Le poisson est arrivé trop tard.The fish arrived too late.鱼来得太迟了。
Le vendredi 24 avril 1671, le maître d'hôtel François Vatel reçoit sa commande de poisson en retard. Il décide de mettre fin à ses jours.
On Friday, April 24, 1671, the maître d’hôtel François Vatel receives his order of fish late. He decides to take his own life.
1671年4月24日,星期五,膳食总管弗朗索瓦·瓦岱勒订的鱼迟迟未到。他决定结束自己的生命。
Originaire d’une famille suisse, François Vatel naît sous le patronyme de Fritz Karl Watel le 17 janvier 1631 à Tournai, dans les Pays-Bas espagnols (l’actuelle Belgique). Il est fils d’agriculteur et décide rapidement qu’il ne prendra pas la relève de son père dans la direction de l’exploitation familiale.
À l’adolescence, il se tourne vers le pâtissier-traiteur Jehan Heverard, parrain de son frère, pour que ce dernier le forme à son métier. Sept années plus tard, en 1653, Vatel parvient à se faire embaucher comme écuyer de cuisine auprès de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances du roi Louis XIV, sur le domaine de Vaux-le-Vicomte, en Seine-et-Marne. Vatel fait non seulement rapidement ses classes, mais impressionne suffisamment sa hiérarchie pour être nommé maître d’hôtel de Fouquet.

Le 17 août 1661, Fouquet organise une grande réception pour l’inauguration du château de Vaux-le-Vicomte, à laquelle il convie Louis XIV, la reine mère Anne d’Autriche et toute la Cour du roi. François Vatel est alors chargé d’organiser un immense dîner de quatre-vingts tables et trente buffets, qu’il sert dans de la vaisselle en or massif pour les hôtes d’honneur et en argent pour le reste de la Cour. Vingt-quatre violons jouent la musique de Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique du roi.
Molière y fait jouer « Les Fâcheux », une comédie-ballet en trois actes, commandée spécialement par Fouquet pour l’occasion. Cette œuvre est la première comédie-ballet du monde et constitue le début de la collaboration entre Molière et le chorégraphe et compositeur Pierre Beauchamps, qui durera douze ans.
Le chef Guy Savoy rappelle dans un texte écrit pour l’Académie des beaux-arts l’émerveillement de Jean de La Fontaine : « Il y eut un souper magnifique, une excellente comédie, un ballet fort divertissant et un feu qui ne devait rien à celui qu’on fit pour l’entrée. Tous les sens furent enchantés et le régal eut des beautés. [...] La délicatesse et la rareté des mets furent grandes. [...] Jamais Vaux ne sera plus beau qu’il le fut cette soirée-là. »
L’opulence du dîner ne produit pas l’effet espéré : le roi Louis XIV se vexe de cette ostentation qui le blesse dans son orgueil, alors qu’il traverse à cette période-là des difficultés financières. « Ah ! Madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre gorge à tous ces gens-là ? » lance-t-il à sa mère, de retour à Fontainebleau, selon l’abbé de Choisy. Moins de trois semaines après le fastueux dîner, le roi fera arrêter Fouquet par d’Artagnan à Nantes, tandis que Vatel s’exile en Angleterre par peur d’être emprisonné à son tour.
Outre-Manche, il rencontre Jean Hérault de Gourville, un baron proche de Fouquet, qui le présente à Louis II de Bourbon-Condé et convainc ce dernier d’embaucher Vatel dans son château de Chantilly, à une quarantaine de kilomètres de Paris. Il y devient en 1663 « contrôleur général de la bouche », et y sert la fameuse crème Chantilly, dont on lui attribue à tort la paternité.

En disgrâce depuis la fin des années 1650, et considéré comme un traître par Louis XIV car il avait combattu aux côtés du roi d’Espagne contre l’armée française durant la guerre franco-espagnole, le prince de Condé cherche à se racheter auprès du roi en l’invitant en avril 1671 à une fête de réconciliation à l’occasion de rénovations du château de Chantilly.
Plus de deux mille personnes sont attendues pour trois jours de fêtes faramineuses du 23 au 25 avril 1671, dont l’organisation est confiée à un Vatel particulièrement anxieux. Les festivités coûtent 50 000 écus (autour de 3 millions d’euros contemporains) et relèvent d’un principe défendu par Vatel : « Harmonie et contraste, toute beauté procède de ces deux éléments indissociables ».
Mais l’architecte de l’événement enchaîne les déconvenues. Le premier soir, une centaine de convives imprévus provoque une pénurie de rôti sur deux tables. Le feu d’artifice qui devait conclure la soirée est gâché par un nuage. Dans une lettre écrite à sa fille, Madame de Grignan, le dimanche 26 avril, Madame de Sévigné rapporte que Vatel répète à plusieurs reprises : « Je suis perdu d’honneur ; voici un affront que je ne supporterai pas. » Puis il confie à Gourville : « La tête me tourne, il y a douze nuits que je n’ai dormi. »
La nuit suivante, à quatre heures du matin, il se désespère de ne voir arriver qu’une partie dérisoire de la commande de poissons. Cette nouvelle désillusion est racontée par la marquise de Sévigné dans la suite de sa lettre : « Il attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne viennent point ; sa tête s’échauffait, il croit qu’il n’aura point d’autre marée ; il trouve Gourville, et lui dit : “Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci ; j’ai de l’honneur et de la réputation à perdre.” Gourville se moqua de lui. »
À bout, Vatel monte dans sa chambre, bloque son épée contre la porte, et projette violemment son corps dessus à trois reprises, afin que la pointe perce son cœur. Quelques instants plus tard, le poisson arrive de toutes parts. Le maître d’hôtel sera discrètement inhumé et son décès entraîne la réconciliation du Grand Condé et de Louis XIV, qui, dit-on, se privent de poisson en hommage à Vatel.
Born into a Swiss family, François Vatel came into the world as Fritz Karl Watel on January 17, 1631, in Tournai, in the Spanish Netherlands (present-day Belgium). The son of a farmer, he decides early on that he will not take over from his father at the head of the family farm.
As a teenager, he turns to the pastry cook and caterer Jehan Heverard, his brother’s godfather, to teach him the trade. Seven years later, in 1653, Vatel manages to be hired as a kitchen squire by Nicolas Fouquet, superintendent of finances to King Louis XIV, on the estate of Vaux-le-Vicomte, in Seine-et-Marne. Not only does Vatel learn the ropes quickly, he impresses his superiors enough to be appointed Fouquet’s maître d’hôtel.

On August 17, 1661, Fouquet throws a grand reception to inaugurate the château of Vaux-le-Vicomte, and invites Louis XIV, the queen mother Anne of Austria and the whole of the king’s court. François Vatel is put in charge of an immense dinner of eighty tables and thirty buffets, served on solid gold plate for the guests of honour and on silver for the rest of the court. Twenty-four violins play the music of Jean-Baptiste Lully, superintendent of the king’s music.
Molière stages Les Fâcheux (The Bores), a comédie-ballet in three acts, commissioned by Fouquet especially for the occasion. It is the first comédie-ballet in the world, and it marks the beginning of a collaboration between Molière and the choreographer and composer Pierre Beauchamps that will last twelve years.
In a text written for the Académie des beaux-arts, the chef Guy Savoy recalls the wonder of Jean de La Fontaine: “There was a magnificent supper, an excellent comedy, a most entertaining ballet, and fireworks that owed nothing to those set off for the entrance. All the senses were enchanted, and the feast had its beauties. […] The delicacy and rarity of the dishes were great. […] Never will Vaux be more beautiful than it was that evening.”
The opulence of the dinner does not have the hoped-for effect: Louis XIV takes offence at a display that wounds his pride, at a time when he himself is short of money. “Ah! Madam, shall we not make all these people disgorge?” he says to his mother on his return to Fontainebleau, according to the abbé de Choisy. Less than three weeks after the lavish dinner, the king has Fouquet arrested by d’Artagnan in Nantes, while Vatel flees to England for fear of being imprisoned in turn.
Across the Channel, he meets Jean Hérault de Gourville, a baron close to Fouquet, who introduces him to Louis II de Bourbon, Prince of Condé, and persuades him to hire Vatel at his château of Chantilly, some forty kilometres from Paris. There, in 1663, he becomes “comptroller general of the table”, and serves the famous crème Chantilly, whose invention is wrongly credited to him.

In disgrace since the late 1650s, and regarded as a traitor by Louis XIV for having fought alongside the king of Spain against the French army during the Franco-Spanish War, the Prince of Condé seeks to redeem himself by inviting the king, in April 1671, to a feast of reconciliation to mark the renovation of the château of Chantilly.
More than two thousand guests are expected for three days of extravagant festivities, from April 23 to 25, 1671, and their organisation is entrusted to a particularly anxious Vatel. The celebrations cost 50,000 écus (around 3 million euros today) and follow a principle Vatel held dear: “Harmony and contrast: all beauty proceeds from these two inseparable elements.”
But the architect of the event suffers one setback after another. On the first evening, a hundred or so unexpected guests leave two tables short of roast. The fireworks meant to close the evening are spoiled by a cloud. In a letter written to her daughter, Madame de Grignan, on Sunday, April 26, Madame de Sévigné reports that Vatel said again and again: “My honour is lost; this is an affront I shall not bear.” Then he confides to Gourville: “My head is spinning; I have not slept for twelve nights.”
The following night, at four in the morning, he despairs at seeing only a paltry part of the fish order arrive. Madame de Sévigné tells of this new disappointment further on in her letter: “He waits for some time; the other purveyors do not come; his head grew heated, he believes there will be no more fish; he finds Gourville and says to him: ‘Sir, I shall not survive this affront; I have honour and a reputation to lose.’ Gourville laughed at him.”
At the end of his tether, Vatel goes up to his room, wedges his sword against the door, and throws his body onto it three times, so that the point pierces his heart. A few moments later, fish arrives from every direction. The maître d’hôtel is quietly buried, and his death brings about the reconciliation of the Grand Condé and Louis XIV, who, it is said, go without fish in homage to Vatel.
弗朗索瓦·瓦岱勒(François Vatel)出身于一个瑞士家庭,1631年1月17日生于西属尼德兰(今比利时)的图尔奈,原名弗里茨·卡尔·瓦特尔(Fritz Karl Watel)。他是农夫之子,很早就打定主意,不去接手父亲经营的家族农庄。
少年时,他投奔哥哥的教父、糕点师兼宴席承办人让·埃弗拉尔(Jehan Heverard),拜他为师学手艺。七年后,也就是1653年,瓦岱勒在塞纳-马恩省的沃子爵庄园谋得一份差事,成为路易十四的财政总监尼古拉·富凯(Nicolas Fouquet)的厨房侍从。他不仅很快出师,还让上司刮目相看,被任命为富凯的膳食总管。

1661年8月17日,富凯为沃子爵城堡的落成举办盛大宴会,邀请了路易十四、太后奥地利的安妮以及整个宫廷。瓦岱勒受命操办一场规模空前的晚宴:八十张餐桌、三十座自助餐台,贵宾用纯金餐具,其余廷臣用银器。二十四把小提琴演奏着国王的宫廷乐总监让-巴蒂斯特·吕利的音乐。
莫里哀在宴上上演了富凯专为此次盛会委托创作的三幕芭蕾喜剧《讨厌鬼》(Les Fâcheux)。这是世界上第一部芭蕾喜剧,也开启了莫里哀与编舞家、作曲家皮埃尔·博尚长达十二年的合作。
厨师居伊·萨沃瓦在为法兰西艺术院撰写的一篇文章中,回顾了拉封丹当时的惊叹:“晚宴丰盛华美,喜剧精彩绝伦,芭蕾妙趣横生,焰火之盛亦不逊于入场时的那一场。所有感官都为之倾倒,这场盛宴自有其美妙之处。[……]菜肴之精致、之珍稀,令人叹为观止。[……]沃子爵城堡再也不会比那一晚更美了。”
然而,晚宴的奢华并没有带来预期的效果:正值财政拮据的路易十四,被这番炫耀刺伤了自尊,心生不快。据舒瓦西神父记载,他回到枫丹白露后对母亲说:“啊!母后,难道我们不该让这些人把吞下去的统统吐出来吗?”盛宴过后不到三个星期,国王便派达达尼昂在南特逮捕了富凯;瓦岱勒则怕自己也身陷囹圄,流亡英国。
在英吉利海峡对岸,他结识了富凯的亲信让·埃罗·德·古尔维尔男爵(Jean Hérault de Gourville)。古尔维尔把他引荐给孔代亲王路易二世·德·波旁,并说服亲王将瓦岱勒请到距巴黎约四十公里的尚蒂伊城堡任职。1663年,瓦岱勒在那里出任“御膳总管”,端出了大名鼎鼎的尚蒂伊鲜奶油——人们常误以为它出自他手。

孔代亲王自1650年代末起便失宠于朝廷。法西战争期间,他曾站在西班牙国王一边与法军作战,被路易十四视为叛徒。为了向国王赎罪,他借尚蒂伊城堡翻修之机,于1671年4月邀请国王前来参加一场和解的庆典。
1671年4月23日至25日,预计有两千多位宾客出席为期三天的盛大庆典,筹办重任落在了忧心忡忡的瓦岱勒肩上。这场庆典耗资五万埃居(约合今天的三百万欧元),并遵循瓦岱勒推崇的原则:“和谐与对比——一切美皆源于这两个密不可分的元素。”
然而,这位盛会的总设计师接连受挫。第一天晚上,一百来位不速之客让两张餐桌上的烤肉告罄。原本为当晚压轴的焰火,又被一片云遮住,黯然失色。4月26日星期日,塞维涅夫人在写给女儿格里尼昂夫人的信中说,瓦岱勒一再念叨:“我颜面尽失,这样的奇耻大辱,我忍受不了。”随后,他又对古尔维尔吐露:“我头晕目眩,已经十二个晚上没合眼了。”
第二天凌晨四点,眼见订购的鱼只到了寥寥无几的一小部分,他陷入绝望。塞维涅夫人在信的后文中讲述了这又一次的幻灭:“他等了一会儿,其他供货商迟迟不来;他心急如焚,以为再也不会有海鲜送到了。他找到古尔维尔,对他说:‘先生,受此大辱,我活不下去了;我有名誉和声望可以失去。’古尔维尔却嘲笑了他。”
心力交瘁的瓦岱勒回到房间,把剑抵在门上,接连三次猛力扑向剑尖,直至剑刺穿心脏。片刻之后,鲜鱼从四面八方运到。这位膳食总管被悄悄下葬,他的死却促成了大孔代与路易十四的和解。据说,两人为了纪念瓦岱勒,特意不吃鱼。