vos Spotify/Deezer/LimeWire, et si vous voulez une autre prestation folle de Sultans of Swing, allez voir le solo de malade entre Knopfler et Eric Clapton pendant que Chris White les chauffe au saxophone.

Merci d'avoir lu la deuxième édition de "Missive du Monde Actuel", continuez à faire parvenir vos retours, commentaires et critiques qui m'aident réellement dans la rédaction de la lettre.

On se retrouve dès la semaine prochaine !

Matthieu

Hello, one and all! And thank you for not unsubscribing after the very first edition. This little intro lets me point out that, since becoming the head of a digital letter with almost 100 subscribers, I’ve actually realised that if you unsubscribe, I can totally put you right back on this newsletter’s mailing list. First, you won’t unsubscribe, because I’ve convinced myself you love reading this letter as much as I love writing it. Second, if you do unsubscribe, I will never put you back on it without your consent, because I am neither a horrible person with no morals nor Mark Zuckerberg. But at least now you know. With no real transition whatsoever, welcome to the second edition of MDMA.

♟️ Does the flesh make a great impression on your senses?

The scene is as startling as ever to look at. Marcel Duchamp, 76, facing Eve Babitz, 20. This is surely one of the most famous chess photos in history. The game, devilishly aesthetic, already showed up in Éclectique’s latest October inspiration spread™ via the sumptuous photo of Anatoly Karpov at the centre of a uniform crowd of young Russian communists at the 18th Komsomol Congress (1978). If this photo of our Dadaist friend and the young Californian writer, taken in 1963 by Julian Wasser (the photo was his idea, by the way, not Duchamp’s) in a Pasadena gallery, matters, it’s because it probably best captures what Duchamp’s spirit was all about. Everyone knows Duchamp for his urinal, a ready-made he put in a gallery and declared a work of art. While those objects built his fame, Duchamp quit art in 1923 to devote himself to chess. What he loved about it was that “chess cannot be commercialised.”

And there you have Duchamp’s cynicism in a nutshell. Some archive photos of Bobby Fischer or Boris Spassky (to name just two) are wonderfully artistic. But they preserve the fantasy of purity that convinced Duchamp to devote himself to chess. With his 1963 photograph, Duchamp throws the door wide open to chess being, in a way, commercialised. In I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz recounts her father criticising Duchamp’s mediocre chess playing. Babitz was even worse, which made her self-conscious once she sat across from Duchamp. The photo, whose originality built its own myth, places chess purely within an artistic approach. The game itself no longer matters one bit. Duchamp wins every game, and when Eve wants to keep going, she’s stopped by Wasser, who has the shot he came for.

Eve Babitz admitted that her motivation for posing nude was more a matter of wounded pride after not being invited than any real artistic conviction; she would later become an acclaimed writer thanks to her books on Los Angeles culture. To the general public, she’ll mostly remain the naked woman from Duchamp’s chess game. This photo flouts the objective interest of chess in favour of a staging everyone can fantasise about as they please (not necessarily a bad thing). For Duchamp, a photograph isn’t a photograph, nor a game of chess, nor a nude; it’s simply art. Without always really asking what it means.

“Put a little modesty into your speech, Or I shall, this very instant, quit the game.”

💊 Cover up that acronym I cannot bear to read

As you’ve all already noticed, this digital letter carries a rather suggestive acronym that lets me regularly make terrible dad jokes. Actually, MDMA isn’t an acronym but an initialism, since it isn’t pronounced as a word but spelled out letter by letter (thanks to 28 Minutes journalist Alix Van Pée for the helpful clarification). The launch of this letter and its initialism lined up with impeccable timing with an article in The Economist that gently trashes the French obsession with acronyms, a linguistic abomination. “Why keep it simple when you can make it complicated, then simplify it afterwards?” asks the article’s standfirst.

As Alix Van Pée pointed out, the Académie Française is also fiercely opposed to these acronyms, as it champions the idea that we speak to be understood, not to get it over with as fast as possible. In the ’60s, the writer Raymond Queneau had fun playing with these initialisms. He coined the word “achélème” from HLM, turned gueule de bois into “gédébé,” and called a RATP employee an “ératépiste.” Other modern poets have worked initialisms and acronyms into their lyrics to observe that, just like the guys from the B.A.C., they never went to the F.A.C.

Should we speak efficiently, or should we take our time to be understood? The two questions aren’t opposed, but this is surely where the key difference lies between the English boomers and the French word-wreckers.

QED.

🇫🇷 Vogue Paris becomes Vogue France

This was surely last week’s best news for magazine lovers. Vogue Paris is becoming Vogue France.

While the visual impact is genuinely commendable, the choice of Aya Nakamura is a nice symbol, Carlijn Jacobs’s photos are stunning, and Gabriella Karefa Johnson’s styling is essential, Condé Nast (France) still couldn’t afford the luxury of giving up its good old clickbait. You don’t wipe the slate clean that easily of “7 things we didn’t know about Nakamura,” “the bracelet Aya Nakamura never takes off,” “15 cutting-edge fashion pieces to copy Aya’s style” (seriously, there’s a Dior “J'<3 Paris” T-shirt for €850), or, one more for the road, “Aya’s 9 beauty and lifestyle essentials.”

That said, the overall freshness of this new Vogue is really welcome. Like every magazine, Vogue is choosing to slowly but surely move away from cut-out visuals scattered all over the pages with text wrapped around them, in favour of a more minimalist layout, closer to what indie magazines have been doing for ages. The first Vogue France is a beautiful object, a magazine you’ll happily keep, quite far from the standardised covers with the even more standard headlines of Vogue Paris.

As usual, Condé Nast’s French magazines are beautifully printed and, sadly, a bit sloppy online (let me just slip in a verse from the journalist’s bible). Which is all the more of a shame given that fashion and celebrity journalism done with rigour and depth is possible!

🎸 Sultans of Swing

To keep the week going on an exciting note, I wanted to share a good old ’80s rock live set with you. In ’83, to be exact, Dire Straits played the Hammersmith Apollo in London and recorded a live album at the same time (it would become very famous). The video you’re about to watch is really cool for several reasons. First, for digging through the YouTube comments, where you sometimes pick up pretty cool behind-the-scenes anecdotes about the rockers of that era. Second, because what Mark Knopfler does with his guitar during the ten minutes of Sultans of Swing is pornographic. In ultimate symbiosis with his red Stratocaster , he closes out a huge performance from the band with a stratospheric solo. The video is cool because, even though Knopfler grabs almost all the attention, the others are just as masterful, with Terry Williams literally on fire on drums. You can find the whole concert on your Spotify/Deezer/LimeWire, and if you want another insane performance of Sultans of Swing, go check out the crazy solo duel between Knopfler and Eric Clapton while Chris White fires them up on saxophone.

Thanks for reading the second edition of “Missive du Monde Actuel.” Keep sending in your feedback, comments and critiques; they genuinely help me write the letter.

See you next week!

Matthieu

大家好!也谢谢你们没在第一期之后就退订。借这段小开场白,我想跟大家说一件事:自从我执掌了这份拥有近100位订阅者的电子信,我才发现,就算你们退订了,我也完全可以把你们重新加回这份newsletter的发送名单。第一,你们不会退订的,因为我坚信你们爱读这封信,就像我爱写它一样。第二,就算你们退订了,没有你们的同意,我也绝不会把你们加回去,因为我既不是毫无道德的恶人,也不是马克·扎克伯格。但至少你们现在知道了。毫无过渡地,欢迎来到MDMA第二期。

♟️ 肉体,可曾让您的感官大受震撼?

这个画面无论看多少次都一样令人惊讶。76岁的马塞尔·杜尚,对面坐着20岁的伊芙·巴比茨。这无疑是史上最著名的国际象棋照片之一。国际象棋这项美得要命的游戏,已经在Éclectique十月份最新一期的灵感合集™里出现过:那是一张极美的照片,阿纳托利·卡尔波夫站在一群清一色的苏联共青团青年中间,摄于共青团第十八次代表大会(1978年)。至于这里这张照片——我们的达达主义老朋友和那位年轻的加州女作家,1963年由朱利安·瓦瑟在帕萨迪纳的一家美术馆拍下(顺带一提,拍这张照片是瓦瑟的主意,不是杜尚的)——它之所以重要,是因为它大概最能代表杜尚的精神。人人都知道杜尚的小便池,那件被他摆进美术馆、宣布为艺术品的现成品。这些物件成就了他的名气,可杜尚在1923年就放弃了艺术,转而全身心投入国际象棋。他喜欢的是“国际象棋无法被商业化”这一点。

杜尚的犬儒全在这里了。鲍比·菲舍尔或鲍里斯·斯帕斯基(仅举两例)的一些档案照片都极具艺术感。但它们保留了那种纯粹性的幻想,正是这种幻想说服了杜尚投身国际象棋。而通过1963年的这张照片,杜尚恰恰为国际象棋在某种意义上被商业化打开了大门。在I Was a Naked Pawn for Art(1991)里,巴比茨转述了她父亲的说法,批评杜尚棋艺平平。巴比茨下得更烂,一坐到杜尚对面就自卑起来。这张照片凭着自身的独特性造就了它的神话,把国际象棋完全放进了一种艺术姿态里。棋局本身已经无关紧要。杜尚每一局都赢,而当伊芙想继续下的时候,瓦瑟叫停了她——他已经拿到了他想要的照片。

伊芙·巴比茨承认,她愿意裸体出镜,与其说出于真正的艺术信念,不如说是因为没被邀请而赌了一口气。后来,她凭借书写洛杉矶文化的作品成了备受赞誉的作家。但对大众来说,她主要还是杜尚棋局里的那个裸女。这张照片践踏了国际象棋本身的客观价值,转而成全了一场人人都能随意浮想联翩的摆拍(这倒不一定是坏事)。对杜尚来说,一张照片不是照片,不是一盘棋,也不是一幅裸像,它只是艺术。至于它有什么意义,他也未必总会去想。

“您说话请放谦虚些,否则我这就退出这一局。”

💊 请把这个缩写遮起来,我可不能读

大家肯定早就发现了,这封电子信的名字里藏着一个意有所指的缩写,让我能时不时抖几个烂梗。其实严格来说,MDMA不是首字母拼读词(acronyme),而是首字母缩写(sigle),因为它不是作为一个单词来读,而是一个字母一个字母地念(感谢《28 Minutes》的记者Alix Van Pée的实用指正)。这封信和它的缩写诞生的时机也是巧得完美,正好赶上《经济学人》的一篇文章,温柔地炮轰了法国人对缩写的执念——一种语言上的罪孽。“能简单的事为什么要简单做?不如先搞复杂,再来简化嘛。”文章导语如此发问。

正如Alix Van Pée所提醒的,法兰西学术院也坚决反对这些缩写,因为它坚持认为说话是为了让人听懂,而不是为了越快越好。作家雷蒙·格诺在60年代就玩过这些缩写的文字游戏。他用HLM拼出了“achélème”这个词,把gueule de bois (宿醉)变成“gédébé”,还把巴黎大众运输公司(RATP)的员工叫作“ératépiste”。另一些当代诗人也把首字母缩写写进自己的作品,结果发现,就像B.A.C.的那帮家伙一样,他们也没上过F.A.C.

说话应该追求效率,还是该慢下来让人听懂?这两者并不对立,但英国的boomer和法国的造词破坏王之间最关键的区别,大概就在这里。

证毕。

🇫🇷 Vogue Paris变身Vogue France

对杂志爱好者来说,这大概是上周最好的消息:Vogue Paris变成了Vogue France。

视觉效果确实可圈可点,选阿雅·娜卡慕拉是个漂亮的象征,Carlijn Jacobs拍的照片美极了,Gabriella Karefa Johnson的造型至关重要——可即便如此,康泰纳仕集团(法国)还是没法奢侈到放弃那些老掉牙的标题党。“关于娜卡慕拉你不知道的7件事”、“阿雅·娜卡慕拉从不离身的手链”、“15件时髦单品,照抄阿雅的风格”(说真的,里面有一件850欧元的Dior“J'<3 Paris”T恤),再来最后一个压轴的,“阿雅的9件美妆与生活方式必备好物”——这些可没那么容易一笔勾销。

不过,新版Vogue整体的清新感确实值得称赞。和所有杂志一样,Vogue也在缓慢而坚定地告别那种抠图元素:图片四处散落在页面上,文字围着它们绕排。取而代之的是更极简的排版,更接近独立杂志早就在做的东西。第一期Vogue France是件漂亮的物件,一本让人乐意收藏的杂志,和Vogue Paris那些标题更加千篇一律的标准化封面相去甚远。

和往常一样,康泰纳仕旗下的法国杂志印得非常好,线上内容却遗憾地有点粗制滥造(顺手塞一段记者圣经里的经文)。这就更可惜了,因为严谨而有深度的时尚与名人报道是完全可能的!

🎸 Sultans of Swing

为了让这一周在兴奋中继续,我想和大家分享一场八十年代的经典摇滚现场。准确地说是83年,恐怖海峡乐队(Dire Straits)在伦敦的汉默史密斯阿波罗剧院演出,同时录制了一张现场专辑(后来非常出名)。你们即将看到的这段视频真的很酷,原因有好几个。首先,可以去淘YouTube视频的评论区,有时能从里面挖到那个年代摇滚乐手们挺酷的背景轶事。其次,马克·诺弗勒在Sultans of Swing 那十分钟里用吉他干的事,简直色情。他和他那把红色Stratocaster 人琴合一,用一段直冲平流层的solo为乐队这场炸裂的演出收尾。这段视频之所以酷,还因为虽然诺弗勒几乎抢走了全部注意力,其他成员也同样霸气,鼓手Terry Williams简直是在燃烧。整场演出可以在你们的Spotify/Deezer/LimeWire上找到。如果还想看另一场疯狂的Sultans of Swing,去看看诺弗勒和埃里克·克莱普顿之间那段疯魔的solo对飙,Chris White还在一旁吹着萨克斯给他们煽风点火。

感谢阅读第二期《当下世界快讯》,请继续把你们的反馈、评论和批评发给我,它们真的对我写这封信很有帮助。

下周见!

Matthieu

MDMA 0001 · ·Substack ↗

Merci au lecteur fidèle

Thank you, loyal reader

谢谢你,忠实的读者

Si vous connaissiez déjà Éclectique, bienvenue dans son extension la plus audacieuse à ce jour : une newsletter culturelle. Si vous ne connaissiez pas Éclectique, bienvenue dans la future meilleure lettre numérique du monde. Prenant sa principale inspiration dans le légendaire "Whole Earth Catalog" créé par Stewart Brand dans la Californie de la fin des années 60, et qui était selon Steve Jobs "internet avant internet", la newsletter sera une collection de tout ce que nous voudrions conseiller à nos amis. Quand elle ne sera pas consacrée à un invité, elle sera la plupart du temps écrite par moi, Matthäus, président délégué de l'entreprise médiatique internationale Éclectique Inc. Sa fréquence n'est pas encore précisément définie, mais elle sera au moins hebdomadaire.

En bref, Missive du Monde Actuel est une newsletter de recommandations et de ressources, par des gens éclectiques pour les lecteurs d'Éclectique.

La création de MDMA a été motivé par l'envie d'écrire plus librement à propos des sujets déjà couverts sur la page Instagram d'Éclectique tout en se séparant progressivement du monstre numérique créé par Kevin Systrom, et par l'idée hypothétique de faire percer Éclectique comme "influenceur culturel" et d'aspirer à terme à obtenir gratos des bouquins Taschen ou des pièces de créateurs. Autre aspect absolument clé : lorsqu'on écrit des posts sur Éclectique, on ouvre généralement une dizaine d'onglets sur lesquels on prend des notes infinies qu'il faut ensuite condenser difficilement pour répondre à la limite de 2 200 signes d'Instagram. Mais la plupart du temps, nous trouvons nos informations sur des sites, documentaires, films ou livres tellement mieux préparés que notre courte publication dédiée. Ici, nous pourrons tout sourcer, mettre les liens, vous donner envie d'aller plus loin.

Cette newsletter est aussi un excellent moyen de mieux vous connaitre ! J'ai créé Éclectique avec le fantasme de pouvoir échanger avec des gens curieux sur tous les sujets qu'Éclectique couvre. À une petite échelle, cet échange est exceptionnel, mais j'ai le regret de voir qu'Instagram favorise le modèle traditionnel vertical des médias. Le texte est publié, l'audience "aime", commente au mieux, mais l'interaction n'est pas favorisée. MDMA va se dédoubler dans un Discord où il sera possible d'échanger entre nous, d'organiser des débats impromptu, d'y mettre les ressources mentionnées ici.

Pour terminer cette longue introduction, j'espère enfin que vous aimerez ici découvrir des nouvelles personnes, ce qu'elles font et ce qu'elles aiment.

Pour commencer cette première édition de Missive du Monde Actuel sans vous donner l'impression d'avoir perdu votre temps, voici quelques trucs sympa à lire et à voir :

🪑 Le fauteuil Barcelona

Ce fauteuil à l'allure si particulière qui donne envie de s'y enfoncer avec un magazine à la main est connu pour être l'oeuvre de l'architecte allemand dont on ne sait jamais où commence le nom de famille : Ludwig Mies van der Rohe.

Créé en 1929, le fauteuil est à la base une commande du pavillon allemand pour l'Exposition Universelle de Barcelone ayant eu lieu la même année. Le pavillon lui-même avait été conçu par MvdR (le bâtiment est déjà dingue en soi, surtout pour une construction de 1929) mais l'architecte allemand avait souhaité également imaginé des éléments intérieur qui trôneraient en harmonie avec l'édifice extérieur. Le chassis, soudé et limé à la main laisse filer des courbes aussi fines que solides soutenant un siège en cuir impeccable, soutenu par des sangles quasi-invisibles. Le relief de la structure s'installe dans un cube virtuel et chaque élément possède une fonction qui se complète avec les autres. La commercialisation de ce fauteuil ne sera pas longue, mais reprendra tout de même en 1948 grâce à l'entreprise Knoll (pionniers du corporate design).

Ce qui est clé, c'est de noter que MvdR avait designé ce fauteuil avec sa compagne Lilly Reich, figure de l'ombre à qui l'architecte doit énormément. "Derrière chaque homme se cache une grande femme". Voilà ce que j'aurais écrit si j'étais complètement demeuré, mais Lilly Reich était simplement une grande femme sans son homme, une femme qui incarnait pleinement un Bauhaus à la direction masculine. Le duo de YouTubers de la chaine "Scandinavian Design 101" a consacré un épisode à cette femme majeure du design moderniste.

Comme tout bon architecte bienpensant de l'époque, Mies van der Rohe souhaitait ses designs peu chers et accessibles à tous. Or, le fauteuil Barcelona est construit avec des matériaux assez onéreux, et le mythe (et son apparition dans James Bond ?) que le fauteuil a provoqué a fait explosé sa valeur. Dommage !

Si le fauteuil vous plait, regardez donc ce documentaire Arte

🙈 Préliminaires

C'est Arte, donc c'est bien, évidemment. Mais plus sérieusement, je vous invite à aller voir ce documentaire qui est un peu passé hors des radars médiatiques et qui évoque, à travers la parole crue et sincère d'adolescents et de jeunes adultes, les préliminaires. On y parle de l'acte sexuel, mais aussi du symbole, de la représentation sociale des préliminaires et de la pression qu'on peut ressentir pour passer à l'acte. Les femmes y parlent du regard des "garçons", et les garçons y parlent du regard des "garçons". On y parle des nudes, et là aussi de la pression. De l'excitation plombée par la peur de voir ses photos tourner. On y parle des rapports de forces entre les sexes, à travers le sexe. On y parle, aussi et surtout, de consentement et de viol. C'est un documentaire utile où nous pourrons tous se reconnaitre, et apprendre sur les autres. C'est bien là l'essentiel.

🚬 QUI A FAIT ÇA ?!

Voilà une séquence, un véritable BI-JOU, qui lors de sa découverte impromptue dans une errance numérique pendant un cours a déclenché un fou rire impossible à dissimuler.

Cette séquence, c’est l’œuvre du roi Patrick Sébastien dans son émission “Sebastien c’est Fou”. En 1988, il fait venir les Petits Chanteurs d’Asnières pour un hommage à Gainsbarre avec une reprise de “Je suis venu te dire que je m'en vais” rebaptisé en “On est venu te dire qu’on t’aime bien”. Au-delà des jolies paroles et de la mélodieuse interprétation des jeunes chanteurs, les enfants sont littéralement déguisés en Gainsbourg. Gitane et verre de Whisky à la main, la séquence et la tête d’un Gainsbourg arraché est mythique.

Gainsbourg disait à Sébastien que “ça allait le faire chialer”, ce fut littéralement le cas pour moi.

Inspiration du jour : les peintures de Seth Armstrong

Ce qui suivent Éclectique sur Instagram ont déjà pu goûter à ce délice visuel que sont les tableaux de Seth Armstrong. Vous trouverez l’ensemble de son œuvre ici.

Voilà pour cette première lettre. J'espère vous voir dans les commentaires pour débattre d'autre chose que de Zemmour et du pass. N'hésitez surtout pas à m'écrire vos retours sur cette nouvelle initiative. Aussi, n'hésitez pas à partager un max si vous pensez que cette lettre peut intéresser vos amis.

À très vite !

Matthieu

If you already knew Éclectique, welcome to its boldest spin-off yet: a culture newsletter. If you didn’t know Éclectique, welcome to what will soon be the best digital letter in the world. Taking its main inspiration from the legendary “Whole Earth Catalog,” created by Stewart Brand in late-’60s California and described by Steve Jobs as “the internet before the internet,” this newsletter will be a collection of everything we’d want to recommend to our friends. When it isn’t handed over to a guest, it will mostly be written by me, Matthäus, deputy president of the international media company Éclectique Inc. How often it comes out hasn’t been pinned down yet, but it will be at least weekly.

In short, Missive du Monde Actuel is a newsletter of recommendations and resources, by eclectic people for Éclectique’s readers.

MDMA was born out of a desire to write more freely about the topics already covered on Éclectique’s Instagram page while gradually breaking away from the digital monster created by Kevin Systrom, and out of the hypothetical idea of making Éclectique blow up as a “cultural influencer” and eventually getting free Taschen books or designer pieces. Another absolutely key point: when we write posts for Éclectique, we usually open a dozen tabs and take endless notes, which then have to be painfully condensed to fit Instagram’s 2,200-character limit. But most of the time, we find our information on websites, documentaries, films or books that are so much better put together than our short little post. Here, we can source everything, drop in the links, and make you want to dig deeper.

This newsletter is also a great way to get to know you better! I created Éclectique with the fantasy of being able to chat with curious people about all the subjects Éclectique covers. On a small scale, that exchange has been exceptional, but I’m sorry to see that Instagram favours the traditional top-down media model. The text gets published, the audience “likes” it, comments at best, but interaction isn’t encouraged. MDMA will get a twin on Discord, where we’ll be able to talk among ourselves, hold impromptu debates, and put up the resources mentioned here.

To wrap up this long introduction, I hope, finally, that you’ll enjoy discovering new people here, what they do and what they love.

To kick off this first edition of Missive du Monde Actuel without making you feel like you’ve wasted your time, here are a few nice things to read and watch:

🪑 The Barcelona chair

This chair, with its one-of-a-kind look that makes you want to sink into it with a magazine in hand, is known as the work of the German architect whose surname nobody ever knows where it starts: Ludwig Mies van der Rohe.

Created in 1929, the chair was originally commissioned for the German pavilion at the Barcelona International Exposition held that same year. The pavilion itself was designed by MvdR (the building is already insane in its own right, especially for something built in 1929), but the German architect also wanted to dream up interior pieces that would sit in harmony with the building’s exterior. The frame, welded and hand-filed, sends out curves as slender as they are sturdy, holding up an impeccable leather seat supported by almost invisible straps. The structure’s contours fit inside a virtual cube, and every element has a function that complements the others. The chair didn’t stay on the market for long, but production picked up again in 1948 thanks to Knoll (pioneers of corporate design).

The key thing to note is that MvdR designed this chair with his partner Lilly Reich, a figure in the shadows to whom the architect owes an enormous amount. “Behind every great man there’s a great woman.” That’s what I would have written if I were a complete moron, but Lilly Reich was simply a great woman without her man, a woman who fully embodied a Bauhaus run by men. The YouTuber duo behind the channel “Scandinavian Design 101” devoted an episode to this major woman of modernist design.

Like any good right-thinking architect of the time, Mies van der Rohe wanted his designs to be cheap and accessible to all. Except the Barcelona chair is made of fairly pricey materials, and the myth the chair spawned (along with its appearance in James Bond?) sent its value through the roof. Too bad!

If you like the chair, go watch this Arte documentary

🙈 Foreplay

It’s Arte, so it’s good, obviously. But more seriously, I urge you to go watch this documentary, which flew a bit under the media radar and which explores foreplay through the raw, honest words of teenagers and young adults. It talks about the sexual act, but also about the symbolism, the social representation of foreplay and the pressure you can feel to go all the way. The women talk about how “the boys” look at them, and the boys talk about how “the boys” look at them. It talks about nudes, and there too about pressure. About excitement dampened by the fear of seeing your photos passed around. It talks about power dynamics between the sexes, through sex. It talks, also and above all, about consent and rape. It’s a useful documentary in which we can all recognise ourselves and learn about others. And that’s really what matters.

🚬 WHO DID THIS?!

Here’s a clip, an absolute GEM, which, when I stumbled upon it while wandering around the internet during a class, set off a fit of giggles I could not hide.

This clip is the work of the king himself, Patrick Sébastien, on his show “Sebastien c’est Fou.” In 1988, he brought in the Petits Chanteurs d’Asnières for a tribute to Gainsbarre with a cover of “Je suis venu te dire que je m’en vais,” renamed “On est venu te dire qu’on t’aime bien.” Beyond the sweet lyrics and the young singers’ melodious performance, the kids are literally dressed up as Gainsbourg. Gitanes and glass of whisky in hand, the clip, and the face of a wasted Gainsbourg, are legendary.

Gainsbourg told Sébastien that “it was going to make him bawl”; that was literally the case for me.

Inspiration of the day: Seth Armstrong’s paintings

Those of you who follow Éclectique on Instagram have already had a taste of the visual treat that is Seth Armstrong’s paintings. You’ll find his entire body of work here.

That’s it for this first letter. I hope to see you in the comments to debate something other than Zemmour and the health pass. Please don’t hesitate to write to me with your feedback on this new venture. And feel free to share it as much as you can if you think this letter might interest your friends.

See you very soon!

Matthieu

如果你早就认识Éclectique,欢迎来到它迄今为止最大胆的一次扩张:一份文化newsletter。如果你还不认识Éclectique,欢迎来到未来的全世界最好的电子信。它最主要的灵感来自传奇的《全球概览》(Whole Earth Catalog)——那是斯图尔特·布兰德在60年代末的加州创办的刊物,按史蒂夫·乔布斯的说法,它是“互联网出现之前的互联网”。这份newsletter会收录所有我们想推荐给朋友的东西。除了邀请嘉宾执笔的那几期,大部分时候都由我来写:我是Matthäus,国际传媒企业Éclectique Inc的执行总裁。更新频率暂时还没定死,但至少每周一期。

简单来说,Missive du Monde Actuel(当下世界快讯)是一份推荐与资源合集,由一群兴趣驳杂的人,写给Éclectique的读者。

之所以创办MDMA,一是想更自由地写那些Éclectique的Instagram主页已经在聊的话题,同时慢慢摆脱凯文·斯特罗姆一手造出来的那头数字怪兽;二是抱着一个假想:让Éclectique作为“文化博主”出圈,最终白嫖到Taschen的画册或者设计师的单品。还有一个绝对关键的原因:每次给Éclectique写帖子,我们通常会开十来个标签页,记下没完没了的笔记,然后还得艰难地压缩,才能塞进Instagram 2200字符的上限。可大多数时候,我们的信息来源——网站、纪录片、电影或者书——都比我们那条短短的帖子用心得多。在这里,我们可以标明所有出处、放上链接,勾起你继续深挖的兴趣。

这份newsletter也是更好地认识你们的绝佳途径!我创办Éclectique的时候,就幻想着能和一群好奇的人聊遍Éclectique涉及的所有话题。在小范围里,这种交流是非常棒的,但遗憾的是,我发现Instagram偏爱的是传统媒体那种自上而下的模式:文字发出去,观众点“赞”,最多评论两句,互动却得不到鼓励。所以MDMA会同步开一个Discord,大家可以在里面交流、临时组织辩论,还能把这里提到的资源都放进去。

这段开场白有点长,最后,我希望你会喜欢在这里认识新的人,看看他们在做什么、喜欢什么。

为了让《当下世界快讯》的第一期不让你觉得浪费了时间,先奉上几样值得一读、值得一看的好东西:

🪑 巴塞罗那椅

这把造型独特、让人忍不住想拿本杂志陷进去的椅子,出自那位让人永远搞不清姓氏从哪儿开始的德国建筑师之手:路德维希·密斯·凡·德·罗。

这把椅子诞生于1929年,最初是为同年巴塞罗那世界博览会的德国馆定制的。德国馆本身就是MvdR设计的(光是这栋建筑本身就已经够疯狂了,尤其放在1929年),而这位德国建筑师还想顺便设计一些室内元素,和建筑外观和谐共处。手工焊接、手工打磨的框架勾勒出纤细又坚固的曲线,托起一张无可挑剔的皮革座椅,底下靠几乎看不见的绑带支撑。整个结构的轮廓仿佛嵌在一个虚拟的立方体里,每个部件都有自己的功能,彼此互补。这把椅子的商业化并没有持续多久,但1948年还是在Knoll公司(企业设计的先驱)的推动下重新开售。

关键是要记住:MvdR是和他的伴侣莉莉·赖希一起设计这把椅子的。她是幕后人物,这位建筑师欠她的实在太多了。“每个成功男人的背后都有一个伟大的女人。”——如果我脑子彻底坏掉了,大概就会这么写。但莉莉·赖希就是一个伟大的女人,无需她的男人作陪;在一个由男性掌舵的包豪斯里,她是一个完完全全的化身。YouTube频道“Scandinavian Design 101”的两位博主专门做了一期节目,讲这位现代主义设计的重量级女性。

和那个年代每一位三观正确的好建筑师一样,密斯·凡·德·罗希望自己的设计便宜、人人都买得起。可巴塞罗那椅用的材料相当昂贵,而这把椅子催生的神话(还有它在007电影里的亮相?)又让它身价暴涨。可惜了!

如果你喜欢这把椅子,那就去看看这部Arte纪录片吧

🙈 前戏

是Arte出品,所以当然是好片,这不用说。不过认真讲,我真心推荐你去看这部有点被媒体雷达漏掉的纪录片。它通过青少年和年轻人直白而真诚的讲述,聊的是前戏。片子里谈性行为本身,也谈前戏的象征意义、社会对它的想象,以及那种催着你“赶紧上”的压力。女生们谈“男生”的目光,男生们也谈“男生”的目光。片子里还聊到裸照,同样也是压力:兴奋被恐惧压垮,生怕自己的照片被传来传去。片子里谈两性之间、通过性展开的权力关系。更重要的是,它还谈到了同意与强奸。这是一部有用的纪录片,我们每个人都能在里面看到自己,也能了解别人。这才是最要紧的。

🚬 这是谁干的?!

下面这段视频,一件真正的宝——贝,是我某次上课时在网上瞎逛偶然刷到的,当场笑到根本憋不住。

这段视频出自帕特里克·塞巴斯蒂安大帝之手,来自他的节目《Sébastien c’est Fou》。1988年,他请来阿涅尔小歌手合唱团向Gainsbarre致敬,翻唱了《Je suis venu te dire que je m'en vais》,改名为《On est venu te dire qu’on t’aime bien》(我们来告诉你,我们挺喜欢你)。除了可爱的歌词和小歌手们悠扬的演唱,孩子们还真的一个个打扮成了甘斯布的样子:手夹Gitane香烟、举着威士忌杯。这段视频,再加上甘斯布那张被戳中的脸,简直封神。

甘斯布当时对塞巴斯蒂安说“这会让我哭出来”,而我是真的笑哭了。

今日灵感:Seth Armstrong的画

在Instagram上关注Éclectique的朋友,应该已经尝过Seth Armstrong画作这道视觉盛宴了。他的全部作品都在这里。

第一封信就到这里啦。希望在评论区见到你,聊点泽穆尔和健康通行证以外的东西。对这个新尝试有任何反馈,千万别客气,尽管写信给我。另外,如果你觉得你的朋友会对这封信感兴趣,也请尽情转发!

很快再见!

Matthieu